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Le président français Emmanuel Macron

De la fable à la légende

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Durant l’été, Emmanuel Macron, l’irrésistible «wunderkind» de la politique française a chuté dans les sondages. Depuis, les réactions négatives de la presse étrangère combinent une certaine désillusion et une vraie inquiétude.

Le président français Emmanuel Macron
Le président français Emmanuel Macron Crédits : BENOIT DOPPAGNE / BELGA MAG / BELGA

Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, nombre de journaux voyaient en lui non seulement l'homme qui allait rajeunir la France mais, plus encore, celui qui allait sauver l'Europe. Après le Brexit, après Trump, l'ascension fulgurante d'Emmanuel Macron en France, se souvient l'éditorialiste du GUARDIAN, était vécue comme un véritable soulagement par tous ceux qui s'inquiétaient de l'état de la démocratie représentative et de l'ordre libéral mondial. Or trois mois plus tard, écrit le quotidien de Londres, force est de constater que notre sauveur à tous a quelque peu perdu de son lustre. Quand son confrère THE DAILY MAIL juge que la lune de miel est désormais terminée, le site de la BBC se demande si le frisson Macron ne nous aurait pas déjà quitté.

A chacun ses raisons, désormais, de se montrer déçu. La proposition du président français, lundi, de créer des hot spots au Niger et au Tchad, notamment, n'a pas recueilli d’écho très favorable. Bien sûr, opérer une sélection méticuleuse aux portes mêmes de l'Europe, entre les réfugiés nécessitant une protection et les migrants économiques est de, prime abord, une idée séduisante. Sauf que ce projet est totalement irréaliste, note le quotidien de Vienne KURIER. Pourquoi ? Réponse de son confrère italien LINKIESTA : Parce que tout le monde a bien compris qu’un petit commerçant syrien d’Alep et un Érythréen qui a financé son voyage avec les économies de toute sa famille sont, quand ils débarquent en Italie, à la fois des migrants économiques (parce qu’ils veulent refaire leur vie) mais aussi des demandeurs d’asile (parce qu’ils fuient des situations épouvantables). Mais pis encore, cette proposition donne furieusement l'impression qu'on cherche ainsi à se débarrasser du fardeau migratoire à moindres frais, fustige pour sa part le site d'information guinéen LEDJELY. L'objectif est, en réalité, de bloquer les réfugiés, pour leur propre bien évidemment, ironise cyniquement THE HUFFINGTON POST, avant de préciser aussitôt qu'en agissant de la sorte, les femmes continueront à être violées et que des milliers de personnes continueront à subir tortures et extorsions. En fin de compte, résume à son tour THE GUARDIAN, l'Europe est de facto en train d'externaliser son problème migratoire vers les pays africains, après l'avoir déjà en partie sous-traité à la Turquie. Sauf que le déplacement des routes migratoires ne résoudra en rien les tragédies humaines qui s'y déroulent. Et l'éditorialiste de LINKIESTA d'en conclure : Emmanuel Macron applique des recettes dépassées. Ou quand l’homme nouveau pratique la politique la plus vieille du monde, certes plus élégante et plus adroite que celle d’un Kaczyński en Pologne ou d’un Orbán en Hongrie, mais peu différente sur le fond.

Et que dire encore de la récente offensive du président français pour réformer la directive sur le travail détaché ? En avril dernier, rappelle à nouveau THE GUARDIAN, Emmanuel Macron défendait cette directive. Et puis l'opposition de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon l'a finalement amené à faire demi-tour. Et c'est ainsi que le président français est partie en croisade contre l'Europe de l'Est, pour montrer qu'il était du côté des travailleurs français, et non des technocrates de Bruxelles. Sauf que le bouc émissaire de l'UE risque, à présent, de le placer exactement au même endroit que les politiciens populistes qu'il veut contrecarrer. Et l'article d'en conclure : S'il y a des leçons à tirer du Brexit, ce n'est certainement pas en désignant les travailleurs d'Europe de l'Est comme une menace pour le bien-être collectif. Le meilleur antidote au populisme n'est pas la peur. A moins que la stratégie principale d'Emmanuel Macron ne soit d'exagérer un combat qu'il mène au niveau européen, pour neutraliser les critiques au niveau national.

Et toujours à front renversé, direction à présent les Etats-Unis où Trump serait, lui, un président normal.

Pendant sa campagne et au début de sa présidence, Trump paraissait bien dédaigneux quant aux pratiques de ses prédécesseurs en matière de politique étrangère, du moins pour ce qu’il en savait. Or il semble clair à présent, écrit le magazine SLATE, que le rapport au monde de Donald Trump est surprenant de classicisme. Ou dit autrement, la plupart de ses décisions ne diffèrent pas, significativement, de ce que l’on pourrait attendre de tout autre président républicain, ou même démocrate. Son nouvel engagement en Afghanistan est une continuation de la doctrine américaine depuis 2015. Dans les faits, Trump a par ailleurs largement suivi la stratégie générale de l’administration Obama face à Daech. L’ambassade américaine en Israël est toujours à Tel Aviv. En dépit de ses déclarations fracassantes sur le «feu et la fureur» qu’il pourrait déchaîner contre la Corée du Nord, il n’y a pas eu beaucoup de mouvements dans le sens de frappes préventives sur le pays. Même les décisions destinées à revenir sur l’héritage Obama ne sont pas très fermes. L'annulation, par exemple, d’un accord avec Cuba jugé «terrible et malavisé» n’est en fait que partielle. Enfin Trump a mis en scène de façon spectaculaire sa décision de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le changement climatique, mais les États-Unis font techniquement toujours partie de l’accord. Et pour cause, le traité n’autorise pas les États-Unis à annoncer formellement leur retrait avant fin 2019 et à le rendre effectif avant l’année suivante, c’est à dire celle de la prochaine élection présidentielle.

Mais alors si le statu quo reste en place, pourquoi les choses semblent-elles si incertaines ? Réponse du magazine américain : En grande partie parce que Trump, lui-même, a été spectaculairement non-conventionnel, cette fois-ci, dans la façon dont il joue son propre rôle. Sur Twitter d'une part et dans ses déclarations publiques d'autre part. Mais pour le reste, s'agissant de politique étrangère, la vérité sans doute difficile à accepter est qu'il agit la plupart du temps dans le cadre des pouvoirs qui lui avaient été légués par ses prédécesseurs.

Enfin elle, en revanche, a bel et bien révolutionné l'ancienne garde. Elle, c'est Lady Di

Vingt ans après sa mort, la princesse est évidemment à la Une de la presse britannique. Et tous les journaux évoquent, ce matin, l'héritage qu'elle a laissé. Quand THE MAJESTY MAGAZINE raconte comment elle a donné l'impression que tous les autres au château étaient complètement démodés, le correspondant de la BBC pour la famille royal vante, lui aussi, son style moderne et surtout inexploré jusqu'alors, la manière qu'elle a eu de rendre la monarchie plus sensible, plus encline notamment à partager et surtout assumer ses émotions. Il est aujourd'hui important de remonter 20 ans en arrière pour réaliser, au fond, qu'elle a été le premier membre de la famille royale à se comporter comme un être humain normal.

Par Thomas CLUZEL

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