LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Damas, Daech et les réfugiés.

4 min

Chaque matin, l'actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd'hui, la possibilité d'une intervention militaire en Syrie pour régler la crise des réfugiés en Europe. Regain diplomatique concernant le règlement de la crise syrienne.
Submergés par les réfugiés qui arrivent notamment de Syrie, les Européens réfléchissent à présent à une stratégie pour endiguer ces mouvements de population, en s’attaquant au problème“à la source”, pour reprendre l’expression du ministre britannique des Finances cité par THE DAILY TELEGAPH. Paris envisagerait désormais, en effet, des frappes aériennes contre Daech en Syrie. L'information a fait la Une ce week-end de toute la presse, du TELEGRAPH de Londres, à la chaîne d'information saoudienne AL ARABIYA, en passant par le quotidien gratuit israélien HAYOM. Et pour cause, puisque jusqu’à présent cette éventualité était purement et simplement écartée, Paris limitant à l’Irak sa participation à la campagne menée contre l’organisation Etat islamique. Sauf que l’exode accéléré des Syriens, mais aussi l’échec de la coalition à faire reculer l'EI contribuent aujourd’hui à bousculer la position française. Et pas seulement, d'ailleurs, puisque dans une tribune très remarquée, publiée dans THE DAILY TELEGRAPH et reprise sur le site du Courrier International, l’ancien archevêque de Canterbury a également lancé hier un appel très clair en ce sens, en affirmant qu’il n’était pas suffisant d’envoyer de l’aide en Syrie ou d’accueillir des milliers de réfugiés. Pour lui, Daech doit être écrasé une fois pour toutes, dit-il, avant de préciser : des frappes aériennes britanniques ou toute autre forme d’assistance militaire peuvent y contribuer.

A Dassault Rafale fighter jet
A Dassault Rafale fighter jet Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

Quoi qu'il en soit et en attendant que François Hollande, lui, ne précise ce matin ses orientations lors de sa conférence de presse de rentrée, plusieurs questions se posent d'ores et déjà et en particulier celle des alliances. Car comme le précise LE TEMPS de Genève, si Paris refusait jusqu'à présent de s’associer à l’extension des frappes en Syrie, c'était au nom de sa doctrine du «ni ni», comprenez ni Bachar el-Assad, ni Daech. La diplomatie française estimait, en effet, que la priorité donnée à la lutte contre l’organisation Etat Islamique risquait de renforcer le régime syrien, celui-ci pouvant dès-lors se présenter comme le seul rempart contre une expansion djihadiste.

D'où cette question : les lignes sont-elles en train de bouger ?
Les opérations de la coalition américano-britannique contre les positions de l’EI en Syrie ont déjà instauré une forme de coopération implicite avec Damas. Quant à la France, pays désigné comme une des cibles privilégiées des terroristes de l’EI, une action en Syrie relève de la cohérence, souligne-t-on désormais à l'Elysée. En d'autres termes, l'objectif est de faire en sorte que Bachar el-Assad ne constitue pas un obstacle dans la lutte contre l'EI. Et non plus de s'en débarrasser au préalable.

A ce titre, d'ailleurs, il en est un qui ne cache pas son soutien à Bachar el-Assad, c'est Vladimir Poutine.
Le chef du Kremlin a confirmé l’engagement russe auprès du régime de Damas. La Russie apporte un soutien logistique important à l’armée syrienne et entraîne même ses soldats, a notamment confié le chef du Kremlin à l’agence de presse Ria Novosti, repris par THE DAILY TELEGRAPH. Citant des sources américaines, le quotidien britannique avance par ailleurs que la Russie a construit une tour de contrôle et transporté des bâtiments préfabriqués pouvant accueillir jusqu’à 1000 personnes, dans le port syrien de Lattaquié, le fief de Bachar el-Assad. Et puis toujours selon le journal, non seulement la Russie aurait sollicité des pays voisins une autorisation de survol pour des avions militaires au cours du mois de septembre, mais elle s’apprêterait également à construire une base militaire en Syrie. Une information qui si elle se confirme, contredit la stratégie des Occidentaux et notamment des Américains. THE NEW YORK TIMES, en particulier, rapporte que le secrétaire d’Etat John Kerry a fait part ce week-end de sa préoccupation face aux mouvements russes en Syrie, affirmant que cela pourrait conduire à une confrontation avec la coalition conduite par les Américains.

D’où cette autre question : négocier quoi et avec qui ?
En réalité, il existe aujourd'hui deux points sur lesquels les Russes et les Américains, mais aussi les Saoudiens, semblent pouvoir s'entendre, précise pour sa part L'ORIENT LE JOUR. Tout d'abord, l'urgence d'endiguer la menace de l'État islamique, à défaut de pouvoir l'annihiler dans l'immédiat. Et par ailleurs, la nécessité de préserver les institutions syriennes, dans un éventuel processus de transition du pouvoir. En revanche, il reste un point fondamental de divergences entre les Russes, d'une part, et les Saoudiens et dans une moindre mesure les Américains, d'autre part : si pour Moscou, la question du départ du président syrien Bachar el-Assad n'est pas une priorité, pour Riyad, c'est une condition indispensable pour régler le conflit. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, sans surprise, les Saoudiens ont refusé l'offre russe de rentrer dans une nouvelle coalition incluant l'Iran, l'Irak et le régime syrien, pour lutter contre Daech. Quant aux Américains, si le départ de Bachar el-Assad n'apparaît plus comme une priorité, il n'est pas pour autant question de coopérer officiellement avec Damas, pour lutter contre l'organisation jihadiste. Les Américains semblent plutôt avoir hiérarchisé leurs ennemis en Syrie : d'abord l'EI, ensuite le Front al-Nosra (branche d'Al-Qaïda en Syrie), puis le régime syrien. Et dans ce contexte, si la France, elle, prétend aujourd'hui prendre le problème à la racine, comprenez en Syrie, pour agir in fine sur le règlement de la crise des migrants, il apparait au final assez clairement que ni le chaos syrien, ni la question des réfugiés ne trouveront a priori de réponse dans les prochains mois. Sur ce point, au moins, la doctrine du «ni ni» reste donc inchangée.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......