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Le président américain Donald Trump

Donald Trump est-il en train de vaciller ?

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Donald Trump aurait demandé à James Comey (patron du FBI) de mettre un terme à l'enquête sur les contacts russes de son ex-conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn. L'information, démentie par la Maison blanche, pourrait valoir au président américain d'être accusé d'obstruction à la justice

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : SAUL LOEB - AFP

A quelques jours de son premier voyage à l'étranger, au Moyen-Orient tout d'abord, mais aussi au G7 en Italie ainsi qu'à un sommet de l’OTAN à Bruxelles, c'est peu de dire que la multiplication des crises, ces derniers jours, place le nouveau locataire de la Maison Blanche dans une position pour le moins difficile, rarement vue à Washington. Dernière révélation explosive en date, selon un article du NEW YORK TIMES publié hier soir, Donald Trump aurait demandé, mi-février, au directeur du FBI James Comey (qu'il a limogé avec fracas la semaine dernière), de stopper l'enquête visant Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, soupçonné de liens avec des officiels russes pendant la campagne américaine. James Comey, lui-même, a relaté cette conversation avec le président dans une note écrite, citée par le quotidien : « Flynn est quelqu'un de bien. J'espère que vous pourrez laisser tomber », aurait ainsi demandé, dans le bureau ovale, Donald Trump au patron du FBI. Aussitôt, la Maison Blanche a bien entendu catégoriquement contesté cette version des faits. C'est donc parole contre parole.

Et c'est d'ailleurs, peu ou prou, la même stratégie que l'administration Trump a choisi d'adopter s'agissant, cette fois-ci, des révélations du WASHINGTON POST en début de semaine, selon lesquelles Donald Trump aurait transmis au ministre russe des affaires étrangères des renseignements classés ultraconfidentiels. Selon le conseiller à la Sécurité Nationale, « l’histoire, telle qu’elle a été rédigée (par le journal) est fausse ». Problème, ledit conseiller a précisé que l'article était faux, car Trump n'avait pas révélé la source et la méthode de ces renseignements. Or l'article du quotidien ne disait pas que le président avait révélé la source et la méthode, juste qu'il avait donné de nombreux détails aux Russes. En d'autres termes, face à ces accusations et comme le note à nouveau THE WASHINGTON POST, la réaction de la Maison-Blanche a été, pour le moins ambiguë, puisqu'elle a consisté à nier quelque chose qui n'avait jamais été affirmé par la presse.

Enfin tout cela survient, qui plus est, en plein psychodrame du limogeage du patron du FBI, James Comey, lequel enquêtait sur la possible collusion entre les proches de Donald Trump et Moscou, lors de l’ingérence russe présumée dans l’élection présidentielle américaine. Quoi qu'il en soit, ces trois affaires réunies révèlent l'invraisemblable chaos qui règne, à présent, à la Maison Blanche. Elles posent toutes la question des liens étroits entre l'administration Trump et Moscou. Mais elles interrogent, également, sur la personnalité de Donald Trump. En clair, le président américain agit-il sciemment ou par ignorance ? S’agit-il d’une compromission assumée avec le Kremlin ou d’une incompétence crasse ?, interroge LE TEMPS. Selon plusieurs sources proches de Donald Trump, ce genre de comportement ne serait pas prémédité chez le président. Il s'agirait plutôt d'incompétence. Une source anonyme interviewée par le site POLITICO explique, par exemple, que le président ne se rend pas toujours compte des implications de ce qu'il dit. Chez REUTERS, une autre source décrit le président comme quelqu'un qui n'a pas de « filtre ». « Ça rentre par une oreille et ça ressort par la bouche ». Quand un commentateur du WASHINGTON POST juge que ces révélations montrent surtout « l’orgueil démesuré du président américain », un chroniqueur du NEW YORK TIMES estime, pour sa part, qu’elles mettent en évidence « la dangerosité d’un homme immature ». Avant d'ajouter, « en ce moment, le monde est mené par un enfant ».

Au point que les appels à la destitution du président résonnent plus fort, confie aujourd'hui, Allan Lichtman, un professeur émérite de l’American University dans les colonnes de LA PRESSE de Montréal. Une déclaration d'autant plus percutante que l'homme qui s'exprime ici avait déjà retenu l’attention, en septembre dernier, en prédisant contre toute attente la victoire de Donald Trump, grâce à un modèle de prédiction infaillible depuis l’élection présidentielle de 1984. Or au même moment, l'historien y allait, déjà, d’une autre prophétie audacieuse : que Donald Trump ferait l’objet d’une procédure de destitution. C'est, d'ailleurs, devenu depuis le sujet d’un livre que l’historien a fait paraître le mois dernier. Evidemment, à l'époque, aucune des affaires citées plus tôt n'avaient encore été révélées. En réalité, ce qui poussait Allan Lichtman à croire que, même si Donald Trump allait être élu, il ferait également face à la destitution, ce sont d'abord ses prédispositions à enfreindre les lois, l’ayant notamment démontré en violant la loi sur le logement équitable (dans les années 1970), mais aussi l’embargo commercial contre Cuba (dans les années 1990), sans compter les entreprises frauduleuses ou illégales auxquelles il a prêté son nom. Trump faisait, par ailleurs, l’objet d’allégations de harcèlement sexuel, le genre d’affaire qui peut revenir hanter un président. Enfin il y avait, déjà à l'époque, tous ces indices qui pointaient vers une collusion possible entre l’équipe de Trump et les Russes.

Sauf que cela ne suffit pas encore pour démettre le président de ses fonctions. Il faut encore des preuves concrètes de ce qui ne sont jusqu’ici que des rumeurs, note DIE WELT. Et d'ailleurs, interrogée lundi soir sur CNN, Nancy Pelosi, la cheffe de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a refusé de se joindre, pour l'instant, aux rares appels pour lancer une procédure de destitution. Pourquoi ? Parce qu’il n’existerait pas encore, selon elle, suffisamment d’éléments factuels pour le faire. Sauf que les révélations, hier soir, du NEW YORK TIMES pourraient justement apporter cet élément indispensable à une procédure d' « impeachment », s'il était avéré que Donald Trump avait entravé la justice.

Reste, rappelle toujours LA PRESSE repérée par le Courrier International, que la mise en accusation (« impeachment ») doit être votée à la majorité simple par la Chambre des représentants et qu'ensuite la condamnation nécessite, elle, une majorité des deux tiers au Sénat. Dès-lors, peut-on vraiment concevoir un scénario où une Chambre, à majorité républicaine, mettrait en accusation Donald Trump ? Oui, répond toujours Allan Lichtman. Il faudrait, pour cela, que les républicains de la Chambre en viennent à la conclusion que Donald Trump est une menace à leur réélection. Tous devront, en effet, défendre leur siège en 2018. Or « il ne faut jamais oublier, dit-il, que la plus grande priorité d’un élu est l’autopréservation ».

Par Thomas CLUZEL

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