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Cynisme ou la raison du plus fort.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le rapport accablant de MSF après le bombardement de Kunduz, l’utilisation par Téhéran de réfugiés afghans en Syrie et la porosité des contrôles de sécurité à l’aéroport de Charm el-Cheikh.
Mais que s'est-il donc passé dans la nuit du 2 au 3 octobre à Kunduz en Afghanistan, peut-on lire ce matin sur le site du magazine américain THE ATLANTIC. Hier, un mois après le bombardement par l'armée américaine d'un hôpital de Médecins Sans Frontières, l'ONG a publié un rapport de 13 pages qui revient en détail sur ce drame qui a fait 30 morts parmi les patients et les membres de MSF. « Il n'y avait aucune raison d'attaquer l'hôpital : aucun combattant armé ne s'y trouvait, aucun combat ne s'y déroulait. Il n’y avait pas de combats non plus aux alentours. Ce soir-là, la nuit était calme », peut-on lire notamment dans ce document, basé sur les témoignages des membres de l'équipe qui ont échappé aux frappes.

Un rapport qui explique, par ailleurs, pourquoi aucun membre du personnel international n'a été tué dans ce bombardement. Quelques heures avant l'attaque, MSF a en effet été contacté par des diplomates français et australiens, les informant que plusieurs membres du personnel international risquaient d'être kidnappés. L'ambassade de France à Kaboul a également demandé à MSF les numéros de téléphone portable de ses ressortissants. Ce qui a poussé l'ONG à faire dormir le personnel international dans un bâtiment séparé. D'où cette question, pour l'instant sans réponse : les services secrets français et australiens avaient-ils été informés par leurs homologues américains de cet éventuel kidnapping ? Et si oui, s'agissait-il d'une manœuvre destinée à évacuer les expatriés d'un lieu que les américains avaient prévu de bombarder ?

The staff of Medecins Sans Frontieres demonstrates in Geneva.
The staff of Medecins Sans Frontieres demonstrates in Geneva. Crédits : Denis Balibouse - Reuters

Quoi qu'il en soit, à l'appel de l'organisation non gouvernementale, plusieurs centaines de personnes ont manifesté cette semaine à Genève contre ces attaques meurtrières. Car malheureusement, le cas de Kunduz n'est pas un cas isolé. Bombarder un hôpital semble, même, être devenu une sale habitude, peut-on lire dans les colonnes du quotidien helvétique LE TEMPS. Après le bombardement par l'armée américaine de l'hôpital de Kunduz en Afghanistan, le 3 octobre dernier, après celui attribué à la coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite sur un autre établissement de MSF à Haydan au Yémen le 27 octobre, au total pas moins de 14 hôpitaux ont été bombardés ces dernières semaines en Syrie. Selon un médecin originaire d’Alep, interrogé dans les colonnes du journal, les attaques contre les hôpitaux ont quadruplé depuis l’intervention russe. Face aux accusations, Moscou a d'ailleurs convoqué mardi dernier les attachés militaires occidentaux, pour leur demander d’apporter des preuves officielles ou de démentir.

Toujours est-il que dans un monde en train de se radicaliser et où les espaces de négociation sont réduits à peau de chagrin, les hôpitaux n'apparaissent plus comme des sanctuaires. « Ces violations sont devenues tellement fréquentes qu’on risque de penser que bombarder délibérément des civils et viser des hôpitaux sont une conséquence inévitable de la guerre », s’est lui-même alarmé le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. En clair, l’action humanitaire risque aujourd'hui d’être sacrifiée, au nom de raisons supérieures toujours plus cyniques. Désormais, la fin justifie les moyens sans principe ni valeur, renchérit le journal, avant de s'interroger : comment dès-lors s’étonner du niveau de désespoir, qui pousse des populations entières sur les routes de l’exil ?

Et s'agissant, justement, de la question des réfugiés en temps de guerre, on apprend que des réfugiés afghans seraient envoyés par l'Iran sur le front syrien.
Aujourd'hui, on estime à plus d'un million le nombre de réfugiés afghans vivant en Iran. Et au lieu de les protéger, Téhéran préfèrerait les utiliser. Dans les colonnes du GUARDIAN de Londres, un Iranien d'origine afghane, affirme avoir assisté à une dizaine d'enterrements de réfugiés afghans, morts dans les combats en Syrie en se battant aux côtés de l'armée de Bachar el-Assad soutenue par Téhéran. Et de raconter comment ces réfugiés, qui fuient la guerre en Afghanistan, sont ensuite envoyés au front contre la promesse par l'Iran d'un salaire mensuel et d'un permis de résidence. De la pure exploitation de personnes vulnérables.

L'an dernier, déjà, THE WALL STREET JOURNAL avait laissé entendre que Téhéran envoyait des réfugiés afghans sur le sol syrien. Ce que la République islamique avait aussitôt démenti. Cette fois-ci, les autorités iraniennes n'ont pas immédiatement réagi aux nouvelles informations diffusées par THE GUARDIAN et repérées par le site Big Browser. En revanche, le quotidien britannique cite des agences de presse nationales iraniennes, qui font état de 200 morts au sein de la division Fatimiyoun, au sein de laquelle sont recrutés ces réfugiés.

Enfin s'agissant à présent du crash de l'Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet dans le Sinaï, tous les regards se tournent désormais vers l’aéroport égyptien de Charm el-Cheikh.
C'est de là que l'appareil a décollé. Or si l'hypothèse d'un attentat à la bombe se confirme, ainsi que le laissent entendre à présent les services de renseignement américains, cela signifie qu’un terroriste est parvenu à introduire une bombe dans l’avion, soit au moment d’embarquer, soit avant le décollage.

Et comme pour appuyer cette hypothèse, la chaîne américaine CNN, citée par le magazine Slate, pointe la porosité des contrôles de sécurité à l’aéroport de Charm el-Cheikh. Un officiel américain rapporte notamment que, si un engin explosif a été introduit dans l’avion, les États-Unis ne pensent pas qu’il a été conçu pour échapper aux procédures de sécurité de l’aéroport, mais plutôt que l’homme qui l’a introduit dans l’appareil a profité d’une faille dans le système de sécurité, voire d’une complicité au sein de l’aéroport, souligne toujours le site de CNN. De son côté, le quotidien du Caire THE POST, annonce lui que le directeur de l’aéroport va être prochainement remplacé. En revanche, selon les mots du ministre de l’Aviation égyptien, ce départ n'aurait aucun lien avec le crash. il s'agirait tout simplement d'une retraite planifiée.

Par Thomas CLUZEL

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