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La Présidente du Brésil Dilma Rousseff et son Vice-Président Michel Temer

Crise politique explosive au Brésil

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Dilma Rousseff sur le fil du rasoir de la destitution. Hier, le grand parti centriste brésilien PMDB a fait voler en éclats la coalition au pouvoir.

La Présidente du Brésil Dilma Rousseff et son Vice-Président Michel Temer
La Présidente du Brésil Dilma Rousseff et son Vice-Président Michel Temer Crédits : Ueslei Marcelino

Hier, le grand parti centriste brésilien PMDB a claqué la porte déjà chancelante de la coalition, infligeant dans le même temps un revers cinglant, sinon fatal, à la présidente Dilma Rousseff, désormais menacée de destitution. Ainsi que l'anticipait déjà la veille le quotidien FOLHA DE SAO PAULO, la principale formation politique au Parlement a abandonné le gouvernement. Hier après-midi, la direction nationale du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), incontournable allié du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir, s'est réunit au Congrès des députés à Brasilia pour une réunion d’adieu au gouvernement. Une sortie qui pourrait s'avérer fatal pour Dilma Rousseff.

Privée du soutien des 69 députés et des 18 sénateurs du PMDB, toute la question, en effet, est désormais de savoir si Dilma Rousseff pourra survivre à la procédure d' « impeachment » qui sera soumise prochainement à l’appréciation du Congrès ? Le mois qui vient s'annonce décisif, prévient notamment le site de la BBC.

Petit exercice d’arithmétique. Pour empêcher la mise en accusation devant le Sénat de Dilma Rousseff, accusée par l’opposition de droite d’avoir maquillé des comptes publics, le parti au pouvoir qui compte aujourd'hui 58 députés aura besoin d’au moins 172 voix dans l'hémicycle. Or avec la sortie hier de son allié incontournable, elle vient de perdre de facto le soutien de 69 députés sur 513 au total. Sans compter que l'hémorragie pourrait ne pas s'arrêter là, prévient THE WASHINGTON POST. Le parti de centre droit (PP), la troisième formation parlementaire avec 49 députés, doit se réunir aujourd'hui, selon l’un de ses élus qui estime que 30 parlementaires veulent rompre aujourd'hui avec la coalition. Quant au parti de centre gauche (PSD) qui compte 32 députés, il se réunira dans la semaine pour prendre position.

A présent et face au climat de débandade générale, note LE TEMPS, le camp présidentiel cherche à convaincre les parlementaires, député par député, de rester moyennant des promesses de postes. Mais l’embrasement de la crise politique a considérablement affaibli Dilma Rousseff. D'autant que les soupçons de corruption contre son mentor et prédécesseur Lula, dont l’entrée au gouvernement a été suspendue par la justice, n'a fait qu'attiser un peu plus l’incendie. Preuve, d'ailleurs, que la menace se précise, remarque le magazine EXAME, les marchés comptent déjà moins sur Dilma Rousseff et se tournent plutôt aujourd'hui vers le vice-président, Michel Temer, pour reconquérir la confiance des investisseurs.

Or Michel Temer est, justement, l'homme à la tête du parti qui a annoncé hier sa sortie du gouvernement. Et c'est la raison pour laquelle certains médias, à l'instar du site BRASIL 247, continuent de voir dans toute cette affaire un coup institutionnel antidémocratique. Appelé à lui succéder au cas où elle serait destituée, Michel Temer joue en effet un rôle ambigu : officiellement contre l’ « impeachment », mais officieusement à la manœuvre pour préparer le jour d’après. Voilà pourquoi le Parti de Dilma Rousseff l’accuse de conspirer contre la présidente, sinon même d’ourdir un véritable coup d’Etat.

Quoi qu'il en soit, le jeu trouble de Michel Temer culmine avec la rupture annoncée hier de son parti. Pour cet avocat constitutionnaliste de 75 ans, comme pour le PMDB, une destitution de Dilma Rousseff serait, en effet, l’occasion ou jamais d’accéder à la tête du Brésil. Car depuis le retour au suffrage universel, en 1989, le parti n’a jamais réussi à décrocher la présidence. Il ne présente d'ailleurs même plus de candidat. Sauf que le PMDB est invariablement de tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique. Après avoir abrité l’opposition officielle sous la dictature, ce parti opportuniste ne s’embarrasse plus à présent d’idéologie.

La première fissure dans son mariage de convenance avec le parti au pouvoir est venue en août dernier, rappelle à nouveau LE TEMPS. Une petite phrase assassine, qui ne pouvait être fortuite venant d’un homme connu pour sa prudence et sa discrétion. Face à la crise, «il faut quelqu’un qui soit capable de réunifier le pays», déclarait alors Michel Temer sans même citer la présidente. Le routier de la politique, fils d’immigrés libanais, venait de jeter Dilma aux lions dira un opposant. Et puis avec le déclenchement, en décembre dernier, de la procédure d’ « impeachment », la rupture paraissait cette fois-ci consommée. Dans une lettre à Dilma Rousseff, Michel Temer lui a notamment reproché de l’avoir mis à l’écart, le reléguant à un rôle «décoratif». La missive au ton pleurnicheur lui a valu quelques railleries, mais l’opposition, elle, a bien reçu le message. Consignées dans un document intitulé «Pont vers l’avenir», ses idées pour tirer l’économie de la crise font d’ailleurs déjà figure de programme de gouvernement, une cure d’austérité vue d’un bon œil par le patronat, qui a également retiré son soutien à la présidente. En somme, selon l'éditorialiste au journal ESTADO DE SAO PAULO, le PMDB ne ferait là que rendre la monnaie de sa pièce à Dilma Rousseff, laquelle aurait traité ce parti avec dédain.

En revanche, d’autres voient plutôt dans cette rupture précipitée la crainte du parti d’être pris de vitesse par l’enquête sur l’affaire Petrobras. Car tout comme le parti de la présidente (PT), le PMDB est, en effet, lui aussi mis en cause dans ce scandale de détournements de fonds, au profit de la coalition au pouvoir. Michel Temer lui-même, d'ailleurs, est cité dans cette affaire.

Enfin preuve, en réalité, que c'est toute la classe politique brésilienne aujourd'hui qui tremble, précise O GLOBO, pas plus tard que la semaine dernière, la police fédérale a mis la main sur une liste recensant les dons réalisés par un groupe de construction à plus de 200 personnalités politiques du pays, issues d’une dizaine de partis.

Par Thomas CLUZEL

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