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Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome

Comme un air de révolution en Italie

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le Parti démocrate du chef du gouvernement italien Matteo Renzi a été battu à plates coutures à Rome et à Turin, par les "antisystème" du Mouvement 5 Étoiles, lors du second tour des élections municipales.

Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome
Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome Crédits : Remo Casilli

Au lendemain du premier tour des élections municipales, en Italie, le journal autrichien DER STANDARD s'interrogeait déjà : si, par les temps qui courent, l’establishment politique est partout sanctionné, alors pourquoi ne le serait-il pas également à Rome ? Depuis, les observateurs du monde entier avaient les yeux rivés sur la capitale. La vague s’annonçait déferlante, selon L'ESPRESSO. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Rome ne les a pas déçus. Là-bas, on est tout simplement passé du Martien à la petite fée, écrit notamment Il TEMPO, comprenez de l’ancien maire toujours ailleurs et raillé pour son inefficacité, à Virginia Raggi, issue du Mouvement cinq Etoiles. Preuve, écrit à nouveau DER STANDARD, qu'en Italie comme ailleurs, la politique est en train aujourd'hui de se réinventer.

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Une dynamique différente s’est emparée de l’Italie, commente à son tour le directeur de LA STAMPA. Car c'est vrai que la percée est majeure pour la formation de l’humoriste Beppe Grillo lequel, rappelle le site 24 HEURES, avait commencé par organiser en 2007 des manifestations massives contre la classe politique intitulées «Vaffanculo Day» (la Journée du «va te faire foutre»)». «Nous sommes prêts à gouverner le pays», a répété dimanche soir le jeune Luigi di Maio, le dauphin pressenti de Grillo. «Les Italiens nous reconnaissent la capacité de gouverner. Maintenant c’est à Rome et à Turin et après ce sera le tour du reste du pays.»

Dimanche, le mouvement étoilé était présent au second tour dans un total de 20 villes. Et il en a remporté 19, dont Rome mais aussi Turin où, là encore, une femme, âgée de seulement 31 ans, a créé la surprise en battant le maire sortant, un éléphant du Parti Démocrate. Et cette victoire impressionne, à l’évidence, les médias italiens. Les résultats de Rome et de Turin content l’histoire d’une révolution, lâche même LA STAMPA. Les urnes ont été le théâtre d’une révolte, dit-il, menée par un tiers-État inédit, composé de classes sociales affaiblies par la crise économique et exclues du pouvoir par l’aristocratie de centre-gauche ; une révolte contre un Ancien Régime incarné par l’homme qui devait justement le réformer, Matteo Renzi. Nombreux étaient ceux, en effet, qui pensaient que Renzi serait capable de faire sortir le pays de la crise, rappelle IL CORRIERE. Ces deux ans et demi à la tête du Parti Démocrate et ces deux années au poste de Premier ministre auraient dû le consacrer comme un leader capable de transformer la gauche et d’en faire le nouveau centre de gravité de la politique. Mais cet espoir vient d’être douché par le résultat de ces municipales. Et en ce sens, les résultats de dimanche marquent bien un changement, écrit encore le journal : la fin des illusions.

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Le problème, c'est que si le Parti Démocrate de Matteo Renzi est sans conteste le premier responsable de sa défaite, l'échec du parti de centre-gauche au pouvoir révèle aussi un problème systémique. Tout d'abord, parce que l’alternative en gestation, c’est le parti de Beppe Grillo. Ce qui signifie qu'on n'entrevoit toujours aucune majorité susceptible de supplanter l'actuel gouvernement en Italie. Et d'autre part, parce que la colère des Romains et des Turinois s’est manifestée, pour la première fois de l’histoire, à travers le rejet de tout candidat disposant d’une expérience politique et managériale solide. Mais pis encore puisque le dégoût ressenti vis-à-vis des professionnels du secteur était tel, que l’inexpérience des deux dames "Cinq Étoiles" a même été considérée comme un gage de valeur. Exactement comme cela se produit, en somme, lors d’une mutinerie, lorsque l’équipage préfère confier la direction du navire au matelot qui n'a jamais pris la barre, plutôt que qu'au second officier, jugé compromis par ses liens avec le commandant.

En d'autres termes, commente une politologue de l'Université de Gênes, interrogé dans les colonnes du TEMPS de Lausanne, ces élections ne doivent pas être vues comme un simple vote anti-Renzi. Les Italiens reconnaissent aussi désormais au Mouvement cinq Étoiles une capacité à gouverner. Ils ne choisissent plus le symbole, ce qu’il représente, mais les candidats eux-mêmes, confirmant ainsi la transversalité nationale du Mouvement.

Reste que le programme de transparence et de légalité des deux élues étoilées sera durement mis à l’épreuve ces cinq prochaines années. Si le quotidien conservateur IL TEMPO, cité par le Courrier International, conçoit très bien que les Italiens aient voulu sanctionner le Parti démocrate du Premier ministre, et qu’ils aspirent à la rupture, à la transparence et à la bonne gouvernance, il ne cache pas ses doutes : aujourd’hui, un nouveau récit commence, dit-il. Et le risque, c’est qu’il soit égal au précédent.

Le journal de Londres THE GUARDIAN liste ainsi les défis qui attendent, notamment, la nouvelle maire de Rome. Jusque-là, le mouvement dont elle fait partie ne dirigeait que des villes de taille moyenne, comme Parme et Livourne. Or là-bas, c'est peu de dire le Mouvement 5 étoiles n’a pas particulièrement brillé en la matière. Les maires de chacune des deux villes ont été, tous deux, mis en examen dans des affaires de corruption. Virginia Raggi n’a cessé, d'ailleurs, dans ses discours de mettre l’accent sur la lutte contre la corruption, justement. Mais réussira-t-elle à relever ce défi dans une ville marquée par le scandale «Mafia Capitale» ? Et puis gageons, conclue le quotidien britannique, que Virginia aura également à affronter, sarcasmes et sexisme. Seule certitude, conclue IL CORRIERE, dimanche, une saison effaçant toute illusion de primauté et de rente de situation a commencé. En clair, les résultats de ces municipales ont envoyé au gouvernement national un message univoque : l’électorat a jeté à la casse les hommes politiques.

Par Thomas CLUZEL

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