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Manifestation de soutien au leader l'opposition turc Kemal Kilicdaroglu

A chacun son terroriste

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La "Marche pour la justice" entamée le 15 juin à Ankara par le principal parti d'opposition en Turquie, pour protester contre l'incarcération d'un de ses députés, est arrivée vendredi à Istanbul. Elle s’est conclue, hier, par un rassemblement géant.

Manifestation de soutien au leader l'opposition turc Kemal Kilicdaroglu
Manifestation de soutien au leader l'opposition turc Kemal Kilicdaroglu Crédits : GURCAN OZTURK - AFP

Il y a quelques jours, anticipant déjà ce qui s'annonçait comme un rassemblement géant contre le régime en place, le président turc Erdoğan n'avait pas hésité à accuser Kemal Kiliçdaroğlu de se ranger « du côté des terroristes ». Une accusation que le quotidien pro-gouvernemental YENI SAFAK a, d'ailleurs, aussitôt reprise à son compte, sous ce titre : Quand le chef de l'opposition marche, main dans la main, avec des terroristes. Et pourtant, lorsqu'il s'est présenté à la foule venue l’acclamer, hier à Istanbul, armé d'une simple pancarte sur laquelle était écrit le mot « justice », celui que l’on surnomme « Gandhi Kemal » (pour sa ressemblance physique avec le guide spirituel) n'avait rien d'un dangereux criminel. Son seul crime, en réalité, est d'avoir réussi son pari. Lui qui, il y a un peu moins d'un mois, avait initié une longue marche pour protester contre la condamnation à 25 ans de prison d'un député membre de son parti (CHP) a été rejoint par des milliers de Turcs. De sorte que cette marche est arrivée presque comme une surprise. Car ce parti d'opposition, certes historique, avait depuis plusieurs années, déjà, perdu ses lettres de noblesse, au fur et à mesure que le président Erdoğan avait, lui, étendu ses pouvoirs. En ce sens, l'engouement pour le rassemblement organisé, hier, constitue tout autant une heureuse surprise qu'une démonstration de force inquiétante pour le président turc, note le quotidien HANDELSBLATT, lequel recommande à Recep Tayyip Erdoğan de prendre au sérieux cette contestation. Faute de quoi, conclue le journal, il risque de se retrouver avec ce qu'il veut absolument éviter en tant que chef de l'Etat tout puissant, c'est-à-dire, une véritable opposition.

Une autre démonstration de force continue de faire la Une de la presse, en Allemagne cette fois-ci, celle qui aura émaillé le G20 toute cette fin de semaine.

Deux jours après la fin du sommet, Hambourg a la gueule de bois. Pendant trois nuits, la ville réputée ouverte et tolérante aura été le théâtre d'affrontements violents. Au total, près de 500 policiers ont été blessés et 300 personnes interpellées. Et ce n'est pas assez, peste en particulier le tabloïd BILD, qui traite en Une les manifestants altermondialistes de criminels et de ratés. Quand le TAGESPIEGEL estime que les mots lui manque, le BERLINER KURIER évoque, lui, la honte de Hambourg. De leur côté, la SÜDDEUTSCHE et SONNTAG EXPRESS dénoncent, pour l'un, le sommet de la fureur, et pour l'autre, un sommet de cauchemar.

Bref, à l'heure des bilans et notamment les failles supposées du dispositif de sécurité, se pose plus que jamais la question de savoir si les résultats fragiles obtenus à la table des négociations justifient les sommes engagées (plus de 300 millions d'euros pour l'organisation du G20). S'agissant, notamment, de la lutte contre le réchauffement de la planète, le sommet s'est achevé à 19 contre un, les États-Unis ayant annoncé leur retrait de l'Accord de Paris. Et d'ailleurs, Donald Trump aura essentiellement profité de la tribune offerte au G20 pour mener, en réalité, des discussions bilatérales. Du point de vue américain et russe, l'entrevue entre Trump et Poutine a même été le point fort du sommet. Il y avait une « alchimie positive » et « un tel niveau d'échange qu'aucun des deux ne voulait s'arrêter » a déclaré le secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson. Trump Poutine, le dégel, titre ainsi LA RAZON. Vrai ou faux ?

Pour THE WEEKEND AUSTRALIAN, si Trump et Poutine se sont serrés la main, en revanche, l’hostilité demeure. Les deux hommes auraient, en particulier, évoqué l'ingérence russe pendant la campagne de la présidentielle américaine. Or Vladimir Poutine a nié toute accusation. Et pourtant, hier, Donald Trump Junior a, lui, admis au NEW YORK TIMES avoir rencontré, pendant la campagne présidentielle, une avocate russe, qui prétendait avoir des informations compromettantes sur Hillary Clinton. Le fils aîné de l'actuel président n'était, d'ailleurs, pas seul. Il précise que Jared Kushner (le gendre de Donald Trump) et Paul Manafort (à l'époque directeur de la campagne du républicain) étaient, eux aussi, présents. Le quotidien, qui a découvert l'existence de cette rencontre non déclarée, note que l'entretien eu lieu le 9 juin 2016, à la Trump Tower. Et d'en conclure : cette rencontre représente, bel et bien, le premier élément public révélateur du fait que le camp républicain était effectivement prêt à accepter l'aide de la Russie dans cette campagne.

Et puis toujours lors du G20, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont accordés sur un cessez-le-feu partiel, dans le sud-ouest de la Syrie, ce qui constitue, selon la nouvelle administration américaine, un succès diplomatique. Sauf qu'aucune annonce de cette trêve n’a été faite dans l’immédiat par les belligérants. De son côté, Damas avait déjà décrété un peu plus tôt une trêve unilatérale de quelques jours dans le sud du pays, coïncidant avec la tenue de négociations avec les rebelles au Kazakhstan.

Autre titre à la Une de la presse, ce matin, la reconquête de Mossoul, dont Daech avait fait son principal bastion en Irak

A l'issue d'une bataille de près de neuf mois, le Premier ministre irakien est arrivé hier dans Mossoul « libérée » et a salué une « victoire majeure » contre les djihadistes du groupe Etat islamique. Reste que si l'EI ne contrôle plus Mossoul, il n’a pas pour autant disparu, prévient aussitôt LE TEMPS. En particulier, des centaines de djihadistes irakiens ont pu se faufiler parmi les civils, qui s’échappaient chaque jour de la vieille ville. Et puis déjà la semaine dernière à Mossoul, dans les quartiers ouest, des habitants disaient leur méfiance et leur conviction que l’organisation Etat islamique reviendrait, d’une manière ou d’une autre. « Nous ne sommes pas en sécurité, les gens ont peur », raconte Yunis, un traducteur qui travaille avec des ONG. « Personne n’a pensé à l’après », dit-il, avant d'ajouter : « Les chefs de Daech sont toujours là et ils peuvent recruter à nouveau ».

Enfin le journal AL-HAYAT repéré par le Courrier International raconte, lui, le triste sort des habitants de Raqqa, en Syrie. Là-bas, aussi, la fin de Daech paraît imminente. Mais la méthode pour y parvenir est mise en œuvre au détriment de la vie des habitants. Les bombardements effectués par la coalition internationale y ont fait un nombre « colossal » de victimes civiles, d’après la Commission d’enquête indépendante de l’ONU. Pourquoi ? Parce que terrorisés par Daech durant trois années, ils sont aujourd’hui assimilés à l’organisation djihadiste. On a collectivement assimilé ces civils à Daech, comme si c’étaient eux qui avaient engendré cette organisation. Or accuser les habitants de Raqqa d’être des terroristes s’inscrit dans le récit de la guerre contre le terrorisme, récit dichotomique selon lequel il y aurait d’un côté les djihadistes toutes tendances confondues et de l’autre les Américains et leurs alliés. Et c’est ainsi, conclue le journal, qu’on oublie que les premières victimes de Daech sont les habitants de Raqqa eux-mêmes, à l’instar des grandes figures du printemps syrien de Raqqa qui ont été assassinées lorsque l’EI a pris la ville.

Par Thomas CLUZEL

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