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Le président américain, Donald Trump

Donald Trump, 100 jours qui paraissent déjà une éternité

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : A trois jours de fêter ses 100 jours au pouvoir, l'administration Trump a proposé une baisse historique des impôts, notamment pour les entreprises. Mais cette réforme devra encore passer l'obstacle du Congrès.

Le président américain, Donald Trump
Le président américain, Donald Trump Crédits : BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Lorsque, le 20 janvier dernier, Donald Trump avait choisi « My Way » pour son bal d’inauguration, rappelle ce matin le site de la BBC, nombre de commentateurs avaient non seulement souligné la piètre performance de danseur du tout nouveau président élu mais, plus encore, la plupart estimaient que cette interprétation par Franck Sinatra du célèbre tube de Claude François « Comme d’habitude » donnait, déjà, une idée assez claire de la tonalité sur laquelle le nouveau locataire de la Maison Blanche allait gouverner : Trump resterait Trump. Et de fait, s'il a changé la manière d’exercer le pouvoir, en revanche, le pouvoir ne l'a pas changé. Ou dit autrement, le candidat anti-establishment est devenu le président anti-président.

Par ailleurs, toujours à l'occasion de ce bal d'inauguration, certains n'avaient pas manqué de relever, non plus, les premiers mots de « My Way » : « And now, the end is near » (Et maintenant que la fin est proche). Et à l'approche des 100 premiers jours de sa présidence, si la fin semble encore effroyablement éloignée de la ligne d'horizon, le début, lui, paraît déjà une éternité. Dans sa campagne électorale, Donald Trump avait promis de rendre sa grandeur à l'Amérique. Or 100 jours plus tard, écrit le magazine SLATE, le président a rétréci les Etats-Unis. Lors de sa campagne, à tous ceux qui n'aimaient pas Hillary Clinton, mais n'étaient pas certains de vouloir voter pour lui, il leur disait : « Qu'est-ce que vous avez à perdre? » Après tout, il n'avait jamais siégé au bureau ovale et, peut-être, qu'il pouvait changer les choses. Du moins, ceux qui se sont laissé tenter pensaient qu'il ne pourrait pas aggraver les choses. Et pourtant, il l'a fait. Pourquoi ? Parce que si la fin de cette supercherie semble encore appartenir à un autre monde, dans un mouvement inverse, la réalité du monde d'aujourd'hui s'est considérablement rapprochée du nouveau président, au point de rattraper la simplicité de toutes les promesses tonitruantes du candidat. Qu'il s'agisse de l'abrogation de l'Obamacare qu'il n'a pas réussi à imposer, de son décret anti-immigration dont la seconde version a rencontré un nouvel échec, de la construction du mur à la frontière mexicaine qu'il ne parvient pas à financer, le bilan de ces 100 premiers jours est, en effet, plutôt mince. Cette semaine encore, un juge américain a bloqué le décret de Trump contre les « villes sanctuaires », un texte qui visait à priver de financements fédéraux les collectivités opposées à sa politique anti-immigration.

En d'autres termes, la Maison Blanche a beau énumérer le nombre de décrets signés et de lois promulguées (et même le nombre de coups de fils passés à des dirigeants étrangers) pour saluer son bilan, depuis qu'il est président, Donald Trump a fait une expérience pour le moins douloureuse du partage des pouvoirs inscrit dans la Constitution. Seule la confirmation du juge conservateur, Neil Gorsuch, à la Cour suprême représente aujourd'hui une victoire indéniable, dans ce début de mandat.

Le dernier sondage publié par la chaîne CNN est, d'ailleurs, sans équivoque : A plus de 55%, les Américains interrogés désapprouvent la politique menée par leur président. Dans ce contexte, c'est peu de dire que la réforme fiscale, présentée hier soir, apparait donc cruciale pour Donald Trump. La réforme que Trump ne peut pas se permettre de rater, titre, ce matin l'éditorialiste du TEMPS. Trump a besoin, aujourd'hui, d’une victoire symbolique pour marquer ses 100 premiers jours de présidence. Or en abaissant, notamment, le taux d’imposition des entreprises de 35% à 15%, le chef de la Maison-Blanche concrétiserait l’une de ses plus emblématiques promesses électorales. L’ancien homme d’affaires satisferait tant les milieux économiques que les marchés financiers.

Mais pour cela, l’occupant de la Maison Blanche devra encore surmonter plusieurs obstacles d’envergure. Le premier est un désaccord d’ordre philosophico-financier. Selon le think tank THE TAX FONDATION, le système fiscal envisagé priverait les finances publiques de 2200 milliards de dollars de revenus sur dix ans. Et pour compenser ce coût abyssal, Donald Trump compte sur la croissance. Sauf que sa vision d’un cercle vertueux (en payant moins d’impôts, les entreprises dégageraient davantage de bénéfices et donc de recettes fiscales) ne convainc pas certains représentants de son parti. Les républicains les plus attachés à l’orthodoxie budgétaire, en particulier, craignent une explosion du déficit public. Et c'est également ce que pointe le quotidien conservateur, THE WALL STREET JOURNAL : selon toute vraisemblance, dit-il, cette baisse du taux d’impôt sur les sociétés accroîtrait le déficit budgétaire fédéral. Sans compter que la presse américaine fait état ces derniers jours du risque d’un « shutdown (une fermeture de certaines administrations fédérales) si le Congrès ne vote pas, d’ici demain, une loi permettant à l’État fédéral de fonctionner dans les prochains mois. La deuxième difficulté, elle, est liée au calendrier de la réforme. Le président a besoin de la concrétiser cette année, ou au moins de convaincre les investisseurs que ce sera le cas. Or l’administration fédérale se met en congé en août. Ce qui signifie que le dossier doit donc être bouclé d’ici-là, en trois petits mois seulement. Enfin troisième obstacle, le système fiscal du futur devra faire revenir les milliers de milliards de dollars parqués hors des Etats-Unis, par les multinationales américaines. Ce qui implique qu’elles aient confiance dans la durabilité de la réforme, et donc que celle-ci soit autofinancée.

Lundi dernier, devant les étudiants de l'université de Chicago, Barack Obama, pour sa première réapparition publique depuis qu’il a quitté la Maison-Blanche, a commencé son intervention par cette phrase, rapporte THE GUARDIAN : « Alors, il s’est passé des choses pendant mon absence ? ». Evidemment, même si durant les 90 minutes de son intervention, l’ancien président a soigneusement évité toute mention du nom de son successeur, tout le monde aura compris que son introduction ironique visait directement a pointé l'échec de Donald Trump, durant ses 100 premiers jours de mandat. Et d'ailleurs, renchérit THE NEW YORKER, quand bien même certains n'auraient pas saisi cette allusion directe au nouveau président élu, le simple fait que Barack Obama ait déversé un torrent de phrases grammaticalement correctes (que les Américains n’ont pas entendu depuis son départ de la Maison-Blanche), constitue, déjà, en soi une attaque brutale contre Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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