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Ouverture du "Dialogue de la paix" entre la guérilla de l'ELN et le gouvernement colombien ce mardi à Cashampamba en Equateur

En Colombie, un pas de plus vers la paix ?

4 min
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Après un accord historique avec la guérilla des FARC il y a deux mois, la Colombie entre aujourd'hui dans un nouveau cycle de négociations et avec un autre groupe armé, le second en importance dans le pays : l'ELN ou Armée de Libération Nationale.

Ouverture du "Dialogue de la paix" entre la guérilla de l'ELN et le gouvernement colombien ce mardi à Cashampamba en Equateur
Ouverture du "Dialogue de la paix" entre la guérilla de l'ELN et le gouvernement colombien ce mardi à Cashampamba en Equateur Crédits : RODRIGO BUENDIA - AFP

Par Eric Biegala

Après trois ans de pourparlers secrets, de formelles "négociations pour la paix" doivent débuter aujourd'hui... "la cérémonie d'ouverture de ce dialogue s'est déroulé ce mardi dans une hacienda de la ville de Cashampamba à 40 km de la capitale Equatorienne Quito" note le site Columbia reports, après trois ans de négociations informelles, secrètes et souvent agitées.

Promis au printemps dernier, ces pourparlers avaient été retardés, le président colombien Juan Manuel Santos ayant averti qu'une précondition à l'ouverture de tout dialogue était la relaxe des otages détenus par l'ELN... la guérilla en effet "a depuis longtemps utilisé le kidnapping et l'échange de prisonniers contre rançon pour se financer et considère l'enlèvement des soldats ou policiers comme une tactique légitime", note la BBC. Les rebelles ont finalement relâché un soldat récemment enlevé, ainsi qu'un parlementaire, Odin Sanchez, en échange d'un pardon pour deux de leurs militants emprisonnés. Ce quadruple élargissement, la semaine dernière, a finalement ouvert les portes du dialogue formel. Celui-ci sera conduit à huis clos à partir d'aujourd'hui en Equateur et devrait se poursuivre sur plusieurs cycles dans chacun des 5 autres pays garants de la négociation : le Brésil, le Chili, Cuba, la Norvège et le Venezuela...

"Ce sera un processus encore plus difficile qu'avec les FARC" prévient le quotidien de Bogota El Tiempo qui publiait d'ailleurs ce mardi un sondage d'opinion montrant que 61% des Colombiens interrogés ne croyaient pas aux bonnes intentions des rebelles quant à parvenir à un accord de paix durable... "mais ce n'est pas forcément du au fait que les revendications de l'ELN sont particulièrement maximalistes, remarque pour sa part, dans les pages du même journal Victor Currea, auteur de plusieurs ouvrages sur le groupe armé... Il se trouve aussi que "l'Etat de son côté considère qu'un accord de paix c'est essentiellement le désarmement de la guérilla sans opérer de transformation sociale"... Or les revendications de l'ELN sont essentiellement politiques. Et depuis toujours.

Fondée en 1964 par des étudiants entraînés à Cuba, l'organisation ELN a cherché à imposer une révolution castriste rappelle dans le Christian Science Monitor l'universitaire Fabio Andres Diaz... "Parce que son discours s'est focalisé sur la souveraineté de l'Etat colombien et sur la justice sociale, dénonçant l'exploitation des minérais et du gaz colombien par les multinationales, l'ELN a été beaucoup moins sanglante que les FARC, explique-t-il ; elle a préféré saboter des infrastructures, notamment les oléoducs ; mais le groupe s'est aussi spécialisé dans les kidnappings - plus de 6000 et les assassinats ciblés : environ 1900 !"

"Alors que les FARC étaient structurés un peu comme un parti politique ayant pris les armes, un parti très hiérarchisé, l'ELN est une structure beaucoup plus fédéraliste, avec des fronts locaux séparés explique le professeur d'économie politique Marco Romero dans les colonnes d'El Colombiano, le grand journal de Medelin... une structure "qui a toujours prôné l'implication des communautés locales dans son processus de développement, par conséquent on s'attend à ce que l'ELN, dans ces négociations exige la participation directe des communautés touchées par le conflit".

"En fait, l'Etat central colombien n'a jamais réussi à garantir les droits des petits propriétaires locaux, permettant aux grands propriétaires, aux hommes d'affaires influents, aux trafiquants de drogues de les voler ou de les exproprier", explique encore Fabio Andres Diaz... résultat de quoi, "pendant quatre décennies, les FARC, l'ELN et les autres groupes armés qu'il s'agisse de guérillas de paramilitaires d'extrême droite, de cartels de la drogue ou de seigneurs de guerre, tous ont juré défendre par leurs actions les intérêts des citoyens... Ils ont parasité les gouvernements locaux, y remplaçant l'Etat ou au moins influençant lourdement son autorité".

Pour que la Colombie arrive au terme de sa guerre civile, note encore l'universitaire "il faut non seulement qu'elle parvienne à inclure l'ELN ou les FARC dans le jeu politique mais aussi qu'elle détermine lesquels de ces autres groupes armés peuvent également être éligibles à un tel processus...Les barons de la drogue, les seigneurs de guerre et les paramilitaires qui continuent à remplacer l'Etat dans certaines parties du pays seront ils les suivants ? S'il est exact qu'ils ont actuellement pris la place des FARC dans certaines des régions auparavant contrôlées par la guérilla, la Colombie pourra-t-elle éviter de les inviter également à une table de négociation ?"

Les pourparlers avec l'ELN seront sans doute bien différents de ceux menés avec les FARC pendant quatre ans, lesquels ressemblaient beaucoup à des négociations d'élite à élite... "Avec l'ELN, la société civile, notamment les organisations environnementales ou les syndicats, qui partagent certaines des positions des rebelles devraient pouvoir être entendus durant le processus de paix. Cela pourrait permettre l'ouverture d'une négociation nationale beaucoup plus large, espère encore Fabio Andres Diaz, une négociation qui pourrait à son tour renforcer l'actuel accord avec les FARC en élargissant considérablement le processus de paix" et peut-être même donner le coup d'envoi à un véritable processus de reconstruction politique du pays.

A LIRE Colombie : les étapes du processus de paix avec les Farc

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