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Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump

Contre les idées reçues

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : une semaine tout juste après sa victoire, les commentateurs n'ont pas fini d'essayer de comprendre comment Trump a bien pu l'emporter. Or les premiers résultats détaillés mettent à bas un certain nombre d'idées reçues.

Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump
Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Tout au long de la campagne, rappelle le site BIG BROWSER, le milliardaire avait, notamment, été jugé en difficulté dans l’électorat féminin à cause de ses propos et comportements sexistes. Et si 54 % des femmes, au final, ont effectivement voté pour Hillary Clinton, il n'en reste pas moins que 53 % des femmes blanches ont voté pour le républicain, précise de son côté le site de CNN. En d'autres termes, celles-ci ont été plus nombreuses à voter Trump que Clinton. Dès-lors, voir dans l’échec de la candidate démocrate la résurgence d’une Amérique sexiste ne semble pas correspondre tout à fait à la réalité des chiffres. Ces résultats détaillés au sein de l’électorat féminin semblent davantage montrer que les femmes ont voté en fonction de leur classe ou de leur appartenance ethnique, plutôt que de leur genre. Et pourquoi ? Réponse de la journaliste du site d'information américain BUZFEED : si ces électrices en grande majorité blanches, hétérosexuelles et issues de la classe moyenne trouvaient dégoûtant les propos de Trump sur les femmes, elles ont préféré fermer les yeux sur les dérapages du milliardaire, en jugeant que le maintien de certains privilèges (en particulier ceux afférents, justement, au fait d’être blanc et économiquement privilégié) était plus important que la défense des droits des femmes.

Une autre grille de lecture apparue consiste à voir dans cette élection un refus du progressisme. En clair, une société profondément sexiste se serait réveillée en refusant d’élire une femme. La revanche du mâle blanc est une analyse abondamment reprise dans la presse américaine. En ce sens, cette élection est souvent perçue comme le refus de voir évoluer la société américaine, l’échec d’une tentative de briser le fameux plafond de verre. En réalité, deux fois plus de femmes blanches, sans diplôme, ont voté pour Trump. Ce qui tendrait surtout à prouver que le féminisme de Clinton n’est pas le féminisme des femmes blanches de la classe ouvrière, précise le portail d'information REFLEKTOR. En clair, même issue d’une « minorité » (les femmes) au sein de la classe dirigeante, Hillary Clinton n’en reste pas moins blanche et membre de l’élite, c'est-à-dire membre de cet establishment rejeté par les électeurs américains. Voilà pourquoi sa promesse de briser le plafond de verre une fois pour toutes n’a pas convaincu.

Toujours parmi les explications avancées pour expliquer la victoire de Trump, l'argument du racisme. Or là encore, les résultats semblent quelque peu surprenants. S'il est clair que Donald Trump a raflé le plus gros des électeurs blancs, en revanche, précise le magazine SLATE, il a également réalisé de bien meilleurs scores que son prédécesseur (Mitt Romney) au sein de la population noire et hispanique. De quoi compliquer le récit de l’élection de Trump, souvent analysée comme le reflet d’une poussée soudaine de tribalisme et de ressentiment des Américains blancs. Sans compter qu'une portion décisive des électeurs blancs, cette fois-ci, issus de la classe ouvrière et favorables à Trump avaient voté pour Barack Obama en 2008 et 2012. Dès-lors, si des personnes de couleur ont voté pour Trump et que, par ailleurs, des blancs qui soutiennent aujourd'hui le milliardaire taxé de racisme avaient auparavant voté Obama, comment justifier la résurgence d'un nationalisme blanc dans la victoire du 45ème président des États-Unis ? Tout ce que l'on peut dire c'est que, dans le cas des électeurs de Trump et d’Obama, il s'agit d'un simple cas d’ordre de préférence. Quand le choix s’offrait entre Obama et un Républicain classique, ces électeurs ont choisi Obama. Mais quand le choix qui s’est offert à eux était de désigner un successeur bancal ou un homme qui leur promettait de les restaurer dans leur ancienne grandeur, Trump a gagné.

D'autre part et toujours d’après les derniers décomptes disponibles des votes, Hillary Clinton devancerait Donald Trump de 668 483 voix, peut-on lire toujours sur le site de CNN. Et si l’on en croit THE NEW YORK TIMES, l’écart pourrait même atteindre deux millions de voix (soit 1,5 % d’avance) une fois le dépouillement achevé. Évidemment, il n'en fallait pas plus pour que certains qualifient le système de truqué. C'est ainsi, notamment, que l'on peut lire, sous la plume du CHICAGO TRIBUNE, que le peuple américain a voté Clinton et que le collège électoral lui a donné Trump. Sauf qu'au cours de la campagne, Donald Trump lui-même avait qualifié le processus d’élection présidentielle de « désastre pour la démocratie ». Et d’ailleurs, interrogé dimanche sur cette question, le président élu a sous-entendu qu’il pouvait comprendre l’appel aujourd'hui des supporters de Clinton à ce que le vote populaire (plutôt que celui du collège électoral) soit pris en compte pour la présidentielle, rapporte THE INTERNATIONAL BUSINESS TIMES. « Je ne vais pas changer d’avis sous prétexte que j’ai gagné », a-t-il lancé. Quoi qu'il en soit et même si la discordance entre vote national d'un côté et collège électoral de l'autre est évidemment choquante, ça n'est pas une première dans l'histoire des États-Unis. C'est même la cinquième fois que ce système échoue à faire coïncider vote national et collège électoral.

Enfin, si on ne connaîtra que dans quelques mois les taux de participation précis, il semble qu'environ 100 millions d'Américains aient choisi, justement, de ne pas choisir, lors du scrutin du 8 novembre dernier. Selon les estimations disponibles pour l'instant, 134 millions d'Américains ce sont rendus dans les bureaux de vote sur les 232 millions de personnes pouvant exercer leur droit de vote. Ce chiffre représente une abstention de 42%, soit un point de plus qu'en 2012 et quatre de plus qu'en 2008, lors de l'élection historique de Barack Obama. C'est loin d'être un record mais ce chiffre signifie, tout de même, que Donald Trump aura été élu, au final, par seulement 28% de la population en âge de voter.

Par Thomas CLUZEL

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