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Image satellitaire de la tempête Harvey aux Etats-Unis

Dévastation et discriminations

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Des inondations d'une ampleur considérable ont dévasté dimanche la ville texane de Houston. Les intempéries devraient encore durer plusieurs jours. La tempête tropicale Harvey a fait au moins deux victimes. Les autorités redoutent un bilan plus lourd.

Image satellitaire de la tempête Harvey aux Etats-Unis
Image satellitaire de la tempête Harvey aux Etats-Unis Crédits : HO / NASA/NOAA - AFP

La tempête de Harvey est évidemment à la Une de toute la presse américaine. Les toitures de maisons envolées, les lignes électriques à terre, les branches d’arbres jonchant le sol. Partout, les mêmes photos des stigmates du déluge. Et puis de nombreuses vidéos d'anonymes témoignent, également, de la violence du phénomène. Lorsque l’ouragan a touché, vendredi, les côtes américaines, les vents soufflaient à plus de 215 km/h

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La tempête de Harvey : les vents soufflaient à plus de 215 km/h

Ces vidéos de rafales sont toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Mais surtout, ce n’est là que le début du supplice, prévient le quotidien de Floride THE TAMPA BAY TIMES. Car les abondantes précipitations ont aussitôt provoqué des inondations d'une ampleur considérable. « Du jamais vu », selon la météo américaine. Depuis hier la ville de Houston, quatrième plus grande localité du pays, est littéralement noyée sous les flots. Or interrogé, hier, sur la chaîne FOX NEWS, le gouverneur du Texas a d'ores et déjà prévenu : « C’est grave et ça va empirer ».

Parallèlement, l'ouragan a également ravivé aux Etats-Unis le traumatisme de Katrina, qui en 2005 avait provoqué une catastrophe humanitaire avec plus de 1 800 morts. A l’époque, le président George W. Bush avait été accusé d’indifférence envers les habitants d’une région défavorisée et majoritairement noire. Donald Trump, lui, se rendra demain dans la région. Mais, déjà, une première polémique a vu le jour. Généralement, écrit le magazine SLATE, si votre maison est menacée par un ouragan, il y a de fortes chances pour que vous cherchiez refuge. Et vite. Et de fait, c’est ce qu’il s’est passé pour des milliers de personnes sur la côte texane. Sauf qu'en dépit de la violence de la tempête, l’administration de Donald Trump a décidé de maintenir les contrôles d’identité des automobilistes. Cela signifie que des personnes ne possédant pas de papiers d’identité, ont pu se faire arrêter par les autorités alors qu’elles tentaient d’échapper à la tempête, précise le site QUARTZ. L’annonce n’a pas plu aux associations de défense des droits civils. «C’est un choix répugnant», s'insurge notamment le directeur de la section immigration de l’Union américaine des libertés civiles, avant de préciser : «Tout le monde, peu importe sa couleur de peau ou son origine, mérite d’être sauvé.»

En réalité, cette décision n’a pas forcément été prise, directement, par le Président américain. Reste que celle-ci est bien en phase avec la politique d’immigration de Donald Trump, qui cherche toujours, notamment, à financer le mur entre le Mexique et les Etats-Unis. A ce titre, d'ailleurs, Trump a tweeter hier : «Le Mexique étant un des pays au monde où la criminalité est la plus forte, nous devons avoir LE MUR». Sur les réseaux sociaux, note THE HILL, le président s'est immédiatement fait tancer pour le caractère inapproprié de ce message, au moment même où le Texas était dévasté par la tempête.

Autre polémique, toujours aux Etats-Unis et témoignant, là encore, de la férocité de la politique anti immigration défendue par l'administration américaine

Vendredi soir, Donald Trump a finalement décidé de grâcier «le shérif le plus dur d'Amérique», comme il aimait à se présenter lui-même. Son nom : Joe Arpaio. L'homme avait été inculpé en 2011 pour ses pratiques discriminatoires. Pendant vingt-quatre ans, dans le comté de Maricopa en Arizona, le shérif opérait un système de profilage : des milliers d'hispaniques étaient arrêtés et souvent détenus, simplement parce qu'il les soupçonnait d'être sans-papiers. Pour cela qu'il avait été condamné. Et il était en attente de jugement, avant d'être gracié par Trump. Une décision largement controversée, car Arpaio avait eu, déjà, des problèmes avec la justice à plusieurs reprises. C'est lui qui, en 1993, avait notamment bâti «Tent City», une prison en plein désert, où les détenus étaient traités de façon inhumaine sous des tentes, avec des températures qui pouvaient atteindre 54 degrés l'été et -5 l'hiver, rappelle THE PHOENIX NEWS TIMES. Et puis le shérif avait aussi une tendance sadique prononcée, note son confrère THE LOS ANGELES TIMES. Il avait fait installer un système de vidéosurveillance dans plusieurs endroits privés de la prison, dont les toilettes des femmes.

A présent, commente LE TEMPS, ses détracteurs peuvent se rassurer : démis de ses fonctions, le shérif ne pourra plus faire régner la terreur dans sa région. Reste qu'en lui accordant sa grâce, Donald Trump délivre deux messages : Tout d'abord, que bafouer une décision de justice n'est pas un crime et que la traque aux clandestins hispaniques n'a pas de limites. Et puis la question se pose : Et si cette grâce allait plus loin qu'un simple service accordé à un ami ? Pour Bill Kristol, un commentateur républicain, mais féroce détracteur de Trump, cette opération n'est rien d'autre qu'une manœuvre. En agissant ainsi, le président montre qu'il fera régulièrement usage de cet instrument, par exemple, si certains de ses proches happés par l'enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle américaine se retrouvaient à être sont condamnés.

Enfin direction l'Allemagne, à présent, avec une enquête sur ces ONG qui sauvent des vies en Méditerranée

Depuis de nombreuses semaines, les autorités italiennes reprochent aux ONG de croiser trop près des côtes libyennes et de favoriser ainsi l’immigration illégale, en prenant en charge les migrants massés dans les canots des passeurs, avant même qu’ils ne soient en situation de détresse. Or l’enquête menée pendant deux semaines par les journalistes de DIE ZEIT, repéré par le Courrier International, révèle plusieurs choses. Tout d'abord que les sauveteurs n’entrent dans les eaux libyennes qu’à la demande du poste central de secours basé à Rome. Ensuite, si les sauveteurs en mer sont obligés d’intervenir, c’est parce que les naufragés ne reçoivent aucune aide des États. La fermeture de la route des Balkans, mais aussi l’accord avec la Turquie et la surveillance des côtes libyennes sont autant de mesures qui bloquent les migrations vers l’Europe et aggravent, de facto, le sort des réfugiés. Ou dit autrement, au lieu de leur offrir des conditions d’entrée régulières, nous les traitons comme des criminels. Enfin, une étude publiée par des chercheurs de l’université d’Oxford montre qu’une présence accrue de sauveteurs n’a pas d’effet sur le nombre de départs de migrants. En clair, l’action des ONG se résume à sauver des vies.

Par Thomas CLUZEL

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