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Des ballons aux couleurs de l'arc-en-ciel devant le Bundestag, avant le vote des députés sur le mariage pour tous

A chacun le droit de vivre sa vie comme il l'entend

5 min
À retrouver dans l'émission

L'Allemagne devrait rejoindre la majorité des pays occidentaux en légalisant, aujourd'hui, par un vote des députés le mariage gay, après qu'Angela Merkel a abandonné son opposition de principe, sous la pression de l'opinion.

Des ballons aux couleurs de l'arc-en-ciel devant le Bundestag, avant le vote des députés sur le mariage pour tous
Des ballons aux couleurs de l'arc-en-ciel devant le Bundestag, avant le vote des députés sur le mariage pour tous Crédits : BRITTA PEDERSEN / DPA - AFP

Sur la photo, des drapeaux arc-en-ciel flottent, déjà, au-dessus du Bundestag. Anticipant ainsi le vote des députés appelés à se prononcer, aujourd'hui, DIE TAGESZEITUNG ne peut cacher sa joie : Oui, enfin, deux personnes de même sexe vont pouvoir se marier en Allemagne. Moins démonstratif que son confrère, la SÜDDEUTSCHE n'en reste pas moins également convaincue : Le mariage pour tous arrive. Et de fait, personne ne doute, ce matin, de l'issue du vote. Tout d'abord parce que les sociaux-démocrates, les Verts et les néo-communistes, favorables à la réforme, détiennent une confortable majorité. Et ensuite parce qu'une partie des députés conservateurs, appelés à voter en leur âme et conscience, devraient eux aussi soutenir le texte.

Bien sûr, il en est déjà certains pour se plaindre et dénoncer cette société à la merci du lobby homosexuel, peut-on lire sur le blog hongrois MOZGASTER, ou bien déplorer cette trahison des valeurs chrétiennes, comme l’écrit le quotidien polonais RZECZPOSPOLITA. Mais la seule question, en réalité, qui prévaut ce matin est de savoir pourquoi Angela Merkel a-t-elle imposé à son propre camp une idée à laquelle, elle-même, s’était toujours opposée ? Quand le journal de gauche DIE TAGESZEITUNG fait valoir que le droit au mariage gay est devenu un standard occidental (en Espagne, au Royaume-Uni, en Scandinavie ou en France), son confrère DIE ZEIT relève, à son tour, que l'Allemagne faisait étrangement figure d'exception (même si outre Rhin une union civile entre personnes de même sexe était possible, depuis 2001). Dès-lors, la CDU ne pouvait sans doute plus s’opposer bien longtemps au mariage pour tous.

Et c'est là, justement, que l’affaire se révèle plus compliquée et souligne, surtout, les talents de tacticienne de la chancelière. Le virage élégant que vient de prendre Angela Merkel, reprend la SÜDDEUTSCHE, est en en effet le fruit d’un calcul pur et dur. Sous la pression des Verts, des libéraux et du Parti social-démocrate (SPD), qui au cours des deux dernières semaines ont fait du mariage pour tous une condition sine qua non de tout accord de coalition à l'issue des prochaines élections législatives, la chancelière n’avait d’autre choix que de lever cet obstacle. Avec deux avantages évidents. D'une part, note la FRANFÜRTER ALLGEMEINE, Merkel élimine ainsi définitivement la réputation qu’avait la CDU d’être un parti conservateur, étant entendu par ailleurs que 83 % des Allemands sont aujourd'hui favorables à l’union des homosexuels. Et d'autre part, remarque LIDOVE NOVINY, Merkel met de facto son principal adversaire Martin Schulz échec et mat, en lui volant l'un de ses principaux thèmes de campagne, qui n'aura plus de raison de s’inviter au débat. Enfin s'agissant des plus radicaux de ses électeurs conservateurs (opposés au mariage pour tous), là encore Merkel fait un pari, analyse le TAGESSPIEGEL : que le texte adopté à la hussarde, à la veille de la pause estivale, aura le temps d’être digéré d’ici aux élections de septembre prochain. Voilà donc qui sonne comme un coup de génie à la Merkel, remarque la SÜDDEUTSCHE. D’autant que l’aile dure de son parti pourra ensuite saisir la Cour constitutionnelle, et là, exit la politique, puisque le cas du mariage pour tous deviendra alors une question juridique.

Mais le fait que la chancelière pousse, ainsi, la porte du mariage gay est aussi un nouvel exemple de son style politique tout en flexibilité. En clair, quand Merkel pense que des trains ne peuvent plus être arrêtés, écrit la FRANFÜRTER ALLGEMEINE, elle ne se met jamais en travers des voies. C’est ce qu’elle a déjà montré par le passé avec sa décision de mettre fin au nucléaire (dans le sillage du drame de Fukushima), jusqu’au tournant sur la crise des migrants.

Et les migrants, justement, il en est beaucoup question en Italie, cette fois-ci, depuis que le pays a fait savoir, cette semaine, que les bateaux d'organisations humanitaires acheminant des réfugiés sauvés en mer pourraient se voir refuser l'accès aux ports italiens.

L’Italie pose le pistolet sur la table, résume notamment LA REPUBBLICA. Lassée de faire face seule à cet afflux, Rome tape du poing sur la table et demande l’appui des autres États européens. Et d'ailleurs, face au manque de solidarité des voisins, rares sont les journaux qui ne donnent pas raison au gouvernement. L'Italie a raison de faire pression sur l'UE, juge en particulier LA STAMPA. Pourquoi ? Parce que le sauvetage de réfugiés par les ONG simplifie, dit-il, la vie des passeurs et ne contribue pas à réduire le nombre de victimes. Au contraire, ces actions n'ont fait que gonfler les flux de réfugiés. Finalement, il n'y a guère que le journal AVVENIRE pour se montrer indigné par ce projet. Il est inimaginable que l'Italie suspende et donc viole des règles qui résultent directement de principes cardinaux. Et il est encore plus inimaginable que l'Italie arrive, réellement, à empêcher l'accès de ses ports ou de ses eaux territoriales à des navires chargées de personnes sans défense, qui viennent d'être sauvées en mer. Elle risquerait sinon de déclencher, sous les yeux de la communauté internationale, une nouvelle crise humanitaire aux effets à la fois imprévisibles et dévastateurs, non seulement pour ceux qui en seraient les doubles victimes, mais aussi pour ceux qui, sur le plan politique et humain, en seraient doublement responsables.

Enfin direction à présent le Canada, qui fêtera demain le 150e anniversaire de sa création.

Dans une contrée où tout le monde a été un jour ou l'autre immigrant, où dans certaines grandes villes on peut avoir près de la moitié de la population née à l'étranger, où on a toutes les chances que son voisin soit un Canadien de la première ou de la deuxième génération, il n'est guère étonnant, écrit un écrivain et blogueur français et canadien sur le magazine SLATE, de constater que cette célébration provoque autant d'émoi. Depuis des mois, dit-il, tout le pays est en transe à l’idée de fêter cet anniversaire. Et pourtant, le Canadien, paradoxalement, n'a pas d'histoire. Ni grande, ni petite. Et d'ailleurs, il serait bien en peine de savoir ce qu'être canadien peut bien vouloir signifier. Tout juste s'accordera-t-il à penser qu'il n'est point américain et qu'il se montre tout à fait indifférent à la race, la religion ou la couleur de peau des citoyens. En clair, ne venez surtout pas chicaner le Canadien de base avec des histoires d’identité nationale ou de combat à mener pour préserver des traditions. Et après tout, conclue l'auteur, est-il si compliqué de comprendre que nous ne sommes de nulle part, que nous n'allons nulle part, que nous sommes tous les citoyens d'un monde dont il nous faut préserver les identités multiples, afin de laisser à chacun le droit de vivre sa vie comme il l'entend ?

Par Thomas CLUZEL

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