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Démagogie et nationalisme en Europe.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le mini sommet euro-balkanique, la montée des violences contre les réfugiés en Allemagne, le tueur au sabre dans une école suédoise et les élections législatives en Pologne.
Face à l'exode persistant de milliers de réfugiés, le président de la Commission Européenne a décidé de convoquer un mini sommet en urgence. Les dirigeants des pays du sud-est de l'UE, mais aussi de l'Allemagne, de l'Autriche, ainsi que de la Serbie et de la Macédoine se réuniront ce dimanche. Objectif : se mettre d'accord sur des conclusions communes qui pourraient être immédiatement mise en œuvre. Et évidemment, on serait aussitôt tenté de se poser la question : est-ce à dire que cela n'a toujours pas été fait ?

En réalité, jusqu'à présent la Commission se cantonnait à défendre les intérêts des Etats de l'espace Schengen, et non ceux de l'ensemble des Etats membres de l'Union Européenne, précise le quotidien croate VECERNJI LIST. Et c'est ainsi, par exemple, précise toujours le journal, que la Commission n’a pas bougé le petit doigt lorsque la Hongrie a lancé la construction de son mur frontalier en direction de la Croatie, car elle se contentait de veiller à ce qu'aucune clôture ne soit érigée entre deux pays de l'espace Schengen. Mais peu lui importait, que des murs soient élevés entre des Etats membres de l'UE.

An EU sign is seen as migrants wait in the no man's land to cross the border to Slovenia.
An EU sign is seen as migrants wait in the no man's land to cross the border to Slovenia. Crédits : Srdjan Zivulovic - Reuters

Sauf qu’aujourd’hui, chacun se rend bien compte que les clôtures n'arrêtent pas les flux de migrants, note son confrère slovaque DENNIK N. Et puis surtout, que se passera-t-il quand au pied d’une clôture seront rassemblés des hommes, des femmes et des enfants désespérés, qui ne pourront ni avancer ni reculer ? Commencera-t-on à leur tirer dessus, comme cela s’est déjà produit à la frontière bulgare ?

Aujourd’hui, les migrants sont accueillis avec du fil de fer barbelé. Et même quand ils ne réagissent pas avec hostilité, les gouvernements européens se distinguent, au mieux, avec indifférence. Dans les colonnes du FINANCIAL TIMES, une journaliste se désole: les membres de l’Union, pourtant si prompts à s’indigner lorsqu’il s’agit de la finance, le sont nettement moins, lorsque ce sont des valeurs pourtant aussi fondamentales que l’humanité et le progrès, qui sont en jeu.

En cela, la crise des réfugiés ne ferait donc que révéler, une fois encore, l'hypocrisie des élites européennes, peut-on lire cette fois-ci sur le portail de blogs hongrois SZELSOKOZEP, cité par Eurotopics : les élites s'ingénient quotidiennement à creuser un peu plus encore le gouffre entre l'Ouest, obsédé par la consommation, et l'Est et le Sud, qui font office de décharge publique. Or voilà que ces mêmes crapules que rien n'intéresse hormis l'argent, la puissance et les résultats des derniers sondages, veulent subitement rivaliser de sainteté avec mère Teresa. Sauf que personne n’est dupe.

Et c’est ainsi que peu à peu les progressistes européens cèdent du terrain aux démagogues et aux populistes. Dans nombre de pays européens, l’arrivée des réfugiés a réveillé les sentiments nationalistes. C’est le cas notamment en Suisse et en Autriche où la droite dure, extrémiste, a récemment effectué une percée historique dans les urnes. En Allemagne des mouvements tels que Pegida ont libéré le discours d’extrême droite et banalisé le recours à la violence.

People gather for an anti-immigration demonstration organised by rightwing movement Patriotic Europeans Against the Islamisation
People gather for an anti-immigration demonstration organised by rightwing movement Patriotic Europeans Against the Islamisation Crédits : Fabrizio Bensch - Reuters

Plus de 500 attaques ont été recensées cette année contre des centres d’accueil, précise notamment la SÜDDEUTUSCHE ZEITUNG. La peur des étrangers a désormais gagné les milieux bourgeois, s’inquiète par ailleurs son confrère DER SPIEGEL. C’est comme si la scène d’extrême droite, habituellement très hétérogène, se retrouvait à présent autour d’un consensus idéologique contre les réfugiés, qui lui permet de s’ouvrir un accès aux classes moyennes.

Et que dire encore de la Suède, prisé par les candidats à l’asile et qui, là aussi, connaît une vague de violence contre les migrants.
Dernier exemple en date, hier, un homme vêtu de noir, portant un masque de Star Wars et armé d’un sabre a fait irruption dans une école, où il a tué un professeur et un élève. Deux autres victimes ont été grièvement blessées. Quand on l'a vu, on a d’abord cru à une blague. Des élèves voulaient même se faire prendre en photo avec lui, raconte un témoin dans les colonnes du quotidien DAGENS NYHETER. Et de fait, une photo de l'agresseur posant pour des selfies avec des élèves de l’école juste avant l'attaque, est à la Une ce matin de très nombreux journaux.

A student and her parent leave a school in Trollhattan, where a masked man wielding "knife-like weapons" killed one teacher and
A student and her parent leave a school in Trollhattan, where a masked man wielding "knife-like weapons" killed one teacher and Crédits : Scanpix Sweden - Reuters

Les médias suédois esquissent le portrait d'un garçon de 21 ans, violemment hostile à l'islam et à l'immigration, fasciné par les films de guerre. Le quotidien EXPRESSEN indique que le tueur avait publié sur son compte YouTube des films sur Hitler et le nazisme. Et puis sur son compte Facebook, il avait récemment posté un appel du parti anti-immigration des Démocrates de Suède, à la tenue d'un référendum sur l'immigration.

Enfin ce dimanche se tiendront des élections législatives en Pologne. Et là encore, surfant sur la crise migratoire, le risque existe de voir la droite nationaliste l'emporter.
Un récent sondage crédite le parti national-conservateur de 32,5% des voix, ce qui lui donnerait la majorité, contre un peu plus de 26% pour le parti au pouvoir. Et certains ne cachent pas d’ores et déjà leur satisfaction, à l’instar du journal conservateur SUPER EXPRESS. La crise des migrants est pour moi la preuve du bien fondé du virage à droite en Pologne, écrit l’éditorialiste. Il est bon, dit-il, que les Polonais se tournent vers les conservateurs, les seuls à proposer une philosophie rationnelle et les seuls à être en mesure de résoudre les problèmes provoqués par des générations puériles d'élites de gauche en Europe.

Poland's main opposition party Law and Justice's (PiS) leader Jaroslaw Kaczynski.
Poland's main opposition party Law and Justice's (PiS) leader Jaroslaw Kaczynski. Crédits : Kacper Pempel - Reuters

Des propos tout aussi terrifiants que ceux de l'ancien de Premier ministre, Jaroslaw Kaczynski, rapportés par la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Dans un discours fustigeant la décision du gouvernement d’accueillir 10 000 réfugiés, l'homme s'est dit inquiet de voir ainsi entrer dans le pays, je cite, le choléra, la dysenterie et les parasites.

Par Thomas CLUZEL

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