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De l'intérêt de la guerre, politique ou économique.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Poutine à la tribune de l’ONU et la guerre du maïs.
Son nom est partout à la Une de la presse. Et ce n'est pas François Hollande. N'en déplaise au chef de l'Etat, lequel a annoncé hier que la France avait mené son premier raid en territoire syrien, celui vers qui tous les regards se tournent, ce matin, c'est Vladimir Poutine. Et pourquoi ? Parce qu'avant de s'entretenir avec son homologue américain, non seulement le chef du Kremlin fera son retour ce lundi devant l'Assemblée générale des Nations Unies après 10 ans d'absence, mais aussi parce qu'il doit appelé de ses vœux la création d'une coalition élargie en Syrie, pour lutter contre les "terroristes", tout en soutenant le régime du président Bachar al Assad.

Russian President Vladimir Putin exercises in a gym at the Bocharov Ruchei state residence in Sochi.
Russian President Vladimir Putin exercises in a gym at the Bocharov Ruchei state residence in Sochi. Crédits : RIA Novosti - Reuters

Interrogé récemment sur CBS, le président russe a été on ne peut plus clair. A la question de savoir si la montée en puissance de Moscou visait à «sauver» Bachar el-Assad, Vladimir Poutine a répondu «vous avez raison», avant d'ajouter : «il n’y a pas d’autre solution à la crise syrienne que de renforcer les structures gouvernementales et de les aider dans le combat contre le terrorisme».

Une opinion qui gagne, d'ailleurs, du terrain, précise LE TEMPS de Genève, puisqu'Angela Merkel, par exemple, se dit prête désormais à parler à Bachar el-Assad. Et pourquoi ? Sans doute en raison des répercussions de la crise migratoire en Europe. Mais aussi parce qu'une nouvelle dynamique s’est instaurée avec l’accord sur le nucléaire iranien. Et enfin parce que Daech fait l’unanimité contre lui.

Sauf que la désignation d’un ennemi commun ne fait pas encore un plan de paix. Poutine et les autres peuvent-ils s’entendre pour négocier avec Bachar el-Assad une stratégie contre l’Etat islamique ? Et Moscou a-t-il un plan B pour ensuite maintenir le régime, tout en lâchant son allié ? En clair, d’abord se débarrasser de Daech et ensuite de Bachar ? Quoi qu'il en soit, une chose est sûre, l'intervention militaire de la Russie en Syrie l'a transformé en partenaire incontournable à la table des négociations. Ce que critique, d'ailleurs, le quotidien de centre-gauche LA REPUBBLICA. La Russie, dit-il, mise sur une Europe politiquement effrayée et déchirée mais aussi sur l'incohérence stratégique de l'Amérique d'Obama. Or si Poutine réussit à stabiliser les Etats ébranlés par l'aventurisme américain et les hésitations d'Obama, il espère probablement démontrer ainsi qui est le véritable ami de l'Europe. Ou dit autrement, selon le journal de Rome, au-delà de Damas, l'objectif de Poutine serait d'atteindre directement Berlin, Paris et Rome.

D'où cet édito signé ce matin du WASHINGTON POST. Attention de ne pas céder à la tentation du modèle hérité de la guerre froide, où chacun des grands acteurs de ce monde jouerait à une espèce de partie géante de « Risk ». Ne perdez pas de vu, écrit l'éditorialiste, qu'en intervenant militairement en Syrie, Vladimir Poutine ne cherche en réalité rien d'autre que de se maintenir au pouvoir chez lui. Depuis 10 ans, Poutine pouvait se vanter d'offrir à son peuple une stabilité, une hausse de la croissance économique et des retraites payées en temps et en heure. Or avec la chute des prix du pétrole et les sanctions économiques qui pèse sur son pays, cet argument ne fonctionne plus. Les Russes sont aujourd'hui plus pauvres qu'ils ne l'étaient hier et les choses pourraient encore empirer. En d'autres termes, conclue le journal de Washington, le salut de Poutine ne passe plus désormais que par la place recouvrée de la Russie sur la scène internationale.

Et à présent une enquête étonnante sur une autre guerre, méconnue celle-ci, celle du maïs.
Tout commence un jour de septembre 2012, deux Chinois en partance pour Pékin depuis Chicago sont alors pris la main dans le sac. Dans leurs valises, des agents du FBI découvrent 300 minuscules enveloppes de papier kraft contenant des grains de maïs. C'est là le point de départ d’une longue traque du FBI, racontée à la manière d’un polar dans cette enquête intitulée "la guerre du maïs" et publiée dans le magazine américain NEW REPUBLIC, cité par le Courrier International. A coups de courses-poursuites, de micros placés sous des voitures, de téléphones mis sur écoute, le FBI découvre un petit groupe de “voleurs d’épis”. L’enquête aboutira finalement à l’inculpation, en décembre 2013, de deux Chinois travaillant dans le domaine des semences, accusés de tentative de vol de secret industriel.

A maize seedling is seen in the corn greenhouse at the Monsanto Research facility in Chesterfield, Missouri.
A maize seedling is seen in the corn greenhouse at the Monsanto Research facility in Chesterfield, Missouri. Crédits : Peter Newcomb - Reuters

Or si cela peut sembler une grosse affaire d’espionnage post-11-Septembre, le gouvernement américain y voit lui, en réalité, un problème beaucoup plus vaste, écrit le journaliste. Ce vol, estime-t-il, résulte d’un fait indéniable et dangereux : malgré l’étendue de son territoire, la Chine ne peut tout bonnement pas produire suffisamment de nourriture. Les pénuries d’eau et le manque de terres arables contraignent le gouvernement chinois à acheter 2 à 5 millions de tonnes métriques de maïs américain par an, soit environ 94 % de la totalité du maïs importé chaque année en Chine.

Ce faisant, la seule façon tenable pour la Chine de répondre à la demande nationale est donc de cultiver des hybrides ultraperformants, qui lui permettraient de doubler, voire de tripler sa production par acre. Seulement, voilà, cela fait des années que les scientifiques chinois n’ont pas développé un seul bon hybride de maïs. A l'inverse, Monsanto et DuPont Pioneer, les deux géants américains des semences, en ont mis au point tellement qu’ils contrôlent à présent 45 % de toutes les semences vendues dans le monde. Et voilà pourquoi le ministère de la Justice américain soutient aujourd'hui que la Chine autorise ses entreprises à dérober les secrets agricoles américains directement sur le terrain, et même qu’elle les y encourage.

Toujours est-il qu'en rappelant comment, tout au long du XXe siècle, les Etats-Unis ont fait de la production de maïs un enjeu commercial mondial, le journal démontre que cette supériorité alimentaire est devenue une redoutable arme de domination, notamment sur les pays communistes. Dès les années 1960, le ministère américain de l’Agriculture a compris que si les Etats-Unis utilisaient leur puissance pour répondre à la demande et rendre des pays tributaires des produits américains, alors ils vaincraient les communistes en les rendant dépendants d’eux pour se nourrir.

Aujourd’hui le défi scientifique pour la création de maïs génétiquement modifiés et de graines hybrides ultraperformantes est devenu l’une des priorités des grands semenciers américains. Et dans ce contexte, les “recettes” et la manière de produire ces maïs nouvelle génération deviennent, bien entendu, des informations particulièrement stratégiques. Or si les entreprises comme DuPont Pioneer et Monsanto aiment soutenir qu’elles n’ont d’autre but que de nourrir la population mondiale, en plein essor, leur objectif n’est en réalité ni d’assurer la sécurité alimentaire mondiale, ni de nourrir la population chinoise, mais simplement d’augmenter ses parts de marché et ses profits en conservant la Chine comme cliente.

Par Thomas CLUZEL

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