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A Genève, un homme nettoie le tapis rouge avant l'arrivée des délégations chypriotes grecque et turque, attendues pour l'ouverture des pourparlers de paix.

Enfin un espoir de paix

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Depuis lundi les dirigeants chypriotes grec et turc discutent de l'avenir de l'île, divisée depuis plus de 40 ans. Or malgré l'optimisme ambiant, l'issue des négociations reste incertaine.

A Genève, un homme nettoie le tapis rouge avant l'arrivée des délégations chypriotes grecque et turque, attendues pour l'ouverture des pourparlers de paix.
A Genève, un homme nettoie le tapis rouge avant l'arrivée des délégations chypriotes grecque et turque, attendues pour l'ouverture des pourparlers de paix. Crédits : FABRICE COFFRINI - AFP

Alors que la nouvelle année vient à peine de commencer, peut-être 2017 va-t-elle nous offrir, cette semaine, son premier succès diplomatique. Depuis hier, l'occasion est à nouveau donnée aux Chypriotes, grecs et turcs, de mettre un terme à un conflit vieux de 42 ans et de tourner ainsi, selon la formule consacrée, une page historique. Preuve, d'ailleurs, que cette énième tentative de réunification de l'île est prise très au sérieux, jeudi dernier, à New York, le nouveau patron des Nations unies (Antonio Guterres) a parlé de « chance historique ». « Nous sommes à un moment de vérité », a lancé de son côté le médiateur de l'ONU. Enfin quand le président chypriote grec se dit aujourd'hui « confiant », le chef de la diplomatie turque se déclare, pour sa part « plus optimiste que jamais ». Bref, de l’avis de tous et en dépit de l'échec des dernières discussions (novembre 2016), jamais la paix n'a semblé aussi proche.

Petit rappel, tout d'abord, c'est à l’été 1974 que tout a commencé. En réaction au coup d’État de la junte militaire grecque alors au pouvoir (coup d'État visant à rattacher Chypre à la Grèce), l’armée turque avait décidé d'envahir la partie nord de l'île. Et c'est ainsi que depuis lors coexistent, sur le même territoire, d'un côté la République de Chypre (reconnue internationalement) et de l'autre la République turque de Chypre du Nord (uniquement reconnue par la Turquie).

Hier, les deux délégations se sont à nouveau donné rendez-vous en Suisse. D'où ce titre à la Une le journal grec I KATHIMERINI : C’est l’heure de Chypre à Genève. Trois jours de pourparlers qui devraient se conclure, demain, par un fait majeur, puisque pour la première fois en presque un demi-siècle les deux parties au conflit vont échanger leurs cartes respectives, pour résoudre la question très épineuse des échanges territoriaux qui demeure, bien évidemment, l’un des principaux écueils à un accord de paix.

Mais commençons, tout d’abord, par les notes d’espoir. Assez paradoxalement, l'une des chances de Nicosie, écrit l'éditorialiste du TEMPS de Lausanne, c'est le coup d’État manqué du 15 juillet dernier en Turquie. Pourquoi ? Parce qu’empêtré dans une multitude de problèmes internes, le président Recep Tayyip Erdoğan pourrait être en quête d’un succès de politique étrangère. Et la réunification de Chypre en serait un, indubitablement. Et de fait, en dépit du cap autoritaire et répressif de l’administration Erdoğan (laquelle vient d'ailleurs de lancer, hier, l'examen d'une révision constitutionnelle destinée à renforcer, un peu plus encore, les pouvoirs du président), Ankara a joué un rôle étonnamment constructif dans ce dossier. Car la Turquie a beaucoup à gagner, note le journal de Vienne KURIER. En particulier, un accord avec la République de Chypre ouvrirait automatiquement de nouveaux chapitres dans les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, notamment, ceux relatifs à la circulation des marchandises et à l’union douanière.

Autre point positif, si la sécurité est aujourd'hui au cœur du contentieux, là encore, les fronts semblent bouger, reprend LE TEMPS. La position défendue par les chypriotes turcs est connue : ils plaident pour le maintien de leurs soldats sur l’île (soit 35 000 hommes). C'est d'ailleurs ce que confirme un récent sondage du quotidien GEZICI, duquel il ressort que près de 90% des chypriotes turcs sont en faveur de la présence permanente de leurs soldats, après la mise en place d’une solution. Or voici qu'il y a peu, le président chypriote grec concédait qu’une période de transition, pour le maintien des forces turques, pourrait être envisagée. Quant au ministre grec des Affaires étrangères, il a sa propre idée sur la question. Il plaide pour l’instauration d’une force de police internationale, sous l’égide des Nations unies, et dotée d’un vrai pouvoir coercitif (en vertu du chapitre VII de la Charte de l’ONU).

En revanche, d'autres questions demeurent ultra-sensibles et laissent planer le doute quant à la possibilité de sceller une paix historique. C'est le cas, en particulier, de la question territoriale. Dans l’optique d’une fédération comprenant une entité chypriote grecque et une autre chypriote turque, les négociateurs devront s’entendre sur le pourcentage de territoires qui feront l’objet d’échanges, mais aussi le nombre de déplacés autorisés à retrouver leur lieu de résidence d’avant la crise de 1974. La population turque de l’île représente aujourd'hui 18% du total, mais elle contrôle 36% du territoire. Or Nicosie exige que ce pourcentage soit réduit à 28%, un point sur lequel les négociateurs n'étaient pas parvenus à s'entendre, lors des derniers pourparlers. Par ailleurs, quand Nicosie insiste sur le retour de quelques 80 000 à 90 000 déplacés, les chypriotes turcs parlent, eux, de 70 000.

Et puis il sera aussi question des délimitations maritimes. Actuellement, des traités de délimitation ont été conclus par Nicosie avec le Liban et Israël pour l’exploitation, surtout, du gaz naturel. Pour l’heure, suite à la pression d’Ankara, le Liban n’a pas ratifié le traité. Mais la question sera, à n'en pas douter, sur la table.

Mais plus que tout, l’un des obstacles majeur à une réunification de l'île pourrait être l’opinion publique. Si un accord devait être trouvé à Genève, les habitants des deux parties de l'île devront l'approuver par référendum, prévient le journal hebdomadaire grec O DROMOS. En 2004, un plan de paix onusien avait été accepté par la partie turque mais rejeté, à l'époque, par les Chypriotes grecs. En d'autres termes, note le quotidien chypriote PHILELEFTHEROS repéré par le Courrier International, treize ans plus tard le peuple se retrouve à nouveau sous pression, devant un défi étouffant, avec un agenda des plus serrés et même des menaces parlant d’une dernière chance de réunification. Mais là encore, fort heureusement, les choses pourraient changer, comme en témoigne le grand rassemblement prévu, aujourd'hui, dans la zone tampon, pour exiger que la paix soit enfin conclue.

Par Thomas CLUZEL

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