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Dérèglements climatique et idéologique.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : des phénomènes météorologiques inhabituels observés un peu partout dans le monde et la libération de la parole raciste en France.
On savait l’année 2015 la plus chaude de l’histoire moderne. Et cela se vérifie encore, en ce mois de décembre, avec un climat pour le moins capricieux. Un dérèglement climatique qui secoue la planète toute entière. En Espagne, tout d'abord, les pompiers luttaient hier encore contre plus de 130 feux de forêt dans le nord du pays, où 2000 hectares sont partis en fumée en Cantabrie. La région la plus touchée a été placée en état d'alerte maximale, prévient ce matin le quotidien madrilène EL PAIS. Il faut dire que les prévisions pour les jours à venir ne sont pas franchement de nature à rassurer, avec en particulier la poursuite de vents violents mais aussi des températures inhabituellement élevées pour cette époque de l'année (autour de 23 degrés) et l'absence d'humidité (pas une seule goutte de pluie depuis le mois de septembre). Autant de conditions favorables à la propagation des incendies. Au total, plus de 54 000 hectares de forêts et de champs ont été détruits par les incendies cette année, un chiffre qui dépasse le total cumulé des deux années précédentes.

De son côté, l’Angleterre a elle été touchée par des inondations jugées sans précédent, le weekend dernier. Plusieurs villes et villages du nord du pays ont été submergés. Certaines rues se sont transformées en véritables rivières, peut-on lire ce matin en Une du WALL STREET JOURNAL, photo à l'appui. Des centaines de personnes ont également dû être évacuées. Au point que le quotidien britannique THE GUARDIAN en vient lui à s’interroger : le Royaume-Uni est-il prêt pour une nouvelle ère climatique ? Alors qu’on sait que le changement climatique risque d’entraîner des inondations plus fréquentes et plus violentes, les derniers évènements mettent en relief le niveau des moyens dont nous disposons, note le journal de Londres, avant de rappeler que les dépenses consacrées aux inondations ont été réduites ces cinq dernières années.

En Italie, cette fois-ci, le pays connaît depuis plusieurs jours un épisode de pollution particulièrement violent, qui a conduit plusieurs villes dont la capitale Rome mais aussi Milan et Naples à interdire ou restreindre ce mardi la circulation automobile. Et puis, plus inattendu mais tout aussi impopulaire, le journal IL MATTINO repéré par le site BIG BROWSER nous apprend que le maire de San Vitaliano, près de Naples, a décidé d’imposer aux propriétaires d'un four à pizza d'installer d'ici deux mois des filtres destinés à diminuer les émissions de particules fines. Les pizzaïolos qui ne s'y plieraient pas s'exposeraient à une amende allant de 200 à plus de 1000 euros. Bien évidemment, les restaurateurs sont furieux et ne semblent pas vraiment prêts à abandonner la cuisson traditionnelle de la pizza. Dans les colonnes de LA REPUBBLICA, un pizzaïolo de cette localité du sud de l'Italie, Giuseppe, dit ne rien vouloir changer du tout. « Nous resterons ouverts, comme toujours », assure-t-il, en s'offusquant du fait que les villes alentour et notamment Naples, ne subissent pas les même restrictions. Un autre restaurateur affirme lui que l'installation de ces filtres anti-pollution coûterait près de 20 000 euros. Quant au maire de la ville, il continue à se défendre : « Je ne suis pas le "maire anti-pizza", j'appelle juste les uns et les autres à se mettre aux normes », dit-il, avant de préciser que l'ordonnance ne vaudra pas seulement pour les pizzerias mais aussi pour l'industrie et les cheminées privées.

Enfin si l'appel aux pizzaïolos à lutter contre le réchauffement climatique peut faire sourire, en revanche, aux Etats-Unis, les photos des victimes dues au déchaînement des eaux s'affichent en grand à la Une de la presse. Les orages qui ont balayé le sud du pays depuis le milieu de la semaine dernière ont causé la mort de 43 personnes, rapportent les médias locaux. Le Texas est l’état le plus touché mais le bilan est aussi lourd dans le Mississippi ou l’Illinois voisin, où une famille de cinq personnes a péri noyée lorsque leur voiture a été emportée par des eaux en crue, peut-on lire sur le site de la station de radio WJBD. Enfin dans l’Alabama, les corps d’un petit garçon de 5 ans et d’un homme portés disparus depuis vendredi ont été retrouvés. Les services de météorologie prévoient pour les prochains jours des conditions encore difficiles, avec des crues brutales et de nouvelles tornades. Enfin en Californie, la violence du vent a attisé un feu de forêt qui a ravagé près de 500 hectares.

Et après le déséquilibre climatique, le dérèglement idéologique.
La presse s’interroge depuis hier sur la succession d’incidents violents, intervenus ces derniers jours en Corse. On ne s’attendait pas vraiment, en ces derniers jours de décembre, à parfaire ses maigres rudiments de dialecte corse. Eh bien depuis le 25 décembre, c’est chose faite, puisque c’est à Noël qu’on aura appris que « les Arabes, dehors » se dit en corse « Arabi fora », écrit le quotidien suisse LE TEMPS avant de s'interroger : la Corse est-elle devenue folle ? Réponse du journal libanais L’ORIENT LE JOUR. Ces évènements sont le signe que, depuis le 13novembre, date des sanglants attentats jihadistes à Paris, le sentiment antimusulman ne se cache plus en France. Le nombre des actes islamophobes a atteint un sommet en 2015 : salles de prière vandalisées, tête de sanglier pendue aux portes de mosquées et parfois même jets de grenades, toute l’année les gestes hostiles à la première communauté musulmane d’Europe se sont poursuivis. Et le journal d'en conclure, les évènements tragiques de 2015, du 7 janvier au 13 novembre, ont semble-t-il libéré en France la parole raciste.

Par Thomas CLUZEL

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