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Manifestation de protestation après les meurtres de Castile et Sterling

Crimes racistes aux Etats-Unis

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : des tireurs isolés ont tué quatre policiers à Dallas, pendant un rassemblement pour dénoncer la mort cette semaine de deux hommes noirs sous les balles des forces de l'ordre.

Manifestation de protestation après les meurtres de Castile et Sterling
Manifestation de protestation après les meurtres de Castile et Sterling Crédits : Darren Ornitz

Il aurait eu 33 ans, aujourd’hui. Aurait, car Philando, un Afro Américain employé d’une cantine scolaire, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi. Et c'est ainsi que #PhilandoCastile est devenu le dernier hashtag réveillant le spectre du racisme et des brutalités de la police américaine.

Dans une vidéo devenue virale, hier sur Internet, et filmée juste après les coups de feu, on entend une femme s'écrier : «Oh mon Dieu, ne me dites pas qu’il est mort, ne me dites pas que mon petit ami s’en est allé, juste comme ça. Vous lui avez tiré quatre balles dessus, monsieur». A côté d’elle dans le véhicule, on peut voir son compagnon agonisant, atteint par balle et son t-shirt maculé de sang. A l'arrière du véhicule, une petite fille assiste à la scène. Toujours dans cette vidéo, la jeune femme affirme que le policier, qui procédait à un contrôle routier en raison du feu arrière cassé de la voiture, a tiré sur son ami alors qu’il cherchait à attraper une pièce d’identité dans son portefeuille, rapporte le quotidien USA TODAY. Selon elle, Philando Castile avait par ailleurs prévenu le policier qu’il possédait une arme, pour laquelle il avait un permis. «La police l’a tué sans raison apparente», dit-elle, «sans aucune raison». Elle raconte également que l’agent a émis des demandes contradictoires, exigeant de son ami qu’il lève les mains en l’air et qu’il présente ses papiers d’identité, qui se trouvaient dans sa poche arrière. Quant à la police, justement, note toujours le quotidien américain, elle a seulement confirmé la mort d’un homme, tard mercredi, après un contrôle routier.

Aussitôt, une page Facebook créée par des soutiens et nommée "Justice pour Philando Castile", a été publiée. De son côté, la mère de Philando interrogée sur CNN a déclaré : «Nous exigeons que justice soit faite!», avant d'ajouter : «On nous pourchasse. Tous les jours».

Et puis hasard du calendrier, hier, à Baltimore, un policier était jugé pour l’homicide de Freddie Gray, l’affaire emblématique de ce jeune Noir, là encore, mortellement blessé dans un fourgon de police, il y a plus d’un an.

Cette affaire intervient après un autre homicide qui s’est produit mardi en Louisiane et qui a pris une ampleur nationale grâce à une vidéo, là encore, diffusée sur internet

Le crime perpétré contre Alton Sterling, filmé par un téléphone portable et mis en ligne notamment sur le site du WASHINGTON POST s’est déroulé, là aussi, lors d’une banale interpellation. D’après cette vidéo amateur, qui ne montre pas toute la séquence des faits, Alton Sterling, 37 ans, père de 5 enfants, un vendeur ambulant noir connu sous le nom de "CD man", parce qu'il vendait des disques sur le parking d'un centre commercial, semble refuser d’obtempérer aux agents, qui lui ordonnent de se mettre au sol. Dès-lors, l’un des policiers le plaque, son collègue l’aidant à le maîtriser par terre. Quand une voix, non identifiée, annonce que l’homme est armé. Les deux policiers dégainent alors leur arme et plusieurs détonations retentissent. Alton Sterling apparaît avoir été touché à bout portant. Sur une seconde vidéo apparue plus tard et filmée sous un autre angle, Alton est vu saignant abondamment du thorax, un des deux policiers retirant de la poche de son short ce qui pourrait être une arme, rapporte THE ADVOCATE, le journal local de Baton Rouge. Quant au médecin légiste qui a pratiqué l’autopsie et cité toujours par le principal quotidien de Louisiane, il a indiqué que la victime avait été tuée de plusieurs balles, dans le dos et la poitrine.

Enfin, là encore, la police elle n’a pas fourni beaucoup d’informations, jusqu'à présent, sur ce qui a fait dégénérer l’altercation. Un témoin a cependant qualifié les policiers d’agressifs et a affirmé que si Sterling était armé, alors il ne tenait pas son arme durant l’incident.

Des enquêtes fédérales ont été réclamées dans ces deux affaires. Hier, le président Barack Obama s'est exprimé

Tout en rappelant que les Américains, non blancs, sont plus susceptibles d’être arrêtés, fouillés ou tués par les forces de l’ordre, Barack Obama a exhorté ses compatriotes à ne pas y voir un problème seulement pour les minorités. Ce n’est pas seulement le problème des Noirs. Ce n’est pas seulement le problème des Hispaniques. C’est un problème grave de la société américaine, a-t-il déclaré. Quant à la candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, elle a dit regretter une «tragédie». «Lorsque tant d’Américains ont des raisons de croire que notre pays ne considère pas qu’ils ont autant de valeur que d’autres, à cause de la couleur de leur peau, alors c'est qu'il y a un vrai problème».

A ce titre, THE GUARDIAN rappelle qu'en 2015, les Afro Américains âgés de 15 à 34 ans ont représenté plus de 15% des 1134 personnes tuées par les forces de l’ordre. Enfin depuis le début de l'année 2016, cette fois-ci, cinq cent cinq personnes ont été tuées par la police, rapporte THE WASHINGTON POST. De son côté, VOX ajoute que sur ces 505 personnes abattues, les Afro-Américains, qui constituent 13 % de la population des États-Unis, représentent 31 % de ces victimes.

Il y a quelques heures, 4 policiers ont été abattus lors d'une manifestation à Dallas

Selon les chaînes de télévision locales, les tirs se sont produits peu après la fin d'un rassemblement pour protester après la mort de Philando Castile et Alton Sterling. Au moins sept autres agents et un civil auraient par ailleurs été blessés. Deux suspects sont actuellement en garde à vue. L'un d'entre eux affirme avoir posé des bombes. Un paquet suspect aurait d'ailleurs été découvert, précise toujours la police dans son communiqué, ajoutant qu'une équipe de déminage est en train d'intervenir.

Par Thomas CLUZEL

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