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Deux poupées russes traditionnelles (Matryoshka), à l'effigie de Vladimir Poutine et Donald Trump

De l'idylle à la guerre froide ?

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : La guerre en Syrie demeure le contentieux le plus lourd entre Washington et Moscou, Donald Trump jugeant « possible » que la Russie ait été au courant de l'attaque chimique imputée au régime de Damas.

Deux poupées russes traditionnelles (Matryoshka), à l'effigie de Vladimir Poutine et Donald Trump
Deux poupées russes traditionnelles (Matryoshka), à l'effigie de Vladimir Poutine et Donald Trump Crédits : ALEXANDER NEMENOV - AFP

En s'affrontant, hier, sur un large éventail de questions, écrit THE WALL STREET JOURNAL, il semble désormais très clair que les espoirs de rapprochement entre Washington et Moscou semblent avoir fait long feu. Et pourtant, il y a encore une semaine, rappelle de son côté THE NEW YORK TIMES, Trump était accusé d’être un instrument des Russes. Or aujourd’hui, force est de constater que le président américain se retrouve pris dans un véritable bras de fer diplomatique avec son homologue Vladimir Poutine. Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, hier, Donald Trump a même laissé entendre que les relations entre Washington et Moscou étaient à leur « plus bas niveau de tous les temps ». Au point, reprend le quotidien américain, que la détente un temps envisagée semble avoir dégénéré en un nouvel épisode de guerre froide.

Et de fait, les sujets de discorde ne manquent pas. THE WALL STREET JOURNAL relève, par exemple, que le président américain a formellement invité, mardi, le Monténégro à rejoindre l’Otan. Or l’entrée de ce pays dans l’Alliance atlantique serait, bien entendu, un revers pour Poutine, lequel s’oppose à toute expansion de l’alliance près des frontières russes. Hier, la Maison Blanche a encore décroché un nouveau coup à la Russie, en affirmant avoir obtenu des informations crédibles selon lesquelles Moscou aurait apporté son soutien à un coup d'Etat avorté au Monténégro en octobre dernier.

Mais, évidemment, c'est encore la guerre en Syrie qui demeure le contentieux le plus lourd entre Washington et Moscou. Mardi, la Maison Blanche a déclassifié un rapport sur les informations des renseignements américains, qui accuse cette fois-ci la Russie de mener une campagne de désinformation, pour semer le doute au sujet de l’attaque à l’arme chimique perpétrée la semaine dernière et imputée au régime de Damas. La presse russe, à l'instar du magazine EXPERT repéré par le Courrier International, ne cesse depuis quelques jours de distiller, en effet, les arguments de défense de Moscou. En clair, Assad n’est pas masochiste. Il n’allait pas commettre un tel suicide politique, alors que Washington avait renoncé à le renverser, que l’Occident avait cessé de soutenir l’opposition armée, et que les forces syriennes venaient de remporter sur les rebelles une série de victoires significatives. Mais tandis que la Russie accuse ainsi les Occidentaux de faire fi de la présomption d'innocence, les Etats-Unis, eux, vont plus loin encore dans leur dénonciation, puisque des responsables américains indiquent qu’ils suspectent Moscou d’avoir été au courant de cette attaque, avant qu’elle n’ait eu lieu. Enfin hier, dans une interview à la télévision FOX BUSINESS, Donald Trump est allé jusqu'à reprocher à Moscou de défendre « ce boucher », « cet animal » qu'est Bachar el-Assad.

Le durcissement est aussi sensible côté russe. Arrivé à Moscou pour sa première visite en tant que chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson a eu droit à un accueil glacial. Lui qui avait été décoré par Vladimir Poutine en 2013, ne devait initialement même pas être autorisé à rencontrer le chef du Kremlin, une première pour un secrétaire d’État depuis la Seconde Guerre mondiale. La rencontre a finalement eu lieu hier, ce qui n'a pas empêché Vladimir Poutine, quelques heures plus tôt, de déclarer que les relations entre Moscou et Washington étaient désormais à « un niveau pire qu'à l'époque de la présidence de Barack Obama ». Enfin ultime preuve des divergences patentes entre Washington et Moscou, hier, pour la huitième fois depuis le début de la guerre en Syrie, la Russie a opposé son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité présenté, notamment, par les Etats-Unis et réclamant une enquête sur l'attaque. En d'autres termes, résume le TAGESPIEGEL, c’en est fait aujourd’hui de l’espoir de meilleures relations entre les Etats-Unis et la Russie. Du moins, à brève échéance. Au point que certains, en Allemagne, voient déjà venir la Troisième Guerre Mondiale.

Sauf qu'il serait naïf de croire que les Etats-Unis choisiront l'affrontement avec la Russie. Trump, après son flirt initial avec Poutine, a désormais choisi la confrontation avec l'autre homme fort de la scène internationale. Et en ce sens, écrit le CORRIERE DEL TICINO, c'est une sorte de double peine. Sauf que les frappes américaines, jeudi dernier, sur la Syrie ne sont pas encore une déclaration de guerre, relativise le quotidien russe VEDOMOSTI. Son confrère du site VZGLIAD estime qu'il n'y a pas matière à s'inquiéter. Selon lui, les Américains ont juste fait une démonstration de force, une action de communication, qui n’a aucune signification militaire sérieuse et, surtout, qui n’augure en rien d’un affrontement avec la Russie. Washington, d'ailleurs, a informé Moscou de cette attaque, preuve que Trump voulait être bien certain que tous les soldats russes seraient évacués de la zone. En d'autres termes, poursuit le chroniqueur, tout cela ne changera rien, ni dans les relations russo-américaines, ni en Syrie.

Peu importe, en somme, que Washington semble décidée, à présent, à tracer des lignes rouges. Les Etats-Unis peuvent bien lancer des ultimatums à la Russie, ils n'iront pas jusqu'à la confrontation directe. Bien sûr, ils peuvent faire pression pour obtenir le départ d'Assad, mais sans l'assentiment de la Russie, cela ne se produira pas. Or le Kremlin a tellement investi dans la stabilisation du régime d'Assad et dans son propre positionnement militaire en Syrie, qu'il est certain qu'elle ne fera pas machine arrière et ne changera pas de cap, tranche de son côté le portail de la radio publique tchèque ČESKY ROZHLAS.

Sans compter que le président russe a, indubitablement, des qualités qui font défaut à son homologue américain, en particulier la crédibilité. Interrogé sur la chaîne FOX NEWS, Donald Trump a notamment donné des détails sur les circonstances lors desquelles il a pris la décision de tirer sur la Syrie. « Nous étions assis à table (avec le président chinois), nous avions fini le repas, nous étions en train de manger le meilleur gâteau au chocolat qu'on ait jamais vu [...] et c'est là que j'ai reçu le message des généraux. Ils me demandaient : “que voulez-vous faire?” Et j'ai pris la décision de tirer», dit-il, avant de se féliciter une dernière fois de l'envoi de ces 59 missiles sur l'Irak. Et la journaliste de lui rappeler alors qu'il s'agissait non pas de l'Irak mais de la Syrie.

Par Thomas CLUZEL

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