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Enfer et moralité.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la question de la moralité en débat autour des gigantesques incendies en Indonésie et des scandales à répétition en Allemagne.
A quoi peut bien ressembler l’enfer ? Réponse, il y a quelques jours du journal britannique THE GUARDIAN repéré par le magasine Slate : l'Indonésie. C’est à cela que doit ressembler l’enfer. L’air y est devenu ocre. Dans certaines villes, la visibilité est réduite à 30 mètres. On y prépare à présent les enfants à une évacuation par navires de guerre, quelques-uns sont déjà morts asphyxiés. Et des espèces partent en fumée à une vitesse qu’on a du mal à imaginer. Depuis le mois de juin un feu incontrôlable ravage, en effet, le pays dans l'indifférence la plus totale du reste de la planète. Et pourtant, toujours à en croire le journal britannique, il s'agit là de la plus grande catastrophe environnementale du 21ème siècle.

Residents carry water as they try to extinguish fires.
Residents carry water as they try to extinguish fires. Crédits : Antara Photo Agency - Reuters

Pour donner un ordre de grandeur, sur les trois dernières semaines, le feu a plus dégagé de CO2 que toute l’Allemagne en un an. Des provinces entières sont réduites en cendres et plusieurs espèces endémiques sont menacées d’extinction. En 1997, un incendie semblable avait tué plus de 10.000 enfants, des suites de complications respiratoires. Et cette fois, le bilan pourrait être pire.

Pourquoi ce gigantesque incendie ? Ce feu est en réalité le résultat de deux phénomènes cumulés. Le premier est la technique de la culture sur brûlis. Cette technique empruntée par des entreprises et des particuliers pour la culture de l’huile de palme (l'un des moteurs de l'économie indonésienne), consiste à mettre le feu au sol pour fertiliser et défricher les zones tropicales du pays. Or habituellement le feu (en réalité des incendies d'origine criminelle) est censé s’estomper de lui-même courant novembre avec l’arrivée de la mousson. Sauf que cette année, le phénomène climatique El Niño, un courant marin chaud a été particulièrement important et à l’origine de sécheresse, alimentant ainsi le feu.

Une catastrophe majeure et dont personne pourtant ne parle. Même sur place, le site d'information TEMPO, l’un des principaux du pays, n’offre aucune visibilité sur le sujet à ses lecteurs. Seul son confrère KOMPAS fait état régulièrement depuis octobre d’une catastrophe biologique en cours, sans néanmoins accorder une place majeure au sujet ces derniers jours.

D'où cette conclusion amère signée à nouveau du journal britannique THE GUARDIAN. L'éditorialiste y imagine la couverture médiatique du sommet sur le climat prévu à Paris en décembre et dont les médias parleront certainement mais sans faire référence à ce qui se passe ailleurs. Et quand le cirque s’arrêtera, le silence reviendra. Et le journaliste de s'interroger : y a-t-il une autre industrie qui serve si mal ses clients ?

Et la réponse est oui, à en croire les suites de la série noire touchant le constructeur automobile Volkswagen.
Mardi soir, dans le cadre de son enquête interne sur les moteurs diesel truqués, la firme allemande a reconnu des irrégularités sur les émissions de CO2 de certains de ses véhicules. Environ 800 000 voitures seraient concernées, pour la plupart des moteurs diesel, mais aussi pour la première fois depuis le début du scandale, 98 000 moteurs à essence. Cette fois-ci, Volkswagen n’est donc plus accusé de manipulation mais de mensonge, précise LE TEMPS : les véhicules incriminés consomment tout simplement jusqu’à 20 ou 30% de carburant de plus que ce qui figure sur la fiche client. Quant aux émissions de CO2, responsables du réchauffement climatique, elles sont elles aussi bien supérieures à ce qu’assure le constructeur à ses clients. Cette affaire de manipulation est donc sans fin, soupire notamment le quotidien DIE WELT.

A part of the main factory of Volkswagen AG.
A part of the main factory of Volkswagen AG. Crédits : Morris MacMatzen - Reuters

Le journal qui s'intéresse par ailleurs à un autre scandale qui fait grand bruit en Allemagne, celui menaçant les fonctionnaires de la Fédération Allemande de Football. Les fameux 6,7 millions d‘euros versés dans le cadre de l'attribution du Mondial 2016 à l'Allemagne occupent en effet la justice. Depuis trois semaines, de graves accusations circulent et comme la fédération n'a quasiment rien fait pour apporter des éclaircissements, le Parquet a pris le dossier en mains et ouvert une enquête pour fraude fiscale. Le directoire de la fédération nationale de football était-il vraiment si effronté, qu'il a essayé de déduire ces pots-de vin présumés des impôts, interroge son confrère TAGESPIEGEL ? Les principaux intéressés ont eu près de 3 semaines pour se souvenir de leurs erreurs, les admettre et faire une déclaration rectificative auprès du fisc, pour prouver leur volonté de faire toute la lumière, souligne à nouveau DIE WELT avant de constater qu'ils ont manifestement raté cette chance de manière grandiose !

Enfin pour terminer une question qui s'impose : comment pouvons nous améliorer notre morale ?
Face aux problèmes planétaires auxquels l’humanité est confrontée, notre sens moral semble aujourd'hui dépassé. D'où cette question : et si l'on pouvait modifier notre sens moral en stimulant notre cerveau ou en prenant quelques pilules ? Ou dit autrement, pouvons-nous compter sur la science pour faire de nous des gens meilleurs et sauver le monde ? C'est là en tous les cas l'objet de cet article de la revue britannique NEW SCIENTIST, cité par le Courrier International. On peut y lire notamment que pour révolutionner la conscience morale, il existe peut-être d’autres options que de mettre à contribution la pensée rationnelle, l’identité collective ou la honte. Notre cerveau moral est si diminué que le seul moyen d’éviter la catastrophe serait de l’améliorer par des techniques biomédicales. Or ces dernières années, des chercheurs ont, en effet, montré qu’on pourrait modifier la conscience morale par des médicaments ou une stimulation cérébrale : une moralité 2.0.

Pour autant, il ne faut pas s’attendre à voir prochainement dans les rayons des pharmacies des pilules agissant sur la moralité. Toutes ces études sont loin d’être tout à fait concluantes et les effets démontrés restent faibles. Mais le fait qu’un changement d’attitude soit possible permet d’envisager de futures applications. Sauf que cela soulève d'autres questions, elles aussi morales : qui doit on traiter, comment et à quel âge ? Et puis l’amélioration biomédicale de la moralité ne risque-t-elle pas de saper le sentiment de responsabilité en nous transformant en robots moraux ? Selon l'un des scientifiques interrogé dans le magasine, même si nous pouvions surmonter ces obstacles, une amélioration artificielle de la morale n’est pas la bonne méthode, dit-il, avant de préciser : les problèmes éthiques sont difficiles à résoudre et ils passent par de nombreux compromis et délibérations. En clair, ce serait mieux si les gens commençaient par réfléchir davantage.

Par Thomas CLUZEL

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