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Une affiche postée dans les rues de Berlin, sur laquelle sont représentés plusieurs chefs d'Etat

De la difficulté de reconnaître la vérité

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Erdogan, Trump, Macron : La vraie rupture serait de parler, enfin, un langage de vérité.

Une affiche postée dans les rues de Berlin, sur laquelle sont représentés plusieurs chefs d'Etat
Une affiche postée dans les rues de Berlin, sur laquelle sont représentés plusieurs chefs d'Etat Crédits : JENS KALAENE / DPA

Depuis une semaine, la décision de la Turquie de retirer des manuels scolaires de classe de troisième le chapitre intitulé "L'apparition de la vie", expliquant aux élèves la Théorie de l'évolution, n'en finit plus de faire jaser les éditorialistes qui, à l'instar du quotidien HA'ARETZ, voit dans cette mise à l’index des théories évolutionnistes la conséquence directe de la vision du président Erdogan, selon laquelle un bon Turc est un Turc croyant. Et ce sont surtout les commentaires de la presse pro-gouvernementale turque, aujourd'hui, qui interpellent. En particulier cet édito du quotidien STAR, qui entend nous expliquer très sérieusement en quoi la théorie de Darwin pose problème : Là où depuis des siècles, les religions enseignent aux hommes les principes leur permettant de comprendre la vie et l’univers, en s’appuyant non pas sur des théories mais sur la foi, en revanche, les conceptions laïques, elles, imposent aux hommes des thèses en les érigeant au rang de fait incontestable, alors même que ce ne sont jamais que des hypothèses. Et l'éditorialiste d'en conclure que les musulmans ne sont pas contre la recherche scientifique. Non, ils sont simplement contre l'instrumentalisation d'hypothèses visant à anéantir la foi.

Ou quand l'idéologie tend à se substituer au réel. Dans cette articulation des faits et de la vérité, il est également un homme qui depuis qu'il est au pouvoir a pris pour habitude de brouiller les frontières. Cet homme c'est, évidemment, Donald Trump. Et quand il s'agit des médias, régulièrement taxés de «fake news», Donald Trump n'a décidément plus de limites. Hier, le président américain a tweeté une vidéo dans laquelle on le voit prendre par le cou un homme au bord d'un ring de catch, le mettre au sol et lui assener violemment plusieurs coups de poing. Une mise en scène, en réalité, qui date de 2007. Sauf qu'il y a quelques jours, un inconnu a décidé d'incruster sur la tête de l'homme à qui Trump donne une raclée, le logo de la chaîne de télévision CNN et de diffuser cette nouvelle vidéo sur le réseau social REDDIT.

Ce que le président des Etats-Unis, lui, s'est empressé de retweeter, créant aussitôt la polémique. Tout d'abord parce que la séquence, interprétée comme une incitation à la violence contre les journalistes, a de quoi choquer. Et puis la publication de cette vidéo intervient après trois jours d'offensive de Donald Trump visant les chaînes de télévision, qu'il juge hostiles à son administration, dont justement la chaîne CNN, l'une de ses cibles favorites qu'il a renommée depuis quelques temps "FNN", pour "Fake News Network" (Réseau de fausses informations).

Bien sûr, à l'instar de cet internaute, certains relativisent la portée de cette séquence. «Personne ne devrait être surpris, dit-il. Techniquement, c’est ce que tu obtiens quand tu votes pour une star de la télé réalité à la présidentielle». Reste qu'en alimentant ainsi une guerre ouverte contre les médias, Trump va jusqu’à choquer, à présent, dans son propre camp. Pour le sénateur républicain Ben Sasse, c’en est trop. «S’il vous plaît, merci d’arrêter, lui a-t-il tweeté. De son côté, CNN a aussitôt répliqué : «Au lieu de préparer sa première rencontre avec Poutine, de se pencher sur la Corée du Nord et de travailler sur la réforme de la santé, Donald Trump affiche un comportement juvénile bien au-dessous de la dignité inhérente à sa fonction», fustige le média américain qui conclue, ainsi, son communiqué : «Nous continuerons à faire notre travail. Et il ferait bien de commencer à faire le sien».

De la difficulté, toujours et encore, d'établir la vérité : la base de données fétiche des banques est, en réalité, truffée d'erreurs. "World-Check", c'est son nom, cette base de données est devenue l’un des outils privilégiés des banques, qui l'utilisent pour obtenir des informations sur leurs clients et trouver d'éventuels risques cachés. Personne ne sait combien de noms sont effectivement listés, mais il est probable qu’il y en ait des millions. Y figurent des personnes touchées par des sanctions, accusées ou soupçonnées de terrorisme, blanchiment ou criminalité en tout genre. Or voilà que plusieurs médias, dont THE TIMES, LA REPUBBLICA et la SÜDDEUTSCHE ont pu analyser pendant cinq mois des données ayant fuité de cette fameuse liste. Il en ressort, notamment, que des noms seraient trop vite glissés dans les mauvaises catégories, que des personnes dites exposées parce qu’elles ont un rôle politique n’en seraient pas vraiment ou que des mises à jour traîneraient, en particulier, lorsqu’une personne est blanchie. Or les conséquences sont, évidemment, plus qu'embarrassantes : d’une part parce que des banques pourraient aller trop vite en besogne et décider de fermer les comptes d’un client ou de refuser l’ouverture à un nouveau client ; et d’autre part parce que les banques ne sont pas les seules à compter sur cette base de données : de potentiels futurs employeurs l’utilisent aussi. Certes, il est possible de demander à être retiré de la liste. Mais l’expérience montre que cela n’est pas toujours facile.

Enfin dire la vérité en France. Si la morale ne peut pas toujours guider l’action politique, il est des sujets sur lesquels la vérité doit l’emporter sur les mensonges et les omissions d’Etat. Si en France, l'élection d'Emmanuel Macron est souvent associée à un tournant, la vraie rupture, écrit ce matin l'éditorialiste du TEMPS, serait de parler enfin un langage de ... vérité. En l'occurrence, la volonté d'Emmanuel Macron d’incarner un pouvoir exécutif fort, illustrée par sa présence aujourd'hui devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, ne doit pas seulement servir à s’affranchir des partis ou à renvoyer à son prédécesseur la responsabilité des dérapages budgétaires. Non, pour marquer sa vraie différence, insiste le journal, ce président de toutes les audaces doit aussi oser une forme de droit d’inventaire sur plusieurs lourds secrets de la République comme, par exemple, le génocide des Tutsis au Rwanda, dont certains terribles secrets d’Etat ont été révélés ces jours-ci par la presse. Sur cette tragédie rwandaise le moment est peut-être venu, conclue l'éditorialiste, de permettre enfin à la morale de prendre sa revanche sur la politique.

Par Thomas CLUZEL

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