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Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis

Donald Trump peut-il encore échouer à entrer à la Maison-Blanche ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : un possible recompte des voix redonne un ultime espoir aux déçus issus de la gauche américaine, qui contestent le système du collège électoral depuis qu'Hillary Clinton a perdu.

Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis
Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis Crédits : PETER FOLEY / DPA

Plusieurs étapes jalonnent le long cheminement de la personne endeuillée. Selon la liste élaborée par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (pionnière de l'approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie), il existerait au total cinq phases du deuil : le « choc » ou « déni », la « colère », le « marchandage », la « dépression » et enfin l' « acceptation ». Or après la victoire de Donald Trump (le 8 novembre), il semble qu'une partie des Américains n'ait pas encore atteint le cinquième stade et reste même plutôt bloquée au troisième, c'est-à-dire celui du marchandage. Au moins trois symptômes récents en attestent, précise le magazine SLATE. Le premier est aujourd'hui le plus médiatisé : il s'agit du recompte des bulletins de vote exprimés lors de l’élection présidentielle. Depuis la semaine dernière, une écologiste ex-candidate à la Maison Blanche, Jill Stein a décidé de prendre le taureau par les cornes, comme l'écrit le quotidien britannique THE GUARDIAN. Bille en tête, elle s’est décidée à faire recompter les voix dans trois Etats qui ont fourni la victoire au républicain mais où les résultats apparaissent très serrés : la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. La candidate démocrate s'y serait inclinée face à Donald Trump de tout juste 60 000 voix dans le premier, 27 000 dans le deuxième et à peine plus de 10 000 dans le troisième, selon des chiffres encore non officiels.

Un psychodrame de plus, diront sans doute certains et qui ne mènera probablement à rien. Reste que depuis samedi, cette curieuse saga a pris une toute nouvelle saveur, note LE TEMPS. Car surprise, le camp Clinton a fait savoir qu’il appuyait la démarche. Il faut dire que si la candidate démocrate a reconnu sa défaite, c’est bien elle, en revanche, qui a remporté le vote populaire aux États-Unis. Son avance en nombre de voix ne fait, d'ailleurs, que s’accentuer souligne THE NEW YORK TIMES. Selon le dernier décompte, elle aurait remporté 2 millions de voix de plus que son rival. Jamais un écart aussi important n’avait été constaté. En 2000, le vice-président Al Gore avait perdu face à George W. Bush alors qu’il le devançait de 544 000 voix.

Mais là où ces chiffres sont aussi stupéfiants qu'inutiles, c'est que ces 2 millions de voix en plus pour Hillary Clinton ne changeront rien à la victoire de Donald Trump. A moins que des anomalies soient constatées. Or comme le soulignait la semaine dernière le NEW YORK MAGAZINE, des avocats et experts en sécurité informatique auraient repéré, justement, des anomalies dans les bureaux de vote équipés de machines électroniques. Et c'est ainsi que les sympathisants d’Hillary Clinton se mettent aujourd'hui à rêver : car si des irrégularités étaient effectivement constatées dans les trois États clés visés par Jill Stein et qu’Hillary Clinton y soit finalement donnée gagnante, elle pourrait se retrouver avec 278 grands électeurs, contre seulement 260 pour Donald Trump. Reste que les arguments de ces chercheurs sur une possible manipulation des résultats ont été très critiqués aux États-Unis. Le magazine THE ATLANTIC, en particulier, a dénoncé des spéculations infondées. Quant à la propre équipe de campagne d'Hillary Clinton, elle a indiqué qu’un tel retournement était sans doute impossible, note de son côté THE WALL STREET JOURNAL. Le quotidien conservateur qui voit avant tout dans cette initiative de recompte une façon de plus pour la gauche de jeter le doute sur la légitimité de l’élection.

Deuxième symptôme de ce marchandage autour des résultats du scrutin : la poursuite du débat sur le système du collège électoral. Les 538 membres du collège électoral doivent se réunir le 19 décembre prochain dans la capitale de leurs États respectifs pour désigner formellement le prochain président. Or certains grands électeurs ont lancé des mots d’ordre de rébellion, souligne le site POLITICO, repéré par le Courrier International. Un certain nombre d’entre eux pourraient bien décider de voter contre Donald Trump ce jour-là. Mais là encore l'initiative a peu de chances, en réalité, d'aboutir. Outre que pour inverser le résultat du scrutin, il faudrait que 38 grands électeurs républicains sur 306 votent pour Clinton (ce qui paraît peu probable), le cas échéant, la désignation du prochain président serait renvoyée à la Chambre des représentants. Et celle-ci étant à majorité républicaine, elle pourrait parfaitement choisir de voter Trump au bout du compte.

Sauf que l’objectif de cette initiative n’est pas seulement, en réalité, de faire obstacle à une présidence Trump, il s’agit aussi d’affaiblir la légitimité de cette institution, reprend le magazine SLATE. En clair, même après la défaite de leur candidate, un certain nombre de grands électeurs démocrates sont convaincus de pouvoir réduire l’influence du collège électoral, voire de contribuer ainsi à sa disparition. Et d'ailleurs, c’est pour cette même raison qu’ils envisagent également un autre plan, appeler cette fois-ci leurs camarades démocrates à rejeter Hillary Clinton le 19 décembre et à opter, avec les républicains, pour une solution de consensus qui pourrait être incarnée par un candidat plus modéré, Mitt Romney ou John Kasich.

Enfin troisième et dernier symptôme de ce que les démocrates ont, décidément, du mal à faire le deuil de leur défaite : à défaut de voir Hillary Clinton au pouvoir, certains manifestent un désir de ne pas voir Barack Obama trop s'éloigner après son départ de la Maison-Blanche. Récemment, le magazine américain SLATE faisait état du lancement d'une pétition demandant à Barack Obama de se présenter dans l'Illinois aux élections de mi-mandat à la Chambre des représentants (en 2018). Sa candidature pourrait, en effet, doper celles des autres candidats démocrates et lui permettrait surtout ensuite de se présenter à la présidence de la Chambre, qui dans les faits est le deuxième poste le plus important du pays. Problème : la pétition n'a recueilli, pour l'instant, que quelques centaines de signatures. Ce qui laisse entendre qu'avant l' « acceptation » du deuil, et après le « choc », la « colère » et le « marchandage », les démocrates devront encore en passer par la « dépression ».

Par Thomas CLUZEL

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