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François Fillon, candidat LR à l'élection présidentielle 2017

Ces fraises ne sont pas rouges. Ou quand politique rime avec illusion d’optique

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : François Fillon, lequel a choisi de se maintenir dans la course à l'Elysée malgré sa possible mise en examen, est-il un candidat suicidaire ?

François Fillon, candidat LR à l'élection présidentielle 2017
François Fillon, candidat LR à l'élection présidentielle 2017 Crédits : PASCAL ROSSIGNOL / POOL - AFP

Ce matin, vous n’en croirez pas vos yeux, prévient le magasine SLATE. Contrairement à ce que votre cerveau veut vous faire croire, ces fraises ne sont pas rouges. Sur cette photo créée par un professeur de psychologie japonais, il n'y a en effet aucun pixel rouge puisque tous sont gris, affirme le site d’information scientifique MOTHERBOARD. Cette illusion d’optique a été créée par le même phénomène que celui qui a poussé, il y a deux ans, des millions d’internautes à se demander de quelle couleur était vraiment une robe. C’est ce qu’on appelle le phénomène de la constance de la couleur : Ou dit autrement, en reconnaissant des fraises, le cerveau humain est encouragé à les percevoir comme rouges, quand bien même elles sont grises.

Et sans doute, nombreux sont ceux hier qui n’en ont pas cru, non plus, leurs yeux et même leurs oreilles. Rarement, en effet, la politique française n’avait, elle aussi, donné à voir un tel spectacle d’illusion. Tout a commencé dans la matinée avec une nouvelle fracassante : François Fillon annule sa visite au salon de l’agriculture. Rendez-vous compte, lui dont les rêves de devenir président virent depuis quelques temps aux cauchemars, décidait de renoncer à ce must pour tout candidat désireux d'entrer au château. Même son équipe sur place n'était pas au courant, au point que son chargé de communication n'a pas su quoi répondre aux journalistes qui attendaient François, de pied ferme. Aussitôt, les rumeurs ont commencé à tourner, précise THE LOCAL, certains évoquant déjà une convocation par les juges, en vue d'une possible mise en examen. François Fillon (lequel avait expliqué fin janvier qu'il se retirerait s'il était effectivement mis en examen) allait peut-être enfin jeter l’éponge. Et puis non, deuxième illusion de la matinée, bien que mis en examen, l'homme soudain réapparu à son QG de campagne s’est levé et a commencé à donner des coups de fouet partout autour de lui, visant tour à tour les magistrats et les journalistes. « Seul le suffrage universel peut décider de qui sera le prochain président de la République. Je ne céderai pas, je ne me rendrai pas, je ne me retirerai pas », a-t-il déclaré.

Aussitôt, Emmanuel Macron, l'étoile montante de cette campagne précise toujours THE LOCAL, a accusé son adversaire de « perdre son sang-froid », alors que secrètement (troisième illusion) il était sans doute au même moment le plus heureux des hommes, puisque la plupart des sondages laissent à penser que c’est sur lui que pourrait se reporter le vote des électeurs de droite. Enfin, quelques heures plus tard, alors que tout le monde avait retenu que François Fillon n'irait pas au salon de l'agriculture, le voilà qui apparait finalement à la ferme, histoire de caresser quelques vaches, poursuivi par les journalistes qui, entre temps, avaient retrouvé sa trace, tandis que dans la foule, quand les uns criaient « François Président » les autres lui lançaient du «Fillon en prison».

Pour autant, en dépit de ce spectacle d'illusion, quelques certitudes semblent déjà se dessiner. Plus que tout, on en a la confirmation aujourd’hui écrit IL FOGLIO, François Fillon est véritablement thatchérien y compris, donc, dans son obstination à vouloir demeurer le candidat de la droite française, animé par la conviction de se trouver du bon côté. Et en ce sens, François Fillon n’a pas seulement dramatisé à outrance l’enjeu de ce scrutin, il en a définitivement changé la donne. Désormais il ne s’agit plus, quoiqu’il en dise, de voter pour lui parce qu’il représente la droite et un projet de rupture économique d’inspiration libérale. Il s’agit, à l’entendre, de « résister ». De le choisir comme sauveur face, notamment, aux médias et aux magistrats présentés comme manipulés et manipulateurs.

C’est certain, cette thèse de l’insurrection citoyenne trouvera des soutiens dans une partie de l’opinion française persuadée que les médias et les juges ont partie liée pour empêcher les profonds changements que requiert le pays. Voilà pourquoi, au risque de laisser penser que sa survie est plus importante que la décence, commente le magasine SLATE, François Fillon a choisi d'abattre sa dernière carte, titre THE GUARDIAN. Car souvenez-vous, ici, c'est la France !, reprend THE LOCAL. Et le plus fou serait, en réalité, de rejeter tout de suite les chances du candidat LR. Son grand espoir, en effet, réside dans le fait qu'en dépit du scandale qui l’entoure, il peut encore faire appel à un électorat qui, en France, semble beaucoup plus indulgent avec les affaires que ne le serait, par exemple, les électeurs britanniques ou scandinaves. Selon un récent sondage, 75% des Français pensent d'ailleurs que les hommes politiques, en général, sont de toute façon corrompus et malhonnêtes. Par ailleurs, il sait que les partisans de droite, les mêmes qui en 1995 ont élu Jacques Chirac mis en examen dans l’affaire des HLM d’Ile-de-France, resteront fidèles à leur candidat, quoi qu'il arrive. Enfin n’oubliez pas que pour François Fillon, il n’y a qu’un seul pas à franchir, celui du premier tour, car ensuite, une fois face à celle que tout le monde donne déjà au second tour, Marine Le Pen, les clefs de l’Elysée lui seront acquises.

Reste toutefois que son appel au peuple ne peut plus faire illusion, prévient LE TEMPS. C’est bien contre la justice, tout d'abord, que l’intéressé veut être élu, même s’il se rend à la convocation des juges (à l’inverse de Marine Le Pen qui refuse de le faire). C’est aussi contre les médias que le député de Paris veut mobiliser son camp. En clair, c’est une campagne mise au service d’un homme victime, selon ses propres termes, d’un « assassinat politique ». Le problème, c'est qu'une élection de cette importance n’a pas pour but de défendre l’honneur d’une famille, ou de permettre au candidat de régler ses comptes avec les magistrats ou les journalistes. Il s’agit d’élire un chef de l’Etat capable de porter, une fois installé à l’Elysée, une aspiration collective, dans un pays ébranlé par les menaces et fragilisé par le chômage. En d'autres termes, il s’agit de pouvoir inspirer la confiance en France comme à l’étranger. Or à cette aune, conclue le journal, François Fillon a raison sur un point : Une certaine conception de la présidentielle a été assassinée hier. Par lui-même.

Enfin, illusion rimant aussi avec hallucination, le journal DE VOLKSKRANT pousse, lui, encore plus loin la fiction ce matin : Si Fillon est élu, il bénéficiera de l’immunité pendant la durée de sa présidence. Mais pas Penelope. Ce qui, au final, pourrait nous donner ceci : Le président à l’Élysée et la Première dame devant le juge.

Par Thomas CLUZEL

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