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Fans de Liverpool, lors du 27ème anniversaire de la tragédie de Hillsborough.

Enfin la vérité.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : des milliers de personnes ont rendu mercredi un nouvel hommage émouvant à Liverpool aux victimes du drame de Hillsborough, au lendemain des conclusions d'une enquête accablante pour la police.

Fans de Liverpool, lors du 27ème anniversaire de la tragédie de Hillsborough.
Fans de Liverpool, lors du 27ème anniversaire de la tragédie de Hillsborough. Crédits : Phil Noble

Vingt-sept ans qu’elles attendaient cela. A l’annonce, mardi, du verdict de l’enquête sur le drame de Hillsborough, les familles des victimes se sont aussitôt rassemblées devant le tribunal, entamant spontanément leur chant de cœur : l’hymne de l’équipe de Liverpool, « You’ll never walk alone » («tu ne marcheras jamais seul»). Les larmes se mélangeaient aux sourires et le soulagement au deuil, raconte ce matin le correspondant du TEMPS de Lausanne, marquant ainsi l’extraordinaire victoire de ces familles ordinaires, qui se sont battues pendant un quart de siècle contre un système entièrement tourné contre eux.

Après deux ans de travaux, le jury de l’enquête sur la tragédie, qui a fait 96 morts dans le stade de Hillsborough à Sheffield le 15 avril 1989, a rendu son verdict : les forces de l’ordre, les responsables du stade et les services d’urgence ont été coupables d’une longue liste d’erreurs et de négligences, qui ont mené au pire drame de l’histoire du sport britannique. En revanche, les supporters de l’équipe de Liverpool, longtemps accusés d’être responsables de la catastrophe ont, eux, été blanchis. La police de South Yorkshire a d’ailleurs aussitôt présenté des excuses sans réserve.

Petit rappel des faits, tout d'abord. Le 15 avril 1989, dans le stade de Hillsborough, les Reds rencontrent Nottingham Forrest pour les demi-finales de la Coupe d’Angleterre. C’est l’époque où la police est obsédée par les hooligans et où les supporters sont parqués, souvent debout, dans des espaces grillagés, pour éviter tout débordement. Mais ce jour-là, des erreurs dans la gestion de la foule conduisent deux fois trop de supporters de Liverpool dans l’aile qui leur est réservée. Plus de 10 000 fans des Reds sont forcés de passer par seulement sept tourniquets. Et face à la lenteur des opérations, la police décide d’ouvrir une porte, laissant du coup la foule se diriger en masse vers les gradins. Progressivement, cette foule s’entasse. La pression devient insupportable. Incapables de s’échapper, certains supporters sont écrasés contre les grillages ou s’évanouissent. La police, dépassée et obsédée par le risque des débordements refuse pourtant de laisser les supporters sortir des gradins. Et quand elle interrompt le match, six minutes après le coup d’envoi, elle n’appelle que très lentement les secours. Au total, 96 supporters de Liverpool, âgés de 10 à 67 ans, mourront étouffés ou écrasés.

Et puis, à la catastrophe s’est ensuite ajoutée l’insulte. Très rapidement, la police a, en effet, tenté de faire porter la responsabilité de ce drame aux fans des Reds. Sur la base d’un témoignage anonyme d’un policier, THE SUN publiera même à l’époque une manchette aussi choc que fausse, intitulée pourtant "La vérité". Il y est écrit que des supporters ont fait les poches des victimes. Et que d’autres ont uriné sur les courageux policiers et même frappé certains d'entre eux qui faisaient du bouche-à-bouche aux victimes. Et c’est ainsi que le système s’est progressivement refermé sur les familles des victimes. L’enquête initiale conclura à une mort accidentelle. Et la version de la police sera retenue.

Mais c’était sans compter le combat des familles. Le tournant est arrivé lors du 20eme anniversaire de la tragédie, lorsque le ministre des Sports de l’époque a décidé d’ouvrir les archives pour faire la lumière sur l’affaire. Ce qui a mené au lancement de l’enquête publique il y a deux ans et à sa conclusion hier. L’enquête a permis notamment de jeter la lumière sur la négligence impitoyable de la police, dirigée par un commandant inexpérimenté, relate THE GUARDIAN cité par le Courrier International. Le commandant en question a admis que, s’il avait fermé un tunnel menant aux endroits congestionnés, les décès auraient pu être évités. Il a également reconnu que, au moment où l’encadrement policier du match lui avait été accordé, il était inexpérimenté dans le domaine de la sécurité des matchs de foot. Et pour cause, il avait été promu dix-neuf jours auparavant.

Mais si la vérité a donc enfin été rétablie, le scandale ne s’arrête pas là pour autant. Comme le détaille ce matin le site Arrêt sur Images, le tabloïd anglais THE SUN a provoqué l'indignation de certains confrères pour ne pas avoir mentionné, en Une de son édition d’hier, le verdict du procès innocentant les familles des victimes de ce drame. Une tragédie que THE SUN avait, justement, mis sur le dos des victimes et de leurs familles.

Mardi, le verdict a fait la première page de tous les journaux outre-manche, à l’exception, du SUN mais aussi du TIMES. Les deux journaux en ont, certes, parlé dans leurs colonnes, mais n'y on pas fait référence en Une. THE GUARDIAN précise qu'une photo des familles devant le tribunal apparaissait cependant sur une seconde édition du TIMES ainsi qu'un éditorial, et qu'un article de deux pages présentait les faits dans THE SUN. Sauf que cette absence en première page a soulevé l'indignation sur Twitter où le tabloïd britannique a été le sujet le plus commenté dans la soirée du 26 avril.

Le journaliste sportif du TIMES, lui, s'est excusé auprès de tous ceux qui se sont sentis déçus, reconnaissant « une erreur » et qualifiant même d' « incroyable » ce choix éditorial. En revanche, l’éditorialiste politique du SUN n'a, lui, pas jugé nécessaire de donner d'explication, déclarant simplement au micro de SKY NEWS, que l' « on peut critiquer les choix éditoriaux à propos de ce qui devrait ou ne devrait pas être en Une », mais dans notre journal, s'est-il justifié, « il y a eu deux grandes pages très fournies sur la couverture du procès qui traitent de l'importance cruciale aujourd'hui, pour les familles qui ont souffert, de rétablir la vérité ». Toujours est-il que les familles, elles, ne semblent toujours pas avoir pardonné au tabloïd, peut-on lire toujours sur le site d’Arrêt sur Images : lors d'une conférence de presse, la veille du verdict, elles avaient explicitement demandé à ce qu'aucun membre du SUN ne soit présent.

Par Thomas CLUZEL

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