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Manifestation en Roumanie contre les décrets du gouvernement visant à dépénaliser plusieurs faits de corruption

En Europe, soupçons de corruption et devoir de vigilance

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : François Fillon (LR) et Marine Le Pen (FN) en France, Nigel Farage (Ukip) au Royaume-Uni ou Liviu Dragnea (PSD) en Roumanie, comme un sentiment de corruption.

Manifestation en Roumanie contre les décrets du gouvernement visant à dépénaliser plusieurs faits de corruption
Manifestation en Roumanie contre les décrets du gouvernement visant à dépénaliser plusieurs faits de corruption Crédits : DANIEL MIHAILESCU - AFP

« Voleurs », « Honte à vous », « Démission ». Voilà plusieurs jours que ces slogans résonnent un peu partout en Europe. En France, tout d'abord, où toute la presse n'a d'yeux que pour le couple Fillon. Mais comme à toute chose malheur est bon, de même qu'aux Etats-Unis la presse progressiste se réjouit du niveau de mobilisation et de défiance face aux excès du président élu Donald Trump, le quotidien flamand DE MORGEN juge, lui, au sujet de cet épisode Fillon, que si autrefois les Français ont souvent fermé les yeux sur les affaires de népotisme, à présent, ils semblent ne plus vouloir laisser passer ce genre de choses. Le problème, ajoute le journal, c'est que si Fillon disparaissait, alors Marine Le Pen n’aurait plus de concurrence vis-à-vis des électeurs éthico-conservateurs. Et c'est également, d'ailleurs, ce que laissait entendre cette semaine le quotidien britannique THE INDEPENDENT, avec une photo de la présidente du Front National à sa Une, laquelle a accru son avance dans la campagne présidentielle française, précise le quotidien de Londres, en référence à un récent sondage créditant la candidate d'extrême droite de 26 à 27 % des intentions de vote. En clair, reprend DE MORGEN, un boulevard s’ouvrirait désormais à droite pour Marine Le Pen, laquelle se tiendrait prête à récupérer, dit-il, les électeurs désillusionnés, notamment par les révélations sur le couple Fillon. Ou dit autrement, toute cette histoire ne ferait que renforcer son message, selon lequel la France est dirigée par une élite qui se vautre dans la cupidité.

Et cette analyse, visiblement confirmée par les sondages, a de quoi surprendre pour le moins, étant entendu que du côté du Front National, une autre affaire est, elle aussi, en train de gonfler, rappelle LE SOIR. Le candidat de la droite François Fillon n’est pas le seul, en effet, à se retrouver empêtré dans une affaire d’emploi fictif. En examinant l’organigramme du Front national, précise à son tour LE TEMPS, l’office européen de lutte antifraude a constaté qu’une vingtaine de membres du parti rémunérés pour travailler au Parlement européen œuvraient, en réalité, à temps partiel ou complet pour le compte du parti à Paris. C'est le cas, en particulier, de Catherine Griset (l'ex belle sœur de Marine Le Pen) rémunérée comme assistante parlementaire entre 2010 et 2016, alors même qu'elle exerçait la fonction de cheffe de cabinet de la présidente du FN en région parisienne. On pourrait également y ajouter le cas de Thierry Légier, le garde du corps de Mme Le Pen, lui aussi rémunéré pour un emploi fictif d’attaché parlementaire. Au total, le préjudice occasionné, au détriment du contribuable européen, dépasserait les 7 millions d’euros en à peine huit mois selon RFI. Mais, à l'instar de François Fillon, lequel dénonce une opération de « calomnie » visant à abattre sa candidature présidentielle, l'avocat de Marine Le Pen dénonce, lui, une «manœuvre» pour « gêner l’action de (sa cliente) au Parlement européen ».

Des révélations tout aussi gênantes agitent, également, le Royaume-Uni. Depuis hier, confirmant les informations du quotidien britannique THE GUARDIAN, une dizaine d'eurodéputés britanniques du parti Ukip, dont Nigel Farage, sont soupçonnés par le Parlement européen d'avoir indûment perçu des centaines de milliers d'euros pour rémunérer des assistants ne travaillant pas réellement dans le cadre de l'institution. On évalue aujourd'hui à plus de 580.000 euros les sommes que ces eurodéputés devront rembourser globalement, faute d'explications satisfaisantes sur le travail de ces assistants. Et, là encore, on notera que l’épouse de Nigel Farage (qui a été employée comme assistante d’un autre eurodéputé de Ukip) fait partie de la liste des huit assistants visés, dont les contrats ont été suspendus.

En réalité, cette nouvelle affaire est la conséquence de vérifications faites par l’administration du Parlement dans le sillage d’une précédente enquête interne, laquelle avait révélé l’an dernier qu’un parti européen, dominé par Ukip, avait indûment utilisé des fonds de l’UE, notamment, dans le cadre de la campagne en faveur du Brexit. Et d'ailleurs, Farage comme les autres, en attendant très certainement de fournir les preuves de sa probité, se contente pour l'instant de dénoncer le « caractère vindicatif » de l’administration du Parlement européen, dans un contexte « post-Brexit ».

Enfin dernière affaire en date, celle touchant à l'adoption de décrets controversés en Roumanie. Ici pas de révélations à scandale dans la presse, ni d'enquête officielle aboutissant à des soupçons de corruption, non, en Roumanie le pouvoir a décidé de prendre les choses à revers en dépénalisant, tout simplement, plusieurs faits de corruption. Et comment faire sortir de prison les partisans du gouvernement actuel condamnés ? Réponse du correspondant à Bucarest de la RTS : En faisant voter une série de décrets en catimini. Mardi soir, explique la RADIO ROUMANIE INTERNATIONAL, le gouvernement socialiste réuni en séance pour adopter le projet de budget pour l'année 2017 a fini par excéder l’ordre du jour et à faire adopter à 22 heures plusieurs décrets d’urgence. Ces mesures étaient pourtant décriées depuis plus de deux semaines, par la rue, la société civile et même les organisations de magistrats. Mais qu'à cela ne tienne, grâce à ces ordonnances et au prétexte de vouloir désengorger les prisons, nombre de politiciens pourront désormais tourner la page de leurs déboires avec la justice. A commencer par le président du Parti social-démocrate qui devrait ainsi échapper au principal chef d'accusation le visant dans un procès qui s'est ouvert cette semaine, procès pour une affaire d'emplois ... fictifs.

Depuis, toute la presse roumaine fait part, bien évidemment, de sa profonde indignation. C'est le cas, en particulier du portail d'information HOTNEWS, lequel écrit : Nous revenons 15 ans en arrière, à l’époque où les pillages se faisaient en toute impunité, où les politiques étaient toujours au-dessus des lois et ne craignaient pas la justice. On voit donc bien le vice d’un cercle politique élitaire, complètement déconnecté des préoccupations populaires, renchérit LA LIBRE BELGIQUE. Au point que le gardien de l’Etat, le président roumain lui-même, a manifesté cette semaine dans la rue contre le premier ministre. Ou quand le monde pas fictif mais bien réel, lui, tourne décidément à l'envers.

Par Thomas CLUZEL

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