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Pour le New York Times, en s'attaquant même de façon oblique aux Militaires, Donald Trump a pris le risque de s'aliéner un électorat indispensable.

Donald Trump dérape... dans les sondages.

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A force de gaffes, de propos misogynes ou flirtant avec le racisme, le candidat Républicain est en chute libre dans les intentions de vote

Pour le New York Times, en s'attaquant même de façon oblique aux Militaires, Donald Trump a pris le risque de s'aliéner un électorat indispensable.
Pour le New York Times, en s'attaquant même de façon oblique aux Militaires, Donald Trump a pris le risque de s'aliéner un électorat indispensable.

Par Eric Biegala

Si le désormais candidat officiel des Républicains américains pour la course à la Maison Blanche semblait faire jeu égal dans les sondages avec son adversaire démocrate Hillary Clinton au moment des conventions des deux grands partis il y a quinze jours, aujourd'hui il enchaîne véritablement les mauvaises performances.... et notamment, remarque le Washington Times, quotidien plutôt pro-Républicain, dans les swing states, ces Etats pivots, qui peuvent à chaque élection basculer d'un côté ou de l'autre... C'est le cas de la Floride, Etat qui peut parfaitement voter majoritairement Démocrate ou Républicain, les deux se sont vus ; en Floride, Trump est distancé par Clinton de 6 points dans les intentions de vote. Dans le Michigan, la candidate Démocrate a 9 points d'avance... sans même parler de la Pennsylvanie ou du New Hampshire - autres swing states, où Hillary Clinton fait la course très nettement en tête avec respectivement 11 et 17 points d'avance sur Donald Trump...

"Ce n'est pas vraiment une coïncidence, remarque encore le Washington Times si cette glissade dans les sondage arrive juste après la querelle qui a opposé M. Trump et les parents musulmans d'un capitaine de l'armée américaine mort au combat en Irak... les sondages montrent que la vaste majorité des votants ont considéré les critiques de Trump sur cette famille comme inacceptables".

Les gaffes et autres bévues de Donald Trump "risquent de lui aliéner un bloc clef d'électeurs : les militaires" titre également le New York Times et le quotidien libéral, plutôt proche des Démocrates, d'expliquer qu'"au delà de la querelle avec la famille Khan, sont remontées récemment à la surface quelques controverses entourant son approche de la question militaire... Donald Trump avait commenté avec une certaine dérision la captivité  du sénateur républicain John Mc Cain pendant la Guerre du Vietnam, il a également qualifié de "général raté" le général en retraite John Allen qui fait campagne dans le camp Démocrate... et il s'est permis lors d'un meeting de plaisanter autour des "Purple Heart" ces décorations données aux soldats américains blessés au combat.

"Tous ces faux-pas menacent Mr Trump au cœur même de la carte électorale, explique le grand quotidien libéral... Dans certains Etats importants pour l'élection, il ne pourra remporter la majorité des suffrages qu'en s'appuyant sur le vote de zones ou l'électorat militaire est important - un électorat souvent plus enclin à voter Républicain que Démocrate. "C'est le cas dans le nord de la Floride, sur la côte en Virgine et dans le New Hampshire".

Mais au delà des électeurs indécis, Donald Trump pourrait également perdre le soutien des Républicains encartés... le Washington Post explique dans son édition de ce matin qu'aux vues de la campagne particulièrement brouillonne de Trump, le camp Démocrate se prépare à lancer quelques hameçons en direction de l'autre camp... à draguer le "déçu Républicain". Avec un message simple écrit le quotidien de Washington : "même si vous n'avez jamais pensé voter Démocrate, même si vous n'aimez pas Hillary Clinton, la choisir en 2016 est aujourd'hui devenu un impératif moral et patriotique ! "

Il est vrai que dans le camp Républicain froncements de nez et  prises de distance vis à vis du candidat officiel du parti se sont multipliés depuis quelques jours... La dernière en date de ces prises de distance s'est déroulée en direct sur CNN... c'est la vidéo qui tue, "les 30 secondes les plus dévastatrices pour Donald Trump" écrit encore le Washington Post. Lorsque le journaliste de CNN demande au sénateur républicain John Mc Cain s'il se sent absolument à l'aise avec le fait que Donald Trump puisse se retrouver un jour aux commandes de l'arsenal nucléaire américain, John Mc Cain hésite, murmure quelque chose d'inaudible,  et répond finalement à côté de la question. Une sorte de non-réponse... particulièrement éloquente.

Pour trouver quelque soutien, à Donald Trump, il faut aller chercher du côté d'Hollywood. De Clint Eastwood par exemple... Interviewé par Esquire, l'acteur fétiche d'un certain machisme grande gueule, qui a souvent soutenu publiquement les candidats du camp Républicain, ne va pas jusque là dans son long entretien avec le magazine. Mais visiblement le fait que Trump parle un peu à tort et à travers, y compris pour dire n'importe quoi, n'est pas pour déplaire à Clint eastwood. Notamment lorsque le milliardaire new-yorkais bat en brèche le politiquement correct. Et Clint Eastwood de se désoler à ce propos, que le reste du monde politique n'obéisse plus qu'aux canons de ce qu'il appelle la pussy generation - la génération couilles-molles.

Dans un style un peu moins cru,  le Chicago Tribune, l'un des titres traditionnellement les plus pro-Républicain de la presse américaine, va un peu dans le même sens : dans sa chronique, Victor Davies Hanson explique que le candidat Trump a littéralement explosé ces canons du discours politique. "Les discours avec téléprompteurs ? Trump préfère les improvisations ! Les conférences de presse, que les candidats évitent le plus possible ? Trump s'y rue sans prêter la moindre attention à ce qu'il peut y dire ! Les reporters, que la plupart des hommes politiques craignent donc flattent ? Trump lui n'hésite pas à les insulter voire à en éjecter certains de ses propres conférences de presse".  Dans son attitude, dans ses discours, dans son look, le candidat Trump n'a plus rien à voire avec les politiciens classiques, fussent-ils les plus "modernes". "Trump, écrit encore Victor Davies Hanson est un politicien post-moderne ! "

"Nous vivons à l'age du politiquement correct, poursuit-il ; un âge au cours duquel   le Président Obama ne veut pas nommer "islamistes radicaux" les terroristes qui ont tué des centaines de personnes en Europe et aux Etats Unis... En fait, les gens en ont marre. Ils ont marre de deux choses :  premièrement de leur réalité quotidienne, qui n'est pas rose. Deuxièmement  de la version officielle de cette réalité qui n'a pas grand chose à voire avec ce qu'ils vivent. Donald Trump est juste venu avec ses gros sabots casser le verre filtrant du politiquement correct. Et ça plait ! "

Résultat des courses, "Trump va-t-il s'épuiser en août ?, va-t-il exploser en septembre, s'auto-détruire en octobre ou gagner en novembre ?" demande encore Hanson... Et de répondre : "Personne n'en sait rien. Il n'y a plus de règles qui peuvent permettre de prédire comment un électorat aussi désabusé et en colère ira voter. Et il n'y a jamais eu de candidat aussi postmoderne que Donald Trump."

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