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Enquête et cocktail multi-fruits.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les suites de l’enquête sur les attentats du 13 novembre, Salah Abdeslam, Mohamed Abdeslam et le Roi des Belges.
Hier déjà, j’évoquais la possibilité selon la chaîne américaine CNN que Salah Abdeslam ait réussi, en dépit de tous les contrôles, à fuir en Syrie. Aucune source officielle n’est venue pour l’heure confirmer cette hypothèse. En revanche, ABC NEWS rapporte également que l'ennemi public numéro 1 aurait contacté la semaine dernière l'un de ses amis via Skype et lui aurait notamment précisé qu'il souhaitait rejoindre la Syrie. Et puis selon le quotidien flamand HET LAATSTE NIEUWS, la baisse du niveau de la menace terroriste à Bruxelles depuis quelques jours pourrait être, justement, liée à des informations sur ce possible départ.

Plus étrange, selon le témoignage de l'un de ses amis au média américain ABC, Salah Abdeslam aurait confié être pris en chasse par les représentants de l'EI. En clair, le fait qu’il ne soit pas passé à l'acte en actionnant sa ceinture d'explosifs pourrait en faire une cible pour Daech. Ce qui, évidemment, ne plaide pas franchement pour un départ en Syrie. Mais à l'inverse, d'autres estiment qu'il pourrait avoir justement pour mission de rentrer en Syrie, pour narguer les services de renseignements européens.

Et puis toujours dans l’épineux dossier des attentats et de ses ramifications en Belgique, un homme semblait jusqu'à présent n'avoir d'autres liens avec ces attaques que d'être le frère de deux des terroristes. Cet homme c'est Mohamed Abdeslam.
Le frère de l'homme le plus recherché d'Europe était apparu sur nos écrans quelques jours seulement après les attentats. Arrêté par la police à Molenbeek où il vit et travaille pour l’administration communale, il avait été rapidement libéré par la juge d’instruction en charge du dossier et se contentait depuis de faire la tournée des plateaux de télévisions, pour non seulement clamer son innocence mais aussi tenter de ramener son frère à la raison en l'appelant à se rendre.

Il faut dire que le jeune homme présente plutôt bien, peut-on lire dans les colonnes de LA DERNIERE HEURE, il s’exprime calmement et donne des gages à la fois de probité et de sincérité. Au moment de son arrestation, nous avions pourtant déjà évoqué des dossiers liés à des stupéfiants et à des vols. Mais rien de bien grave, en somme, précise toujours le journal. Sauf qu’aujourd’hui, nous apprenons que l'homme ne s’est pas rendu coupable de vols anodins. Son nom apparaît, en effet, dans un dossier particulièrement odieux et sordide datant de 2005. Celui du « gang des ambulanciers charognards ». Une véritable filière de détrousseurs de cadavres. Au total, sept ambulanciers avaient avoué avoir dépouillé entre 20 et 30 cadavres. Tout y est passé : effets personnels, bijoux, argent, objets en tous genres. Or parmi les 7 inculpés, se trouvait Mohamed Abdeslam. Il avait alors 18 ans.

Lors des audiences devant le tribunal correctionnel de Bruxelles en 2010, Mohamed Abdeslam avait expliqué au juge : "je suis un voleur, une crapule et un vautour", avant toutefois de préciser que le système avait été mis en place bien avant son arrivée et que d’autres en avaient davantage profité que lui. Toujours est-il que la justice a été relativement clémente avec ces charognards, puisque Abdeslam n’a pris que deux ans avec sursis. Désormais et pour se défendre, l'homme dit ne pas comprendre l'intérêt qui se porte sur son passé judiciaire et sur des faits qui datent de plus de 10 ans. C'est une époque où "je ne réfléchissais pas trop", s'est-il justifié.

Quoi qu'il en soit et s'agissant des questions de plus en plus nombreuses qui se posent depuis ces attentats autour des possibles failles du système judiciaire, l'une concerne tout particulièrement le fameux "mandat d'arrêt international".
La question est désormais récurrente : comment peut-on faire l’objet d’un mandat d’arrêt international et réussir à s'enfuir ou à l'inverse, s'agissant par exemple d’Abdelhamid Abaaoud (le coordinateur des attentats) ou de Samy Amimour (l'un des terroristes du Bataclan), à parvenir à rentrer en France pour y perpétrer des attentats ? C'est vrai que quand on lit «mandat d’arrêt international»on imagine facilement des pancartes «WANTED» collées partout et une armée de policiers à la poursuite des criminels aux quatre coins du monde. Sauf que lorsqu’on regarde les véritables procédures, précise le magazine SLATE, on se rend compte que cette expression est un abus de langage, qui n’existe pas en tant que tel dans le champ juridique.

Derrière cette expression se cache, en réalité, une demande d’extradition assez classique, qui permet à un État de demander à d’autres pays qu’on lui livre la personne visée par ce mandat, pour peu qu’on sache bien entendu où elle se trouve et surtout que la coopération entre eux soit optimale. Or rien ne garantit une collaboration entre les deux États : tout dépendra d’abord de leurs relations diplomatiques, mais aussi des conventions internationales qu’elles ont mises en place et enfin des procédures judiciaires souvent différentes. Et puis dernière précision du magazine, Interpol, dont le rôle est de comptabiliser les personnes recherchées pour des faits graves et de diffuser les informations les concernant, ne peut pas forcer les pays à agir, ni envoyer ses propres agents.

Enfin quitte à s'interroger, là encore, sur le fait de savoir si parfois on ne se moquerait pas un peu de nous, direction la Belgique.
C'était les 21 et 22 novembre dernier, tout le pays était sur les dents. Le niveau d'alerte 4 à Bruxelles signifiait que la menace d'attentat était réelle et imminente. Les écoles et le métro étaient fermés. La police et l'armée s'étaient emparées des rues. Et tout le royaume se demandait alors où avait bien pu passer son bon roi. L’hebdomadaire LE VIF s'était même interrogé : le roi a-t-il pris la fuite ?

Le Roi Philippe en thalassothérapie.
Le Roi Philippe en thalassothérapie. Crédits : Rtl.be

La semaine dernière, le journal flamand HET NIEUWSBLAD avait finalement levé une partie du voile en indiquant que lui et son épouse étaient en Bretagne. En réalité, précise ce matin LE CANARD ENCHAINE, le couple royal s'offrait plus exactement une petite cure de thalasso à Quiberon. Le journal qui publie d’ailleurs une photo du souverain en peignoir de bain et sirotant un cocktail multi-fruit.

Par Thomas CLUZEL

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