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En Europe, la lumière au bout du tunnel n’est pas pour tout de suite

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Après la décision du parti conservateur autrichien d'écourter le mandat de sa coalition avec les sociaux-démocrates, le pays se dirige inéluctablement vers des législatives anticipées, où l'extrême droite pourrait se tailler la part du lion.

Avec l'élection d'Emmanuel Macron, c'est une expérience non seulement sans précédent qui vient de commencer en France, mais qui pourrait également faire école dans l'Europe toute entière. En élisant un président qui n'appartient à aucun camp (trop progressiste pour la droite, trop « économie de marché » pour la gauche), Emmanuel Macron a, en effet, initié une nouvelle dynamique démocratique inédite, se félicite notamment DER STANDARD. Une dynamique qui pourrait bien déclencher un effet boule de neige dans d'autres pays, où les grands partis traditionnels sont frappés par le même phénomène de déshérence. Et le journal de Vienne sait de quoi il parle puisque, là-bas, un homme a semble-t-il toutes les qualités requises pour détourner rapidement les projecteurs, toujours braqués sur le jeune président français. Sebastian Kurz ambitionne, en effet, de devenir le plus jeune dirigeant de son petit pays d’Europe centrale. Et, au passage, de l’Europe tout entière.

Âgé d’à peine 30 ans (9 ans de moins qu'Emmanuel Macron), ce jeune homme aux yeux clairs est aujourd'hui devenu l’une des personnalités les plus populaires du paysage national. Les Autrichiens raffolent désormais de leur « Wunderkind » (leur enfant prodige), encensé ainsi par les tabloïds, mais pas seulement. Quand le gouverneur conservateur de la province de Haute-Autriche parle d' « un talent exceptionnel », l’ex président du parlement l'envisage pour sa part comme le seul à même de redresser la barre d’un « bateau qui coule ». Une popularité confirmée, également, dans les sondages. Selon une étude publiée très récemment par DER STANDARD, les électeurs le préféreraient non seulement au dirigeant de l’extrême droite mais aussi à l’actuel chef du gouvernement.

Enfin, ultime preuve de l'ascension fulgurante de Sebastian Kurz, le jeune ministre des affaires étrangères a réalisé, dimanche dernier, un véritable exploit, précise le correspondant du TEMPS, en se faisant désigner comme le nouveau leader du vieillissant Parti conservateur. Comment ? En disloquant, tout simplement, sa formation politique d’origine, comprenez en dépassant les clivages traditionnels, grâce à un mouvement ouvert, notamment aux acteurs de la société civile et à d’autres élus venus de formations concurrentes. Ou comment casser le système, en profitant de sa jeunesse. Et c'est ainsi que, fort de cette dynamique, Sebastian Kurz à peine nommé à la tête de son parti a, d'ores et déjà, annoncé que sa formation allait faire tomber le gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates. Ce qui signifie que des élections anticipées devraient avoir lieu, en septembre ou en octobre prochain, alors même que les Autrichiens ont voté il y a à peine 5 mois pour la présidentielle, un scrutin éprouvant, à l’occasion duquel le parti d'extrême droite FPÖ avait réalisé un score historique.

Quoi qu’il en soit, la perspective de voir une telle personnalité ravir la chancellerie à la gauche est, à présent, tout à fait envisageable. Mais faut-il en déduire que cette nouvelle dynamique démocratique, laquelle cherche surtout à biffer toute référence partisane trop marquée, est aujourd'hui devenue la bonne recette pour réformer un parti et remporter des élections ? Peut-être. Sauf qu'en Autriche le système électoral à la proportionnelle intégrale oblige les partis à former des alliances. Or il paraît peu probable que la gauche et la droite franchissent, à elles seules, la barre des 50% nécessaires pour gouverner ensemble, comme elles le font traditionnellement depuis 1945. Le cartel au pouvoir conservateurs / sociaux-démocrates qui, autrefois, représentait plus de 90% des électeurs, est un modèle qui a fait son temps. Et voilà pourquoi, prévient la TAZ, la perspective de prochaines élections est considérée comme une menace dangereuse. Il y a fort à parier, en effet, qu'aussi bien les conservateurs que les sociaux-démocrates préféreront faire coalition avec l'extrême droite, plutôt que d'essayer de s'entendre avec leur adversaire. Tant dans les rangs des conservateurs que dans ceux des socialistes, on trouve aujourd'hui des partisans d'une coopération pragmatique avec le FPÖ, prévient à son tour le quotidien tchèque MLADA FRONTA DNES.

Et parce que les rangs, en particulier, de ceux qui aspirent à un renforcement du parti avec Sebastian Kurz mais aussi à une coalition avec le FPÖ se sont visiblement étoffés, écrit DIE SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, les conservateurs pourraient, par exemple, faire pression sur l'extrême droite pour qu’elle évince son chef, jugé trop sulfureux, en échange d’un ticket renvoyant les sociaux-démocrates dans l’opposition. Mais la gauche n’écarte pas, elle non plus, de s’allier à l’extrême droite contre les conservateurs. Elle l’a, d'ailleurs, déjà fait entre 1983 et 1986, rappelle à nouveau le correspondant du TEMPS. Toujours est-il qu'avec ou sans son chef de file, cela signifie que l'extrême droite semble avoir aujourd’hui les meilleures chances de revenir au pouvoir. Reste à savoir grâce à qui.

Mais surtout, si la tactique de Sebastian Kurz pour relancer son parti est, certes, intelligente, elle apparaît donc également risquée. De même en France, si Emmanuel Macron est un personnage très prometteur, il sait que les enjeux sont, là aussi, élevés, prévient THE INDEPENDENT. Les niveaux de popularité sans précédent qu’atteint le Front national sont le signe d’un profond malaise dans la vie politique européenne, écrit le journal, et l’Europe a peu de chances de survivre en tant que bastion de valeurs progressistes respectables, dit-il, si ses dirigeants politiques continuent à décevoir leur peuple et à ne pas percevoir le malaise autour de la mondialisation et de la fracture sociale. Ou quand la lumière au bout du tunnel n’est, décidément, pas pour tout de suite.

Par Thomas CLUZEL

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