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Photo d'écran d'ordinateur sur lequel est écrit "Fake News" (Fausses Nouvelles)

A chacun son sorcier ou son militant

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Paul Horner, le roi des «Fake News» est mort. Juste après l'élection de Trump, il s'était dit désolé, parce qu'il pensait avoir contribué à l'élection du milliardaire par ses articles pris au sérieux par des milliers de gens.

Photo d'écran d'ordinateur sur lequel est écrit "Fake News" (Fausses Nouvelles)
Photo d'écran d'ordinateur sur lequel est écrit "Fake News" (Fausses Nouvelles) Crédits : HELMUT FOHRINGER / APA-PICTUREDESK / APA

Il est parfois des jours où l'on se demande jusqu'à quel point l'actualité ne serait pas en train de nous jouer un mauvais tour. Prenez par exemple cette nouvelle : l'annonce, cette semaine, de la mort d'un auteur de fausses nouvelles. Qui faut-il croire, lorsqu'on vous signale le décès de Paul Horner, le plus célèbre auteur de «Fake News» sur Internet ?, s'interroge THE WASHINGTON POST. A tout le moins la question se pose. Et d'ailleurs, lorsque le frère du défunt a, le premier, posté cette nouvelle sur Facebook, nombreux sont ceux qui ont d'abord cru à un énième canular. Même l'article publié dans la rubrique nécrologie du journal de Phoenix NEW TIMES, dont Horner était originaire, comportait une clause de non-responsabilité, le journal précisant qu'il n'avait pas été en mesure pendant le weekend de confirmer ce décès avec qui que ce soit (à l'exception de la famille) le bureau du médecin légiste n'étant pas ouvert avant lundi. Et c'est ainsi, donc, que plusieurs jours durant après l'annonce de sa mort, la plupart des grands quotidiens nationaux aux Etats-Unis ont préféré s'abstenir de traiter cette nouvelle. Du moins, jusqu'à ce qu'un porte-parole du bureau du shérif du comté de Maricopa dans l'Arizona déclare, mercredi, que l’homme de 38 ans avait bel et bien été trouvé mort dans son lit, 10 jours plus tôt.

Pour autant, certains restent encore sceptiques aujourd'hui, à l'instar du directeur de la rédaction de SNOPES. En dépit de la confirmation du décès de Horner par les autorités, il estime qu'il n'est pas impossible qu'un autre Paul Horner du comté de Maricopa soit mort. Le journaliste du WASHINGTON POST, lui, a mené l'enquête. Il existe bien, en effet, plusieurs homonymes mais un seul est répertorié comme étant âgé de 38 ans. Et l'adresse qui lui est associée correspond à celle donnée par la police. En d'autres termes, pour que la mort de Paul Horner soit un canular, il faudrait qu'elle soit extrêmement élaborée et cela semble peu probable.

Toujours est-il que les doutes autour de sa mort prouvent, aujourd'hui, une chose : Paul Horner était bien le roi des «Fakes News». Véritable usine à désinformation à lui tout seul, nombre de ses news bidon ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux. En particulier, il avait réussi à faire croire plusieurs fois que la véritable identité de Banksy avait été découverte et qu'il s'agissait d'un certain ... Paul Horner. Il avait également raconté que les manifestants anti-Trump étaient payés. Cet article dans lequel un témoin du nom de ... Paul Horner affirmait avoir reçu 3.500 dollars pour manifester, a même été rediffusé sur Twitter par l'ex-directeur de campagne de Trump. Et pourtant, ledit article comportait en haut de page une note, dans laquelle il écrivait ceci, noir sur blanc : «Evidemment, personne n'a besoin d'argent pour protester contre Trump. Cette histoire que j'ai écrite se moque de vous tous, pauvres moutons». En ce sens, Paul Horner se justifiait donc d'écrire de fausses actualités «pour éduquer les gens». Et d'ailleurs, de son propre aveu, l’homme «détestait Donald Trump».

Reste que pour beaucoup il est devenu le visage humain de cette vague montante de «Fake News» que de nombreux partisans d'Hillary Clinton ont accusé d'avoir contribué à la victoire de Trump. Dans une interview postélectorale avec THE WASHINGTON POST, il s'était dit «désolé», parce qu'il pensait avoir contribué à l'élection du milliardaire grâce à ses articles, pris au sérieux, avant toutefois de préciser : «Franchement, les gens sont de plus en plus bêtes. Personne ne vérifie plus rien. Et c’est comme cela que Trump a été élu. Il disait ce qu’il voulait et les gens le croyaient. Et quand les choses qu’ils disaient se révélaient fausses, les gens s’en foutaient car ils l’avaient déjà accepté. Tout cela est vraiment effrayant».

Alors la mort annoncée de Paul Horner, mercredi, est-elle un canular de plus ? A priori, non. Des indices trouvés sur place portent à croire qu’il pourrait s’agir d’une overdose accidentelle. Des analyses toxicologiques sont encore en cours. Reste cette information surprenante, relayée par la presse, le médecin légiste a réalisé une autopsie qui, nous dit-on, «n'a révélé aucun signe de jeu sexuel».

Lui est mort hier officiellement de causes naturelles, lui, c'est Hugh Hefner le créateur de Playboy. Et quoi de plus beau, a priori, pour le créateur du célèbre magazine de charme que de s'éteindre dans son lit, à l’âge canonique de 91 ans. Hefner, jusqu'au bout du bout, titre ce matin LE TEMPS. Et si quand un vieillard meurt c’est toute une bibliothèque qui brûle, écrit le journal, la mort du prophète de l'hédonisme pop aura surtout rouvert un débat, dont il incarnait lui-même les contradictions : A-t-il libéré la femme ou posé les bases d'une pornographie aujourd'hui omniprésente, notamment, sur internet ? Hefner a toujours été une figure ambivalente et controversée, comme le rappelle l’hebdomadaire HOLLYWOOD REPORTER. Lui dont les playmates ont fait la fortune était aussi capable d’ouvrir ses pages à des signatures aussi prestigieuses que Steinbeck, Bradbury ou Kerouac. Au nom de la morale, de puissants lobbies réactionnaires se sont dressés contre lui. Mais toute sa vie, lui n’a pas dévié de sa voie royale : le sexe, mais aussi l’esprit de tolérance. Il a tracé sans fléchir la voie qui a mené à la libération sexuelle des années 1960. Et en ce sens, Playboy a eu un vrai rôle historique en se battant tout à la fois pour la liberté d’expression et contre le puritanisme américain.

Enfin audacieux pour les uns et rétrograde pour les autres, c'est également le débat qui agite en ce moment la presse britannique autour d'un homme : Jeremy Corbyn. A l'issue du congrès du Labour qui s’est tenu cette semaine, le dirigeant travailliste semble avoir atteint le sommet de sa popularité. En revanche la presse, elle, reste divisée. Quand THE MORNING STAR, l'ex publication du Parti Communiste, se réjouit de l'attaque portée par Corbyn contre le capitalisme, un système qui a échoué et qui ne fait plus recette, pour montrer qu’une autre société est à la fois nécessaire et possible, le tabloïd conservateur DAILY MAIL juge, au contraire, le leader travailliste mauvais et rétrograde et dénonce surtout ses promesses intenables car trop coûteuses. Quant au journal de gauche THE INDEPENDENT, repéré également par le Courrier International, il estime que les corbynistes se trompent s'ils pensent que plus une politique est de gauche et plus le public va y adhérer. Car selon le quotidien, trop de radicalisme pourrait faire peur aux électeurs. Ce à quoi Hefner aurait pu leur rétorquer cette sentence : «La vie est trop courte pour vivre le rêve de quelqu’un d’autre.»

Par Thomas CLUZEL

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