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Des fleurs et des bougies disposées sur "Las Ramblas", en hommage aux victimes de l'attentat de Barcelone

De l’obscurité à la lumière

5 min
À retrouver dans l'émission

Les autorités espéraient lundi pouvoir fournir l'identité de tous les membres de la cellule djihadiste responsable du double attentat qui a fait 14 morts en Espagne, alors qu'un suspect est toujours en fuite et qu'un imam au passé trouble a disparu.

Des fleurs et des bougies disposées sur "Las Ramblas", en hommage aux victimes de l'attentat de Barcelone
Des fleurs et des bougies disposées sur "Las Ramblas", en hommage aux victimes de l'attentat de Barcelone Crédits : MATTHIAS BALK / DPA

Tout d'abord, il ne fait aujourd’hui pas de doute que l’attentat a été préparé pendant des mois, 6 mois à en croire ce matin EL MUNDO, à Alcanar (près de Tarragone), dans le sud de la Catalogne. C'est là que se situe, visiblement, la clef de cet attentat. Une maison y servait aux jeunes terroristes pour fabriquer des explosifs, plus exactement, des bonbonnes de gaz, qui devaient ensuite être chargées dans trois fourgonnettes, lesquelles devaient être conduites dans plusieurs lieux, dont les Ramblas, mais aussi la Sagrada Familia. Sauf qu'une explosion accidentelle aurait provoqué la déflagration de ladite maison et ainsi obligé les djihadistes à perpétrer l’attentat sans ces explosifs. Quoi qu'il en soit, et contrairement aux premières informations, il semble bien que les meurtriers avaient l’ambition de causer des dommages bien supérieurs.

Bien évidemment, la question à présent est de savoir comment les membres de cette cellule terroriste ont pu se préparer, pendant des mois, sans éveiller le moindre soupçon ? Comment ont-ils pu, par exemple, voler sans que cela ne se remarque plus d'une centaine de bouteilles de gaz, dans les stations-services avoisinantes ou chez des particuliers ? Le chef de la police catalane le confirme, dans les colonnes du quotidien madrilène, les policiers n'ont jamais été alerté sur le moindre mouvement suspect autour de cette maison, devenue au fil des mois une véritable fabrique d'explosifs. Et pourtant, plusieurs journaux locaux, tels que LA VANGUARDIA mais aussi EL PERIODICO DE CATALUNYA, affirment que la CIA avait, elle, à plusieurs reprises, averti les autorités espagnoles de la «dangerosité» de supposés groupes terroristes dans la région et de la «forte possibilité» d’un attentat à Barcelone. L'une des raisons de cet échec des services de renseignement, précise à nouveau EL MUNDO, viendrait de ce qu'au moins 8 des 12 membres identifiés de cette cellule n'avaient aucun liens connus avec l'organisation Etat Islamique, ni même aucun antécédent de radicalisation. Preuve que des jeunes peuvent se radicaliser de manière très rapide et extrêmement brutale, sans avoir jamais, par exemple, combattu en Syrie ou en Irak avec les soldats de Daech.

D'où cette autre question : Comment de jeunes Marocains bien intégrés, qui fréquentaient des espagnols, qui pour certains avaient un travail stable et surtout ne connaissaient quasiment rien de l’islam, ont-ils pu soudainement devenir des djihadistes disposés à massacrer des centaines d'innocents ? D'après les policiers catalans, cette mutation serait dû à un homme et un seul, Abdelbaki Es Satty, l'ancien imam de Ripoll, une bourgade du nord de la Catalogne, pas du tout d'ailleurs sur la carte du radicalisme en Espagne, mais d’où sont originaires 8 des 12 suspects à l’origine des attentats de la semaine dernière. Pour le grand-père de Younès, ce jeune marocain de 22 ans soupçonné d'avoir conduit la camionnette ayant foncé sur la foule à Barcelone, pas de doute, la radicalisation de son petit-fils est due à « cet imam marocain », confie-t-il dans les colonnes du SOIR. « Il a fait les choses de façon ordonnée pour sélectionner ceux qui allaient commettre les crimes », confie pour sa part un père de famille. « Il a surtout choisi des jeunes, dit-il, des frères, issus de parents pauvres, souvent analphabètes, et qui n’exerçaient aucun contrôle sur leurs fils. » Un autre voisin proche de la famille de Younès soutient, lui aussi, mais sous couvert d’anonymat, que cet imam « a embrigadé des Marocains de Ripoll et planifié ces attentats ». Et de préciser encore : « Il y a un mois, l'imam a pris congé de la mosquée où il prêchait, prétextant devoir se rendre au Maroc pour régler un problème d’héritage ». Les policiers, eux, pensent plutôt qu’Es Satty s’est alors rendu dans la maison d'Alcanar, pour participer à la fabrication d’explosifs et qu'il aurait péri sur place la veille de l'attentat, à la suite d’une mauvaise manipulation.

Quoi qu'il en soit, la trajectoire de cet imam est aujourd’hui au cœur de l’enquête. Les autorités soupçonnent, notamment, qu'il ne s'est pas radicalisé en Espagne mais à l'étranger, au Maroc, en France, et surtout en Belgique. L'imam de Vilvoorde, assure dans les colonnes du journal PAYS que Es Satty lui a demandé un travail, dans une mosquée près de Bruxelles, mais que lorsqu'il lui a demandé un certificat sur ses antécédents judiciaires, il ne lui a pas répondu. Et pour cause, Es Satty avait été arrêté en 2010 à Ceuta, avec 12 kilos de haschisch. A la suite de quoi il avait passé 4 années en prison, avant d'être libéré, les autorités jugeant que son incarcération ne laissait entrevoir aucun signe de radicalisation. Et pourtant, précise ce matin le quotidien EL PAIS, c'est là qu'il a notamment côtoyé l'un des condamnés des attentats de Madrid en 2004. Désormais, conclue le quotidien, la question est donc de savoir comment un trafiquant de drogue, qui a passé quatre ans dans une prison espagnole, est devenu en qualité d'imam le cerveau d'une cellule terroriste, sans que personne ne le remarque ?

Autre grand titre de la presse, ce matin, une collision intervenue un destroyer américain et un pétrolier, près du détroit de Malacca. 10 marins sont toujours portés disparus et cinq autres ont été blessés, rapporte THE WASHINGTON POST. L'autre bateau impliqué dans la collision est un pétrolier, précise le site spécialisé dans l'industrie MARINE TRAFFIC. C'est le deuxième accident impliquant un navire de guerre américain en deux mois. Le 17 juin dernier, sept marins avaient péri dans une collision entre un destroyer et un porte-conteneurs. Enfin sous couvert d'anonymat, un responsable américain précise que le bâtiment militaire impliqué dans la collision de ce matin s'était récemment approché de l'archipel très disputé des Spratleys, en mer de Chine, où transite un tiers du commerce maritime de la planète.

Toujours à la Une de la presse américaine, selon un sondage pour NBC, dans trois états clefs qui ont permis à Donald Trump de remporter l'élection, le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, la popularité du président est en chute en libre. Plus de deux tiers des sondés s'estiment embarrassés par la conduite de la politique du chef de l'Etat, rapporte le site de la chaîne CNN.

Enfin signe des Dieux ou pas, une éclipse totale de soleil balayera aujourd'hui les Etats-Unis, d'Ouest en Est. Ce matin, quatorze Etats seront ainsi successivement plongés, dans le noir, pendant deux à trois minutes. Mais comme l'écrit ce matin THE NEW YORK TIMES, l'éclipse est ce moment unique, où de l'obscurité qui s'abat nait aussitôt un éblouissement.

Par Thomas CLUZEL

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