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Martin Schulz (g) et Frank-Walter Steinmeier (d)

En Allemagne, une élection peut en cacher une autre

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : L'Allemagne a désigné comme chef d'État son ancien chef de la diplomatie, Frank-Walter Steinmeier, qui a d'emblée promis de défendre la démocratie contre le "populisme".

Martin Schulz (g) et Frank-Walter Steinmeier (d)
Martin Schulz (g) et Frank-Walter Steinmeier (d) Crédits : RAINER JENSEN / DPA

Après les États-Unis et avant la France, l'Allemagne change elle aussi de président. Hier, Frank-Walter Steinmeier, reconnaissable à sa chevelure blanche immaculée et à ses lunettes cerclées, mais surtout l'une des personnalités politiques les plus populaires du pays (devant Angela Merkel), est arrivé au sommet de l'Etat, peut-on lire ce matin sur le site de la DEUTSCHE WELLE. Le candidat de la coalition au pouvoir a raflé la très grande majorité des voix de l'Assemblée fédérale, un collège électoral constitué de grands électeurs (pour la plupart des parlementaires des deux chambres, mais aussi des représentants de la société civile).

Une élection toutefois sans surprise, précise aussitôt le journal wallon L'AVENIR, puisqu'avec le soutien de son parti (SPD) et des démocrates chrétiens d'Angela Merkel (CDU), Steinmeier était assuré de l'emporter. Et par ailleurs, étant entendu que la fonction de président est essentiellement honorifique en Allemagne, ce non événement pourrait facilement apparaître comme une sorte d'épiphénomène outre-Rhin. Sauf qu’en réalité cette élection est un bon révélateur des équilibres politiques du pays. Et qu'à ce titre, Steinmeier est bien plus qu'un nouveau président, peut-on lire ce matin en Une du SPIEGEL ONLINE. L'hebdomadaire qui s'interroge : Cette élection ne signe-t-elle pas, aussi, la fin de l'ère Merkel ?

Et de fait, si en tant qu'ex ministre de la coalition Steinmeier incarne l'alliance CDU-SPD au pouvoir, il n'en reste pas moins qu'Angela Merkel ne voulait pas de lui comme président. Et ce n'est qu'après avoir échoué à faire émerger un candidat de son propre parti qu'elle a dû se résigner à le soutenir. En ce sens, cette élection est donc un désaveu pour Merkel et son parti la CDU mais aussi un signal fort pour le SPD en vue des élections législatives.

D'autant qu'à sept mois du scrutin, le SPD pointe en tête dans les sondages. C'est même une première depuis 10 ans. Pour être exact, ça n'est pas un effet Steinmeier mais plutôt un effet Schulz. Requinqué par l'arrivée à la tête des sociaux démocrates de l'ancien président du Parlement européen, les derniers sondages montrent, en effet, le SPD au coude à coude avec la CDU de la chancelière et même légèrement en tête dans les intentions de vote. D'où, d'ailleurs, cette Une provocatrice de l'édition allemande de CHARLIE HEBDO, montrant Angela Merkel le couteau dans une main et dans l'autre la tête de son adversaire Martin Schulz. Une manière surtout, en réalité, pour l'hebdomadaire satirique de se montrer solidaire de son confrère de Hambourg DER SPIEGEL dont la Une montrant, cette fois-ci, Donald Trump après avoir décapité lui la statue de la Liberté a soulevé une vive polémique dans les médias outre-Rhin.

Quoi qu'il en soit, alors que la chancelière semblait assurée d’un quatrième mandat lors des élections de septembre prochain, l’irruption de Martin Schulz remet tout à plat. Et c’est une bonne nouvelle, estime LE TEMPS. Une bonne nouvelle pour l’Allemagne, tout d’abord, qui menaçait de sombrer dans une forme de léthargie politique avec la domination d’une chancelière qui a écarté toutes les têtes qui dépassaient dans son propre camp mais aussi anesthésié l’opposition. Avec pour effet de faire émerger des partis extrémistes comme l'AfD. L'Alternative pour l’Allemagne a prospéré sur la grande coalition au pouvoir formée de l’alliance des deux grands partis (CDU et SPD), une alliance qui a certes bien servi l’Allemagne mais s'est transformée au fil des ans en une fabrique de consensus mou. De sorte que l'AfD a réussit à engranger des voix à la droite de la CDU mais aussi à la gauche du SPD. Or la seule façon de stopper aujourd'hui l’essor de ce mouvement populiste c'est de rétablir un rapport de force gauche-droite avec plus de clarté. Et c’est justement ce que promet de faire Martin Schulz, un homme situé à la gauche du SPD et qui veut séduire l'électorat populaire et les classes moyennes en faisant de la lutte contre les inégalités sa priorité.

Et puis c’est également une bonne nouvelle pour l’Europe. Car voilà une décennie que l’Allemagne s’est imposée en tant que pilote de l’UE du simple fait de son poids économique. Berlin dicte le la, davantage d’ailleurs du fait de l’affaiblissement de ses partenaires (à commencer par la France) que par une vraie volonté d’hégémonie. Sauf qu’il en résulte malheureusement un agenda européen trop calqué sur les préoccupations des Allemands. De sorte que si l’austérité imposée par la chancelière a peut-être permis de stabiliser la zone euro, en revanche, l’entêtement des dirigeants allemands à maintenir ce cap est désormais l’une des principales sources de frustration des pays du sud.

Or quand les dirigeants européens n'arrivent plus à atteindre les citoyens que par le biais de l'alarmisme et non plus par celui des idées, quand les rêves ne parviennent plus à séduire, alors il faut appeler les choses par leur nom : c'est un aveu d'échec, écrit l'hebdomadaire néerlandais DE GROENE AMSTERDAMMER. A présent et même si il y a quelques semaines encore, l’éventualité d’une Allemagne avec une chancelière Angela Merkel réélue ou d’une France avec François Fillon pour président constituait la perspective la plus apaisante pour les pro-européens, il existe aujourd’hui une perspective plus réjouissante et plus prometteuse, renchérit LA STAMPA. Avec Martin Schulz, les Allemands mais aussi les Européens ont aujourd'hui une vraie alternative, susceptible d'associer la volonté de libéralisation et de réformes à une politique progressiste de centre-gauche.

Evidemment, Martin Schulz a encore un long chemin à parcourir pour espérer décrocher la chancellerie. Il aura bien de la peine, notamment, à s’imposer sans la formation d’une nouvelle coalition. Sans compter, rappelle à nouveau LE TEMPS, qu'en Allemagne le chancelier n’est pas élu directement par la population mais par les députés. Et là, le SPD a encore un très gros retard à combler sur la CDU. Reste qu'après 12 ans de règne d'Angela Merkel, les jeux sont à nouveau ouverts et c'est là, sans doute, le meilleur rempart au populisme.

Par Thomas CLUZEL

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