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Le porte-parole de l'administration Trump, Sean Spicer, dans la salle de presse de la Maison-Blanche

Dernière valse à la Maison-Blanche

5 min
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Hier, le directeur de la communication de Donald Trump, Mike Dubke, a démissionné. Le président américain envisagerait de remanier plus largement son entourage, pour tenter de contenir les dommages politiques causés par les enquêtes sur des soupçons de collusion avec la Russie.

Le porte-parole de l'administration Trump, Sean Spicer, dans la salle de presse de la Maison-Blanche
Le porte-parole de l'administration Trump, Sean Spicer, dans la salle de presse de la Maison-Blanche Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Parce que Donald Trump aime gérer sa communication lui-même, à travers des tweets intempestifs ou des sorties généralement aussi imprévisibles que tapageuses, on imagine aisément combien il doit être difficile, aujourd’hui, de s’imposer à la Maison-Blanche comme porte-parole ou directeur de la communication. Comment, en effet, gérer la com' d’un homme qui concède ne pas trop se soucier de la vérité et peut changer d’avis sur un simple coup de tête ? Un véritable calvaire, sinon une torture quasi quotidienne, où le faux pas guette à chaque instant. D'autant que le président Donald Trump a parfaitement conscience de mener, ainsi, la vie dure à ses équipes, en n'hésitant pas à les contredire ou à s’en désolidariser. Il retirerait même, dit-on, un certain plaisir à jeter ses proches en pâture. Récemment, le site POLITICO a notamment rapporté que le locataire de la Maison Blanche, connu pour être accro aux chaînes d'info en continue, déjeunait souvent en regardant à la télévision la prestation de son porte-parole, Sean Spicer, amusé de le voir jouer les équilibristes, sous les assauts des journalistes.

Hier, justement, après avoir (on l'imagine) savouré une longue pause de 10 jours, en raison du voyage à l'étranger de Donald Trump, Sean Spicer a dû retourner derrière son pupitre de la salle de presse. L'homme devenu depuis longtemps, déjà, la risée des réseaux sociaux mais aussi du fameux « Saturday Night Live » (le plus célèbre programme satirique de la télévision américaine) a, d'abord, choisi d'ouvrir son briefing par un long panégyrique de la tournée de Donald Trump, qualifiée à la fois d’« historique », d’« incroyable » et de « remarquable ». Et ce alors que chacun sait combien ce voyage a été, au contraire, émaillé de fortes tensions. Il s'est, ensuite, lancé dans un discours, tout aussi idyllique, de la relation américano-allemande, assurant que Donald Trump et Angela Merkel s’entendaient « très bien ». Alors même que quelques heures plus tôt, à peine, le président américain s’en était pris vertement à l’Allemagne, dans un message publié, évidemment, sur son compte Twitter. Et puis, Sean Spicer a rapidement tourné les talons, sous les huées des journalistes, qui lui posaient encore des questions restées sans réponses.

Et en particulier, pourquoi donc Mike Dubke a-t-il choisi de claquer la porte de la Maison Blanche ? Le directeur de la communication de Donald Trump (appelé en renfort en février dernier pour épauler, justement, Sean Spicer) a en effet décidé, hier, de quitter ses fonctions. Selon le site AXIOS, qui le premier a révélé cette information, Dubke aurait proposé sa démission le 18 mai dernier, tout en offrant de rester en place jusqu’à ce que le président américain revienne de son premier périple à l’étranger. Dans un mail envoyé à ses collègues et relayé par THE NEW YORK TIMES, l'homme assure que « les raisons de [son] départ sont personnelles », et qu’il considère comme un « grand honneur » le fait d’avoir épaulé Donald Trump. Sauf que personne aujourd'hui ne peut s'empêcher de poser la question : le directeur de la communication a-t-il craqué ? Il faut dire que son job n’était pas franchement des plus aisées. Outre que les équipes du président lui reprochaient de ne pas avoir participé à la campagne électorale, voilà plusieurs jours qu'on l'accusait de ne pas avoir su désamorcer le limogeage surprise de James Comey, le patron du FBI. Et puis surtout, c'est à lui qu’incombait la lourde tâche de minimiser les retombées médiatiques qui visent presque quotidiennement de nombreux proches du président américain, suspectés d’avoir entretenu des contacts privilégiés avec la Russie.

Seule certitude, écrit la correspondante du TEMPS, cette démission est, à tout le moins, le signe que l’ambiance est aujourd'hui très tendue à la Maison-Blanche. Selon le site THE HILL, le départ de Mike Dubke annoncerait une grande vague de remaniement dans les équipes du président. D’autres têtes pourraient tomber. Le porte-parole Sean Spicer serait, lui aussi, sur un siège éjectable. La conseillère personnelle de Donald Trump, Kellyanne Conway (celle qui s'était notamment illustrée en inventant l'expression « fait alternatif »), semble également de plus en plus marginalisée.

Désormais, pour le président américain, empêtré dans l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, l’objectif numéro 1 serait avant tout de mettre sur pied une cellule de crise pour répondre aux attaques. Une « war room » (qui n'est pas sans rappeler celle instaurée par Bill Clinton lorsqu’il était empêtré dans l’affaire Lewinski), une « salle de guerre » flanquée d'une armée d’avocats et dirigée par son gendre et conseiller Jared Kushner. Sauf que Kushner est lui-même sur la sellette, pour avoir rencontré (mi-décembre) le patron de la banque publique de développement russe, visée par des sanctions américaines depuis l’annexion de la Crimée par Moscou. Au point que pour le chroniqueur du WASHINGTON POST, l’affaire est désormais entendue : Donald Trump devrait se débarrasser au plus tôt de son gendre. J’ai écrit une fois que Kushner était le seul proche conseiller de Trump qui ne pouvait pas être viré, écrit-il. Aujourd'hui, son beau-père ferait bien de me prouver que j’avais tort.

Sauf que pour l'heure, le président américain continue de le soutenir. Mieux, puisqu'il lui a confié une nouvelle mission, celle de diriger cette fameuse cellule de crise. Il devrait être épaulé, en cela, par le non moins controversé Stephen Bannon. Un choix qui surprend, note à nouveau la correspondante du TEMPS. Les deux hommes ne cachent pas, en effet, avoir quelques difficultés à s’entendre. Kushner, en particulier, n’a pas ménagé ses efforts pour marginaliser le conseiller stratégique. Et, d’ailleurs, il y est en partie parvenu puisque Bannon a été écarté du Conseil de sécurité nationale.

Faut-il en déduire qu’en réunissant ces deux hommes, Trump cherche à resserrer les rangs et donner l’impression d’une apparente unité, au sein de son équipe pourtant divisée en deux clans ? Quoi qu'il en soit, le prochain épisode de ce feuilleton à rebondissements aura lieu la semaine prochaine : L’ex-patron du FBI, limogé par Trump, sera interrogé devant le Congrès. L'événement sera retranscrit, en direct, sur toutes les télévisions américaines. Avec cette question, cruciale: va-t-il confirmer avoir subi des pressions du président, pour renoncer à enquêter sur les collusions présumées de la campagne de Trump avec la Russie ? Ses déclarations précipiteront, ou non, le sort de Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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