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Marcelo Rebelo de Sousa, 24 janvier 2016

Coup d’œil à gauche ou clin d’œil à droite ?

5 min

La révolution des balais en Moldavie, l’anniversaire en demi teinte de l’arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce, une possible union de la gauche au pouvoir en Espagne et l’élection de Marcelo Rebelo de Sousa à la tête du Portugal.

Marcelo Rebelo de Sousa, 24 janvier 2016
Marcelo Rebelo de Sousa, 24 janvier 2016 Crédits : MARIO CRUZ - Maxppp

Cela fait déjà plusieurs mois que la crise couve en Moldavie, ce petit pays coincé entre l'Ukraine et la Roumanie, considéré comme le plus pauvre d’Europe, avec un salaire minimum légal de 58 euros par mois. Et hier, malgré un froid glacial, ils étaient encore 40.000 personnes à descendre dans les rues de la capitale, Chisniau, pour réclamer des élections anticipées, mais plus encore un nettoyage intégral de la classe dirigeante. D'où ce surnom de « révolution des balais », pour bien marquer la volonté des Moldaves de se débarrasser de la mafia au pouvoir et notamment de l'influence de l'oligarque Vlad Plahotniuc, qui pour eux tire les ficelles du gouvernement.

Mercredi dernier, pourtant, un nouveau gouvernement a bien été nommé, rappelle LE TEMPS de Lausanne. Sauf qu'il s'agit du troisième en moins d'un an ce qui n'a fait, en réalité, qu'alimenter le mouvement de protestation. La foule réclame, en particulier, le retour du milliard, ces 915 millions d’euros qui se sont évaporés, en avril dernier, du système bancaire, une somme considérable puisqu'elle représente près de 15% du PIB du pays.

Quoi qu'il en soit, les responsables de l’opposition ont d'ores et déjà fixé un ultimatum au nouveau gouvernement : si celui-ci ne décide pas avant jeudi d’organiser des élections anticipées, ils convoqueront des centaines de milliers de personnes dimanche prochain et demanderont aux manifestants de bloquer tous les accès à la capitale.

Et puis ce mouvement de protestation pose une autre question : la Moldavie est généralement, en effet, comme un terrain d'affrontement entre l'Union européenne d'un côté et la Russie de l'autre, en particulier depuis la conclusion en 2014 d'un accord d'association avec Bruxelles qui a provoqué la colère de Moscou. Et même si, à en croire le JOURNAL NATIONAL de Bucarest, les protestations mouvementées de ces derniers jours relèvent moins, dit-il, de sentiments pro ou antieuropéens que d’une rancœur qui vient de virer à la colère, une sorte d'exutoire en somme au mécontentement, pour autant, on ne peut pas éluder complètement la question des répercussions qu'auraient des législatives anticipées sur le pays. D’après les derniers sondages, précise le portail d’information roumain HOTNEWS, ce sont les partis pro-russes qui remporteraient haut la main les élections anticipées. Et avec l’appui des communistes, ils pourraient ainsi faire sortir le pays de l’orbite européenne.

Après la révolution des balais en Moldavie, la révolte des cravates en Grèce.

La « révolte des cravates », c'est ainsi que les médias qualifient les professions libérales qui battent régulièrement le pavé en Grèce. On pourrait également y ajouter les auto-entrepreneurs et les commerçants. En cause, la réforme des retraites, réclamée par les créanciers du pays et que le gouvernement entend faire voter au Parlement début février. La semaine dernière, ce sont les marins et les agriculteurs qui à l'appel des syndicats avaient ouvert le bal de la mobilisation, qui doit culminer avec une grève générale le 4 février prochain.

Un climat qui n'est pas franchement à la fête, donc, un an jour pour jour après la victoire du parti anti-austérité Syriza. Et même si les douze premiers mois d’Alexis Tsipras au pouvoir ont sans doute évité le pire à la Grèce, c'est peu de dire que l’avenir du pays est désormais plus incertain que jamais, s'inquiète notamment LA TRIBUNE DE GENEVE.

Reste qu'Alexis Tsipras, pris en tenailles entre les exigences de l'Europe et du FMI et une reprise de la contestation sociale est toujours là. Face aux partis traditionnels de gauche comme de droite, lesquels n’ont pas su se renouveler, il reste (au mieux) populaire, ou représente (au pire) le moindre mal. Hier, célébrant sa première année au pouvoir, il a notamment multiplié les attaques contre l'opposition de droite créditée d'un élan par les sondages et l'a mise au défi de choisir, justement, entre les manifestants ou le FMI.

Enfin, note LA LIBRE BELGIQUE, Tsipras s'est aussi targué de ce que le maintien au pouvoir de son parti, en dépit du bras de fer avec les partisans de l'austérité, a modifié les équilibres dans l'UE. L'Europe n'est plus la même, a-t-il lancé, invoquant notamment les changements politiques au Portugal et en Espagne.

En Espagne, justement, depuis la démission vendredi du Premier Ministre conservateur sortant, les socialistes et la gauche radicale de Podemos réfléchiraient ensemble à une possible alliance.

Alors que le leader de Podemos, Pablo Iglesias, avait toujours affirmé qu’il ne signerait pas de pacte de gouvernement avec les socialistes, il a finalement lancé l’idée ce week-end d’une large coalition avec les socialistes mais aussi les communistes. Une proposition qui a surpris tout le monde, commente EL PAIS.

Mais rien n'est encore gagné car Pablo Iglesias a évidemment posé un certain nombre de conditions, en particulier sa nomination à la vice-présidence du gouvernement, mais aussi la renégociation de la dette publique ainsi qu'une grande réforme fiscale. Enfin cet hypothétique gouvernement proposé par Pablo Iglesias devra prendre exemple des politiques anti-austérité d’autres pays européens, conclue EL PAIS. Ce qui provoque déjà des remous au sein du parti socialiste.

Enfin au jeu difficile des alliances, le Portugal n'est pas en reste.

Hier et sans surprise, le grand favori de l'élection présidentielle, le candidat conservateur Marcelo Rebelo de Sousa a été élu dès le premier tour, porté notamment par sa popularité comme commentateur à la télévision, mais aussi grâce à une gauche divisée. Le Parti socialiste, qui n'avait donné aucune consigne de vote, apparaît d'ailleurs comme le grand perdant de cette élection, lui dont le gouvernement en place depuis novembre dépend d'une alliance déjà fragile avec la gauche radicale.

Mais le gouvernement ne devrait pas trop souffrir, a priori de sa défaite. Rebelo de Sousa, ancien président du Parti de centre droit passe, en effet, pour être un électron libre de la politique portugaise, rappelle LE SOIR de Bruxelles. Il est connu pour son indépendance d'esprit. Et c'est ainsi, par exemple, que bien qu'ayant reçu le soutien officiel de la droite, il n'en a pas moins pris ses distances avec les partis associés à quatre ans d'austérité budgétaire. Et d'ailleurs, au grand dam des ténors de la droite qui misaient sur leur candidat pour leur faciliter le retour au pouvoir, grâce en particulier à cette prérogative du chef de l'Etat de pouvoir dissoudre le Parlement, Rebelo de Sousa a d'ores et déjà qualifié d'absolument absurde l'hypothèse d'une dissolution dès son arrivée au palais présidentiel. Preuve qu'entre coups d'oeil à gauche et clins d'œil à droite, le nouveau Président a lui choisi pour l'instant de continuer à regarder au centre.

Thomas CLUZEL

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