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Donald Trump, président des Etats-Unis

Chronique de la bêtise ordinaire

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Spectacle affligeant à la Maison-Blanche, après le premier mois de mandat du nouveau président Donald Trump.

Donald Trump, président des Etats-Unis
Donald Trump, président des Etats-Unis Crédits : MANDEL NGAN - AFP

C'est l'histoire d'un journaliste du NEW YORK TIMES qui s'est lancé un défi complètement fou. Pour interroger l'impact du traitement médiatique du début de mandat de Donald Trump, il a décidé de ne plus rien lire ou voir à son propos pendant une semaine complète. Histoire de voir si un monde (ou quelque chose) existait en dehors des montagnes d'articles consacrés au président américain. Il n'a pas arrêté de s'informer, simplement il a passé davantage de temps sur les sites des médias étrangers (en particulier la BBC) et surtout il s'est concentré sur des thèmes (par exemple, la science) où Donald Trump, a priori, ne serait pas le sujet le plus traité. Et voici ses conclusions, résumées par le magazine SLATE : Il n'existe dans le paysage médiatique aucun endroit (ou presque) où l'on ne parle pas de Donald Trump. Quels que soient le sujets, les articles mentionnent le président d'une manière ou d'une autre. On y fait allusion dans les comptes rendus sur les Grammys et les Golden Globes, on le retrouve dans des spots publicitaires pour la tolérance, dans les programmes sportifs de la NBA et du Super Bowl et même dans la série "Big Bang Theory" (dans laquelle le scénariste a inclus un message anti-Trump à la fin). Bref, Donald Trump est partout. Evidemment, par le passé déjà, les présidents américains ont toujours bénéficié d'un traitement médiatique de grande ampleur. Mais toujours selon le journaliste, «il est probable qu'aucune personne vivante au cours de l'histoire n'a jamais été aussi célèbre que Trump aujourd'hui ». Et il en veut pour preuve les analyses de MEDIA QUANT, une entreprise américaine qui mesure la récurrence de certains noms.

Bien entendu, la semaine écoulée n'échappe pas à la règle. Ces derniers jours, tout le monde s’est demandé quels étaient les enseignements à tirer de ces 30 premiers jours sur l’Amérique de Trump. Un premier mois qualifié, c'est selon, de surréaliste, d'éprouvant, voire d'humiliant. Un spectacle affligeant commente, notamment, un chroniqueur du GUARDIAN, comme une saison particulièrement longue de la série "The Office", avec Donald Trump dans le rôle du bouffon égocentrique, convaincu d’être plus intelligent, plus drôle et plus doué que les autres.

Au point que le débat fait rage, désormais, outre-Atlantique pour savoir si ce 45ème Président ne souffrirait pas d’une pathologie mentale. Depuis quelques temps, psychiatres et experts égrènent ses symptômes et livrent leurs diagnostics. En décembre, déjà, rappelle le Courrier International, un article du HUFFINGTON POST citait une lettre rédigée par trois éminents professeurs en psychiatrie qui, comme preuve de l’instabilité mentale de Donald Trump, citaient « son orgueil démesuré, son impulsivité et sa susceptibilité face aux critiques ». Fin janvier, un psychologue allait encore plus loin. Dans un article de l’hebdomadaire US NEWS AND WORLD REPORT, on pouvait lire ceci : Le Président souffre de « narcissisme malin », qui se caractérise par un sadisme et un comportement antisocial. Plus récemment, une lettre adressée au courrier des lecteurs du NEW YORK TIMES, signée par 35 psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux, allait également dans ce sens. Et il n'y a d'ailleurs pas que les Américains qui s'interrogent sur la psychologie et la santé mentale de leur président. NBC nous apprend, par exemple, que pour aider Poutine à préparer sa première rencontre avec le nouveau leader américain (sans même que la date ne soit, d’ailleurs, encore fixée), un travail préparatoire très sérieux est actuellement en cours au Kremlin, notamment un papier de sept pages établissant un portrait psychologique de Trump pour cerner « l'esprit et les instincts » du président. Enfin, dernièrement, un député démocrate de Californie est même allé, lui, jusqu'à envisager de déposer un projet de loi afin de réclamer l’intervention d’un psychiatre à la Maison-Blanche.

Et on ne parle même pas là des mensonges proférés par Donald Trump. THE WASHINGTON POST vient de publier une infographie à ce sujet. Après 33 jours, le journal compte 132 affirmations trompeuses, soit une jolie moyenne de quatre par jour.

Quoi qu'il en soit, cette tentative de déclarer le Président mentalement inapte à servir le pays est une erreur à bien des égards, tranche THE NEW YORK TIMES. Pourquoi ? Tout d'abord parce que le fait qu’un président souffre d’une pathologie mentale ne veut pas dire grand-chose sur sa capacité à gouverner. Après tout, Lincoln souffrait de dépression, Roosevelt était probablement maniaco-dépressif et Grant alcoolique. Ensuite, vous pouvez souffrir d’une maladie mentale et être parfaitement compétent, ou être parfaitement sain d’esprit mais incapable. Enfin la dernière raison pour laquelle nous devrions éviter de poser des diagnostics sauvages, c’est que cela dégage de leurs responsabilités nos hommes politiques. Tout cela pour dire, conclue l'article, que notre pays n’a pas besoin d’un psy pour décider si Trump est apte à servir le pays. Les présidents doivent être jugés sur leurs actions, leurs déclarations (et peut-être même, à présent, aussi sur leurs tweets). Et nous n’avons pas besoin de spécialistes pour cela, il suffit d’un peu de bon sens.

Ensuite, il convient de rappeler que si Trump a montré toute son incompétence lors de ce premier mois de mandat, le soutien de son propre camp, lui, ne faiblit pas, observe le quotidien HABERTÜRK. Qu'il s'agisse de son agenda de démantèlement du système social et de dérégulations intempestives ou de sa quête d'orientations populistes et autoritaires, tant que ces conditions seront réunies, dit-il, le soutien des républicains d'une part et des électeurs de Trump d'autre part n'est pas près de faiblir. De sorte que voir les démocrates reprendre, par exemple, le contrôle du Sénat pour refréner Trump est presque impossible à imaginer, estime THE LOS ANGELES TIMES.

Enfin si Trump quittait la scène, le peuple qui a voté pour lui élirait probablement un candidat comparable aux prochaines élections. Car ne nous y trompons pas, Trump est un symptôme et non la cause de la crise, souligne son confrère YENI SAFAK. Ce que nous voyons à la surface n’est pas la raison, mais le résultat. Et même si Trump était destitué demain, cela ne changerait rien au séisme. Car ces décisions ne sont pas le fruit d'une colère passagère. Elles ont été prises par de larges pans de la population, à l’issue d’un long processus de fermentation. Et le journal d'en conclure : Désormais les notions et les arguments les plus forts du monde moderne, l'impérialisme, le capitalisme et la mondialisation (contrôler davantage, gagner davantage et englober davantage) sont en train de devenir le plus grand fléau de la société occidentale.

Par Thomas CLUZEL

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