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Un ballon de foot géant suspendu sous la Tour Eiffel

Entre la fête et la peur

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Au premier jour de l'Euro-2016, la grogne sociale et la menace terroriste vont-elle gâcher "la fête" ?

Un ballon de foot géant suspendu sous la Tour Eiffel
Un ballon de foot géant suspendu sous la Tour Eiffel Crédits : Pawel Kopczynski

Depuis hier, les télévisions du monde entier ont commencé à diffuser les mêmes images en boucle pour illustrer l’envers de l’Euro de foot qui s’ouvre ce soir à Paris : celles des poubelles remplies à ras bord dans une capitale aux allures de ville déchets davantage que de ville lumière. Multipliant les actions coups de poing, les syndicalistes en lutte contre la loi travail ont trouvé là une nouvelle arme, écrit le correspondant du TEMPS de Lausanne : le chantage à l’image touristique. Sans compter que la CGT, comme cela est habituel en France écrit encore le journal, surfe également sur la convergence des mécontentements. Trois points noirs, en particulier, ont de quoi inquiéter : l’approvisionnement en électricité que les débrayages dans les centrales pourraient affecter ; la circulation des trains convoyant les supporteurs d’une métropole à l’autre ; et les liaisons aériennes qui seront affectées, entre demain et mardi prochain, par une grève des pilotes d’Air France.

Vous l'aurez compris, le tableau est apocalyptique, ainsi que le dépeignait, d'ailleurs, encore récemment le correspondant du FINANCIAL TIMES dans un long reportage dans chacune des dix villes françaises qui s’apprêtent à accueillir l’Euro et intitulé : balade dans une France déchirée, les divisions qui cisaillent la France.

Et si l'on ajoute aux convulsions sociales, la menace terroriste, c'est donc la peur d’un Euro de foot gâché qui inquiète, désormais, nos voisins étrangers. Dans ce scénario du pire, c’est probablement le quotidien flamand DE MORGEN, repéré par le Courrier International, qui se montre le plus catastrophiste. Supporters ou visiteurs étrangers, préparez-vous : l’Euro 2016 pourrait bien virer au chaos. Et le journal, pour commencer, d’imaginer l’inimaginable, en l’occurrence, qu’à l’occasion du coup d’envoi ce soir au Stade de France les tribunes restent vides. Et pourquoi ? Au prétexte que les supporters absents se seront retrouvés coincés à l’autre bout de Paris, devant des stations de métro fermées en raison d’une grève de la RATP, ou quelque part dans les embouteillages sur le périphérique, bloqués par des chauffeurs de poids lourds furieux. A lire le quotidien, on sentirait presque la jubilation du journaliste à envisager le pire. Ainsi, au même moment où les uns seraient bloqués par les grévistes, les autres resteront coincés, dit-il, derrière des barrages policiers aux abords du stade, pour peu que des chiens de patrouille aient découvert un colis suspect. Or le service de déminage mettra du temps à arriver sur place. Pourquoi ? Parce que très sollicité, il manque aujourd'hui d’effectifs. Mais ça n’est pas tout, car à force d’être déployés, les agents de police sont également épuisés. C’est même, cette fois-ci, un spécialiste français des questions de sécurité qui l’assure dans les colonnes du journal : « la plupart des agents n’ont pas pu récupérer un seul jour depuis les attentats du 13 novembre", dit-il. "Ils sont donc extrêmement nerveux. Et nous risquons des accidents. Parce qu’il se peut qu’ils réagissent trop lentement, ou au contraire trop vite, à une menace supposée ».

Davantage que les perturbations dans les transports ou les mauvaises odeurs suintant des poubelles, c'est le risque terroriste qui suscite la peur de nos voisins

L’arrestation récemment d'un Français en Ukraine, qui projetait de commettre 15 attentats pendant l’Euro 2016, a renforcé le climat d’insécurité. Une semaine plus tôt, un événement qui s’est pourtant produit à des milliers de kilomètres de la France avait déjà assombri le tableau : l’attaque par des hommes armés d’un café de la petite ville irakienne de Balad, où les supporteurs locaux du Real Madrid ont l’habitude de se retrouver. Bilan de ces attaques revendiquées par le groupe État islamique : seize morts. Enfin n'oublions pas que lorsque le coup d’envoi du match sera donné ce soir, au Stade de France à Saint-Denis, une autre image sera dans toutes les têtes : celle de cette nuit tragique du 13 novembre et des trois explosions qui constituèrent le coup d’envoi de la plus terrible attaque terroriste jamais commise dans l’hexagone. Tour à tour, le président François Hollande et son premier ministre Manuel Valls l'ont confirmé ces jours-ci : la menace demeure au plus haut. Elle serait même plus importante que pour n’importe quel autre événement sportif dans l’histoire, confie dans les colonnes du GUARDIAN, Richard Walton, l'homme qui a dirigé les opérations antiterroristes pendant les JO de 2012 à Londres. Mais pis encore, l’état-major français lui-même serait loin d’être unanime sur la débauche de moyens militaires censée contrer la menace, un déploiement, écrit THE WASHINGTON POST, que beaucoup considèrent comme un moyen coûteux et peu efficace de rassurer les civils et les touristes.

L’enjeu de cette compétition dépasse aujourd'hui largement le ballon rond. Et pourtant, dans ce contexte, le football reste primordial

En cette période troublée, nombreux sont ceux à juger le foot comme secondaire. Mais au contraire, rétorque THE TIMES, l’Euro est justement l’occasion pour la France de montrer le meilleur d'elle-même. Toujours en proie à de sérieuses menaces terroristes et exposée à la risée du monde entier, si les grèves perturbent la compétition, la France qui craque a cruellement besoin aujourd'hui d’une trêve et d’un moment de consensus. Or quel meilleur remède que le foot, sport populaire et phénomène social, pour recoudre ponctuellement les plaies d’un pays ?, interroge à son tour LE TEMPS. On a vu, dans un autre registre, ce que la réussite de la grande conférence sur le climat COP 21 avait comporté de vertus rassurantes. La France était alors déjà une cible. Mais le fait de ne rien annuler et d’accueillir plus de 180 chefs d’État ou de gouvernement, puis d’arracher un accord jugé crédible, s’est quand même avéré un puissant symbole. Bien sûr, l’affaire est différente avec cet Euro de foot. Personne n’ira blâmer le président Hollande en cas de défaite prématurée des «Bleus». En revanche, on voit bien l’importance de la séquence qui s’ouvre à partir d'aujourd'hui. Un Euro réussi, sans accroc sécuritaire majeur, sans chaos logistique et surtout sans attentats, démontrera que face à l’obstacle, notre voisin, la France, pays le plus visité au monde, reste encore capable de s’unir et de produire le meilleur des spectacles.

Par Thomas CLUZEL

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