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Donald Trump, candidat à la primaire républicaine

Donald Trump aurait-il perdu son élan ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump est toujours en tête de la course à l'investiture républicaine mais sa défaite dans le Wisconsin a freiné son avance pour obtenir sans contestation possible l'investiture républicaine cet été.

Donald Trump, candidat à la primaire républicaine
Donald Trump, candidat à la primaire républicaine Crédits : Jim Young

Les commentateurs le prédisaient et les sondages le laissaient entendre. Mardi, Donald Trump a subi une cuisante défaite lors de la primaire du Wisconsin. Le milliardaire new-yorkais, actuellement en tête de la course à l’investiture républicaine, a obtenu 35% des votes dans cet Etat du Midwest où le Parti républicain a vu le jour, contre 48% pour son adversaire triomphant Ted Cruz.

Et voilà pourquoi, si d’ordinaire un article comme celui-ci devrait se concentrer sur la façon dont un candidat est parvenu à remporter un État, admet THE WASHINGTON POST, à ce stade, la question la plus importante, dit-il, est plutôt de comprendre pourquoi Donald Trump a perdu. Pourquoi la chance de M. Trump a-t-elle tournée ?, s’interroge à son tour un blogueur sur le site de l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST. Outre de nouvelles réflexions sexistes, note l’article, l'homme a multiplié ces derniers jours les polémiques qui, sans doute, ont fini par questionner sa capacité même à se faire élire à la Maison-Blanche. Il a changé cinq fois d’avis au sujet de l’avortement. Il a également estimé nécessaire que les États-Unis se désengagent de la défense d’alliés comme le Japon et la Corée du Sud et que ces derniers acquièrent l’arme nucléaire au besoin. Enfin, il a choqué les militaires et les alliés de l’Amérique en fustigeant l’Alliance atlantique, inadaptée à ses yeux pour combattre le terrorisme.

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Et pourtant, pas sûr que ce soit là la véritable explication de son échec, précise à nouveau THE WASHINGTON POST repéré par le Courrier International. En réalité, l’électorat républicain du Wisconsin est moins en colère, dit-il, que celui d’autres États. Or la colère est habituellement le terrain le plus fertile pour le milliardaire. Ensuite, si l’électorat du Wisconsin comprend des "blue collars", des ouvriers de l’industrie, il est aussi composé d’une proportion supérieure à la moyenne nationale d’électeurs ayant une solide formation. Or là encore, précise cette fois-ci LE TEMPS de Lausanne, le New-Yorkais a toujours obtenu ses meilleurs scores auprès des moins bien formés. Par ailleurs, les évangéliques, eux, représentent 42 % des républicains ayant voté mardi, un chiffre qui n’est pas non plus favorable à Donald Trump, dont la solidité de ses valeurs religieuses est parfois remise en question. Enfin le Wisconsin, explique THE NEW YORK TIMES, est habité d’un point de vue ethnique par de nombreux descendants de Scandinaves, de Néerlandais, d’Allemands et d’Anglais qui ne se retrouvent pas dans la vulgarité et l’agressivité du candidat Trump.

Autrement-dit, si certains voient dans cette défaite le signe d'une perte d'élan de la campagne du milliardaire, ces résultats s'expliqueraient surtout, en réalité, par la démographie électorale particulière de cet État du Midwest. Enfin dernier élément de réponse apporté cette fois-ci par un journaliste du NEW YORK TIMES, originaire lui-même du Wisconsin, dans cet État connu, dit-il, pour la gentillesse de ses habitants (on parle de "Wisconsin nice"), il y aurait un aspect culturel à ce rejet de Trump. Ici, des valeurs comme l'humilité et la simplicité sont valorisées. La plupart de nos élus ne sont pas outranciers et tape-à-l’œil, écrit le journaliste. En clair, le style Trump serait tellement anti-Wisconsin. Bref, s’il y avait bien un endroit, où le Parti républicain pouvait marquer son opposition à Trump, c’était bien cet Etat. Et voilà pourquoi il a perdu, tranche THE WASHINGTON POST.

Toujours est-il que la défaite, mardi, du magnat de l'immobilier écorne un peu plus l'image d'invincibilité qu'il cultive avec outrance. Et surtout, elle relance les espoirs du sénateur du Texas, Ted Cruz, dernier candidat encore en mesure de souffler à Donald Trump l'investiture lors de la convention. Grâce à sa victoire, le sénateur texan met désormais Trump au défi d’obtenir les 1237 délégués nécessaires pour décrocher automatiquement l’investiture du parti à la convention de Cleveland, au mois de juillet. Or pour le magnat de l’immobilier, la tâche se complique considérablement, puisque pour se faire il lui faudra désormais gagner 61 % des délégués en jeu lors des primaires restantes. Sauf que Ted Cruz, tout comme d'ailleurs le troisième candidat John Kasich, sont eux-mêmes mathématiquement presque dans l’impossibilité d’obtenir ce nombre magique de 1237 délégués.

En d'autres termes, la probabilité d’une convention contestée, sans candidat qui s’impose, devient à présent très élevée. Et les négociations, en coulisses, s'annoncent animées, précise à nouveau LE TEMPS. Sans compter que l’establishment républicain pourrait œuvrer pour écarter le New-Yorkais de la course à la Maison-Blanche en choisissant un candidat qui n’a pas disputé les primaires, comme par exemple, Paul Ryan, l’actuel président de la Chambre des représentants et ex-colistier de Mitt Romney lors de la présidentielle de 2012.

En attendant et preuve, là encore, que la candidature de Donald Trump donne aujourd’hui des sueurs froides à l'establishment républicain, les entreprises hésiteraient désormais à sponsoriser la convention républicaine, par crainte d’être associées à l’image polémique du milliardaire. Aux États-Unis, les grandes entreprises du pays contribuent, en effet, financièrement aux conventions, démocrate et républicaine. Or cette année, à en croire THE NEW YORK TIMES cité par le magazine Slate, certaines d’entre elles hésiteraient à associer leur image à une convention républicaine qui s’annonce particulièrement agitée. Compte tenu des déclarations racistes et sexistes du candidat Trump, les dirigeants de sociétés comme Coca-Cola, Google ou Apple se demandent dans quelle mesure il est judicieux pour eux de participer. Le journal rapporte que des associations militantes, notamment antiracistes et féministes, sont en train de faire pression sur plusieurs entreprises pour qu’elles ne sponsorisent pas l’événement, qui aura lieu en juillet à Cleveland.

Finalement, seule certitude ce matin, la primaire du Wisconsin mardi dernier confirme, en réalité, ce qui a déjà pu être constaté l’automne dernier : rien n’est encore joué dans une campagne électorale qui, chaque jour un peu plus, ne cesse de nous surprendre.

Par Thomas CLUZEL

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