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Soldats syriens faisant le « V » de la victoire après la reprise de Palmyre

Daech perd du terrain

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'armée syrienne appuyée par l'allié russe a repris au groupe État islamique la ville de Palmyre. De son côté, l'armée irakienne cherche à reprendre à l’EI son fief de Mossoul, avec le soutien des États-Unis.

Soldats syriens faisant le « V » de la victoire après la reprise de Palmyre
Soldats syriens faisant le « V » de la victoire après la reprise de Palmyre Crédits : Sana Sana

C’est une photo surréaliste, à la Une de très nombreux quotidiens ce matin. On y voit des soldats de l'armée syrienne jouant au football dans les rues de la cité antique de Palmyre, quelques heures seulement après avoir repris la ville au groupe Etat islamique. Hier, appuyées par l'armée russe, les troupes de Bachar al-Assad ont, en effet, réussi à déloger les jihadistes de la perle antique du désert syrien.

A leur arrivée, d'ailleurs, les forces du régime imaginaient retrouver un joyau de l'archéologie en ruine, raconte ce matin THE DAILY MAIL. Et pour cause, puisque l'EI s'était déjà vantée d'avoir détruit à coups d'explosifs de nombreux temples, ainsi que les tours funéraires et le célèbre Arc de triomphe de la cité antique. «Nous étions si effrayés à l'idée d'entrer sur le site et de le trouver complètement détruit», confie notamment un soldat du régime. «Nous avions peur de regarder, mais quand nous sommes entrés, nous avons été soulagés». Le chef des Antiquités syriennes s'est lui-même dit agréablement surpris par l'état presque intact de nombreux vestiges comme l'Agora, les bains, le théâtre romain ou bien encore les murailles de la cité, légèrement endommagées. «J'étais le directeur des Antiquités le plus triste au monde et je suis aujourd'hui le plus heureux», a-t-il encore déclaré.

Reste que si soldats syriens et russes ont donc marché hier, agréablement surpris, au milieu de ruines vieilles de plus de 2.000 ans, et même si certains combattants ont improvisé une partie de football à quelques jets de pierres du site antique, un soldat syrien lui a craqué, n'arrivant pas à retenir ses larmes. «Je suis triste de voir une partie de la ville détruite, mais je pleure aussi mon frère qui est mort ici dans les combats», a-t-il confié avant d'ajouter la gorge serrée : «en reprenant la ville, je sens que j'ai vengé sa mort».

Et c'est vrai que les quartiers modernes, cette fois-ci, de la ville témoignent de la violence des combats qui ont précédé la prise de la cité par les forces du régime. Des immeubles éventrés, des façades criblées de balles et des maisons en ruines. La télévision d’État a d'ailleurs montré des images de destructions dans le musée de Palmyre, avec des têtes de statues renversées, le sol couvert de débris et un grand cratère au plafond. Dans le site antique, on peut également voir le slogan "l'EI restera" inscrit sur l'une des pierres anciennes. Au total et en 20 jours de combats, 400 jihadistes sont morts et 188 membres des forces pro régime ont péri.

Il s'agit de la victoire la plus importante du régime de Damas face à l'EI, depuis l'intervention militaire de la Russie dans le conflit syrien.

Si les forces du régime de Damas ont réussi à déloger le groupe État Islamique, c'est notamment grâce au soutien de l'armée russe, précise L'ORIENT LE JOUR. Selon Moscou, les avions russes ont effectué pas moins de 40 sorties dans la région de Palmyre ces dernières 24 heures frappant 117 cibles. Et d’ailleurs, lorsque le président russe Vladimir Poutine a félicité par téléphone Bachar el-Assad pour cette victoire, ce dernier lui a donné, pour sa part, une haute appréciation de l'aide apportée par la Russie. De son côté, la Maison Blanche, elle, n'a fait aucun commentaire.

Car cette victoire de l'armée syrienne contre Daech ne doit pas faire oublier que l'autre priorité stratégique de Damas reste la reprise totale et la sécurisation de la ville d'Alep, où subsistent encore quelques points d'approvisionnement en armes aux rebelles. Il est donc fort à parier, écrit toujours le quotidien de Beyrouth, que sur le plan militaire et opérationnel, la finalité de l'armée syrienne demeure encore la reconquête totale du territoire.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour Daech.

Tout d'abord, la perte de Palmyre est la deuxième grande défaite de l'EI en Syrie, après celle en janvier 2015 à Kobané d'où le groupe avait été chassé par les forces kurdes appuyées, cette fois-ci, par l'aviation de la coalition menée par Washington, rappelle THE WALL STREET JOURNAL.

Ensuite, les États-Unis ont annoncé en fin de semaine dernière avoir tué Abdel Rahmane al-Qadouli qu'ils considèrent comme l'un des principaux responsables de l'organisation, agissant notamment comme leur ministre des Finances, mais aussi responsable de plusieurs complots extérieurs. Le site d'informations DAILY BEAST précise également que l'homme était sur la liste des successeurs potentiels au chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi.

Enfin l'EI est également sous forte pression en Irak, où les forces pro-gouvernementales, soutenues par l'aviation de la coalition internationale dirigée par Washington, ont lancé jeudi une offensive pour reprendre Mossoul, la deuxième ville du pays et «capitale» de facto des jihadistes en Irak. L’aviation a déjà aidé à la reprise d’une dizaine de villages. Mais la libération de Mossoul semble encore lointaine, nuance LE TEMPS, en particulier parce que les forces kurdes et irakiennes sur le terrain ne sont pas unies et les hommes trop peu nombreux. Ali, 20 ans, qui a pu s’échapper il y a quelques mois de sa ville natale, explique que sa famille restée à Mossoul lui raconte tous les jours les bombardements. Les combattants sont mélangés à la population, utilisée comme bouclier et les armes sont cachées dans des maisons familiales. Désormais à Mossoul, dit-il, «la peur et l’horreur se mêlent à l’ennui». Lui qui a mis plus d’un mois et demi et payé 700 dollars pour aller de Mossoul au Kurdistan irakien, se souvient encore de chaque détail de ce voyage douloureux entrepris avec quatre de ses amis de l’université. «A la frontière turque, dans la forêt où nous avons passé la nuit, nous étions tous mélangés : des réfugiés fuyant Daech mais aussi des combattants arrivant pour servir sous le drapeau de l'EI. Des hommes venaient nous voir : «C’est vous qui arrivez de Turquie?», demandaient-ils. Ils cherchaient leurs nouvelles recrues.

Par Thomas CLUZEL

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