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Manifestation à Portland conte le décret anti-immigration de Donald Trump

Donald Trump n'est pas bienvenu

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump a limogé la ministre par intérim de la Justice, qui refusait l'application de son décret limitant l'immigration. La vaste polémique suscitée par cette mesure se poursuit aux Etats-Unis et à l'étranger.

Manifestation à Portland conte le décret anti-immigration de Donald Trump
Manifestation à Portland conte le décret anti-immigration de Donald Trump Crédits : ALEX MILAN TRACY / ANADOLU AGENCY - AFP

Le décret anti-immigration de Donald Trump, ce pirate en chef comme l'appelle ce matin une chroniqueuse du NEW YORKER, continue à semer la zizanie. Pour preuve, hier, événement rare sinon rarissime de la part d'un ex-président (du moins dans un laps de temps aussi court) note THE WASHINGTON POST, Barack Obama lui-même est sorti de son silence. Pour sa première prise de position depuis qu’il a quitté ses fonctions, l’ancien président a fait savoir dans un communiqué qu’il désapprouvait toute «discrimination fondée sur la croyance ou la religion» et qu'il entendait ainsi joindre sa voix à la majorité des démocrates qui demandent l’invalidation du décret.

Tout aussi inhabituel mais révélateur du dégoût qu'inspire aujourd'hui le nouveau président américain, au Royaume-Uni, une pétition signée par plus de 1,5 million de britanniques réclame depuis hier l'annulation de la visite d'Etat de Donald Trump prévue en 2017. Et même si la Première Ministre, Theresa May, a fait savoir en fin de journée que cette invitation était maintenue, le sujet n'est pas tout à fait clos. Il a même rebondi avec un débat passionné au Parlement, note THE INDEPENDENT, débat lors duquel un député travailliste a traité le président américain de « fasciste ».

Pendant ce temps Trump, lui, continue d'ignorer les critiques suscitées par la promulgation de son décret. Niant ostensiblement l'évidence, il a même osé lâcher dans l'un de ses fameux Tweet : « Tout se passe bien avec très peu de problèmes ». En réalité, signe que problème il y a, Trump a carrément viré hier la ministre de la Justice, laquelle avait ordonné aux procureurs de ne pas défendre le décret limitant l'immigration. Un limogeage, précise le magazine américain SLATE, non seulement gratuit puisque la ministre nommée sous l'administration Obama effectuait la transition en attendant d'être remplacée, mais surtout un geste spectaculaire témoignant de l'attitude intransigeante de ce président à l'égard de tous ceux qui opposent à sa vision sordide du monde une conception morale.

Enfin, on ne devrait pas être au bout de nos peines puisque ce soir, prévient LE TEMPS, Trump annoncera le nom de son candidat pour occuper le neuvième siège de magistrat à la Cour suprême. Un choix qui n'a, évidemment, rien d'anodin puisqu'il aura une influence sur des dossiers cruciaux sur lesquels la Cour pourrait être amenée à trancher dont, par exemple, ce décret anti-musulmans.

Car pour nombre de commentateurs, il n'y a pas de doute à avoir : Trump n’aime pas les musulmans. C'est très clair. Et d'ailleurs, une traduction rugueuse de son slogan, « L’Amérique d’abord », pourrait être « Les musulmans en dernier », remarque l'éditorialiste du NEW YORK TIMES. Et pourtant, est-on aujourd'hui en présence de mises en garde des services secrets qui auraient mentionné un danger intrinsèque aux pays discriminés ? Non. Il ne s’agit que d’une promesse électorale, qui repose sur une loi datant de 1952, précise IL SOLE et qui, en cas de péril supposé pour la nation confère au président le pouvoir d’interdire l’entrée dans le pays à des groupes entiers d’étrangers. Classée discriminatoire, cette loi avait été abrogée en 1965. Mais Trump, lui, continue de l’invoquer pour justifier son décret.

Et puis outre son ordre ouvertement discriminatoire vis-à-vis de tous les musulmans, ce qui choque dans ce décret, rappelle la RHEINISCHE POST, c’est que les Etats-Unis ont été fondés par des immigrants. « Nation d‘immigrants », c'est même le titre d’un livre signé John Fitzgerald Kennedy. Ou dit autrement, ce décret est contraire à l’esprit du temps et à la tradition américaine telle que nous la connaissons depuis l’époque des pères fondateurs, renchérit à nouveau IL SOLE. C'est aussi ce que tendait à rappeler déjà, ce week-end, la Une du pourtant très modéré NEW YORK DAILY NEWS, avec une image de la statue de la liberté en pleurs, sous ce titre : « Fermeture de la Porte d’or ».

A ce titre, on citera également ce très beau témoignage, à lire toujours sur le site d'information en ligne SLATE, celui de Mehrsa Baradaran. En 1986 j'avais 9 ans, raconte-t-elle, et j'étais une migrante musulmane arrivant d'un « pays terroriste », l'Iran, essayant d'échapper à la guerre et à une révolution qui avait mal tourné. Je me souviens encore de ma mère, coiffée d'un hijab, de mon père, mes deux petites sœurs et moi, assis dans le bureau d'une fonctionnaire américaine. Elle nous a examinés, de haut en bas, pour décider s'il fallait accepter ou rejeter notre demande de visa. Savait-elle qu'à l'école primaire, tous les matins et tous les après-midi, je criais dans la classe avec les autres élèves « Mort à l'Amérique» ? A l'évidence, nous étions les méchants. Dès-lors, pouvait-elle deviner qu'en quelques années seulement, je prêterais allégeance au drapeau américain dans mon école, avec une vraie fierté au cœur et que je passerais ma jeunesse entière à regarder « Sauvés par le gong» et à essayer d'être une vraie Américaine ? Au fond, peut-être, tout cela ne comptait-il pas pour elle. Peut-être que, quand elle nous a regardées, elle a simplement vu des enfants, dont la vie ne valait pas moins parce que notre mère portait un hijab. J'étais cette petite fille, aspirant à vivre libre et vous m'avez acceptée. Bien sûr, il y a eu des moments difficiles. Parfois, des enfants m'ont qualifiée de terroriste, ou dit que je puais, ou qu'ils n'avaient pas envie de jouer avec la fille qui portait le même pull tous les jours (c'était le plus chaud que j'avais). Mais je voulais tellement être une Américaine, être l'une de vous.

A présent, quand je pense aux migrants et aux réfugiés des « pays terroristes » qui seront interdits d'entrée par ce décret, je redeviens l'un d'eux. L'ironie, à mes yeux, est que c'est justement le tribalisme et le nationalisme iraniens qui ont chassé ma famille. Le régime de l'ayatollah Khomeini a dit « l'Iran d'abord », lui aussi. Il a fait taire la presse, a chassé tous ceux qui étaient différents et a fait fuir les intellectuels progressistes du pays. J'espère que ce n'est pas ce qui se produit ici. Et la petite fille, devenue femme, d'en conclure : Il y a 30 Ans, dans un bureau de l'immigration, à moi (cette petite fille musulmane, venant d'un pays terroriste et dont le futur se résumait à une page entièrement blanche), une merveilleuse fonctionnaire a tamponné sur ma feuille : « Accordé »!

Par Thomas CLUZEL

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