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Le Premier Ministre italien, Matteo Renzi

Dilemme politique en Italie

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le référendum constitutionnel en Italie décidera en partie de l’avenir de Matteo Renzi. Les populistes, eux, comptent sur une victoire du –non- pour faire un pas de plus vers le pouvoir.

Le Premier Ministre italien, Matteo Renzi
Le Premier Ministre italien, Matteo Renzi Crédits : Andreas SOLARO - AFP

Dimanche, les italiens sont appelés à se prononcer, par référendum, sur une réforme de la Constitution. Elle prévoit, notamment, de mieux répartir les compétences entre le pouvoir central et les régions, de réduire le nombre de sénateurs et de simplifier le processus législatif en renforçant les pouvoirs de l’exécutif. Pour les promoteurs de cette réforme, l'objectif pourrait se résumer ainsi : apporter davantage de stabilité politique dans un pays où l'impasse décisionnelle apparait comme un mal récurrent, ayant conduit notamment à la formation de 60 gouvernements, déjà, depuis la Seconde Guerre mondiale.

Évidemment, présentés ainsi les enjeux de cette consultation semblent relativement circonscrits et certainement pas de nature a semé la zizanie dans le pays tout entier. Et pourtant, la situation est à présent plus confuse que jamais. Chacun a son avis sur tout. De sorte que plus personne n’y comprend rien. Pour ce journaliste du quotidien LIBERO, cité par le Courrier International, le comble du grotesque s'est produit un matin, dans un café de l’arrière-pays milanais. Il devait être autour de 8 heures, dit-il. Là, tandis qu'un agent immobilier épluchait avec un zèle monacal les pages du très sérieux Corriere sur la refonte de la procédure de navette parlementaire, le poissonnier sanglé dans son tablier maculé d’encre de seiche devisait, lui, avec le pompiste sur la réduction du nombre de sénateurs. Quant à la coiffeuse, dont les sujets de conversation se limitent généralement aux teintures et aux reflets de ses mèches, elle demandait au pharmacien ses lumières sur la clause de suprématie du gouvernement. C’est là, écrit le journaliste, que j’ai pris conscience du niveau de surréalisme de la situation. Ce référendum constitutionnel auquel l’homme de la rue ne comprenait rien (et continue toujours, d'ailleurs, de ne rien comprendre) est devenu peu à peu une sorte de perversion sociale, une ordalie populaire, un jugement de Dieu dans lequel tous les gastroentérologues, ophtalmologues, auteurs de littérature post-adolescente, microbiologistes et (bien sûr) journalistes que comptent ce pays se sont, subitement, transformés en constitutionnalistes, prêts désormais à écrire leur manifeste en faveur du –oui- ou du –non-. Et tout cela (comble du ridicule) étant entendu que dimanche prochain ce n’est évidemment pas du bien-fondé de la réforme dont il s’agira, mais tout simplement de se débarrasser ou non de Matteo Renzi.

En d’autres termes, ce référendum constitutionnel risque de se limiter à approuver ou rejeter la politique du gouvernement. Et la faute on revient, d'ailleurs, probablement au principal intéressé, Matteo Renzi, lequel a clairement laissé entendre qu’il se retirerait en cas de défaite, rappelle THE ECONOMIST. En clair, le premier ministre joue son quitte ou double. Ou plus exactement, précise de son côté le quotidien finlandais KAUPPALEHTI cité par Eurotopics, il joue à la roulette russe, tout comme l’avait fait le premier ministre britannique David Cameron avec le référendum sur le « Brexit ». Sauf que sur le papier comme dans les faits, note le CORRIERE DEL TICINO, ce référendum n’est évidemment en rien comparable avec la décision du « Brexit ». Dès-lors, comment peut-on rendre l’avenir de l’Italie tributaire de cette mini-réforme ?

Sans doute, déplore LA REPUBBLICA, les prédictions et différentes prises de position, en particulier, des titres de référence, ont-elles jeté de l’huile sur le feu. Il y a quelques jours à peine, le journal économique le plus illustre d’Europe, THE FINANCIAL TIMES, assurait qu’en cas de victoire du –non-, l'Italie sortirait de l’Union Européenne. Même analyse alarmiste pour son confrère KAUPPALEHTI : si le -non- devait l'emporter, une accession au pouvoir des populistes (à l’issue d’élections anticipées) aggraverait l’incertitude quant à l’adhésion du pays à la zone euro. Et l'on pourrait encore citer THE WALL STREET JOURNAL, pour qui ce scrutin est même plus important, selon lui, que le « Brexit », car il risque de dégrader encore un peu plus le climat politique à Bruxelles. Toujours est-il qu'à en croire les partisans du –oui-, les marchés se prépareraient d'ores et déjà à la tempête. Et tandis que les marchés s’inquiètent, les cours de la Bourse, eux, chutent, note pour sa part LA STAMPA.

Tous ces cris d’orfraie de la presse libérale amusent beaucoup, en revanche, le quotidien AVVENIRE, lequel rappelle qu'aucun d'entre eux n’avaient prévu ni la dégringolade de Hillary Clinton ni le vote sur le « Brexit ». Ce qui prouve bien que leurs prévisions sont davantage motivées par les appels à la modération lancés par des acteurs financiers, plutôt que par leur volonté désintéressée d’expliquer et d’informer. Et le journal de poursuivre dans le sarcasme : ce sont les mêmes médias qui reconnaîtront (comme au lendemain du référendum sur le « Brexit » ou de la victoire de Trump) que les marchés s’adapteront et qui célébreront, in fine, le vainqueur.

Toujours est-il que l’appel aux urnes a pris l’allure d’un féroce appel aux armes, en Italie. « »Si le -non- l’emporte, nous irons aux élections », a d'ores et déjà promis le leader du Mouvement Cinq Étoiles Beppe Grillo, galvanisé par le « Brexit » et la vague populiste venue d’outre-Atlantique. Et d'ailleurs, sans doute les appels à voter -oui- de Barack Obama ou d'Angela Merkel n’ont-ils fait que donner, un peu plus encore, de grain à moudre à ce chantre virulent de l’anti système et adversaire acharné des méga-bureaucrates.

D'où cet avertissement lancé par le journal lisboète L'EXPRESSO. Les deux prochains épisodes de la crise des démocraties occidentales se joueront ce week-end car dimanche, au même moment où l'Italie se prononcera sur ce référendum, l’Autriche, elle, élira son nouveau président. Or elle devra choisir entre un candidat écologiste et un candidat extrémiste. Une sorte de répétition générale, donc, pour l’année électorale à venir pour l’ensemble de l’Europe. Et le journal d'en conclure : les marchés peuvent normaliser Trump, le monde peut faire comme si de rien n’était, les Italiens peuvent se passer de gouvernement et les Autrichiens saluer un président populiste d’extrême droite. Mais la somme de ces événements cimente l’état dans lequel nous nous trouvons : les barbares qu'on oppose aux élites ont brisé les portes et ont déjà commencé à fêter leur victoire.

Par Thomas CLUZEL

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