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La chancelière allemande Angela Merkel

Ethique de la responsabilité contre éthique de la conviction

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les quotas de réfugiés au sein de l’UE, Merkel en chute dans les sondages, la burka en Suisse, le burkini en France.

La chancelière allemande Angela Merkel
La chancelière allemande Angela Merkel Crédits : Stefanie Loos - Reuters

Le coup de gueule d'Angela Merkel

Fidèle à sa réputation de femme à poigne, "Mutta" Merkel n'est pas contente. Et "Maman" le fait savoir. Dans un entretien à la télévision publique allemande ARD, la chancelière a jugé inacceptable, hier, que certains pays de l'Union européenne refusent d'accueillir des réfugiés, au prétexte qu'ils sont musulmans. S'agissant, notamment, de sa proposition d'introduire des quotas de répartition de réfugiés au sein de l'UE, Angela Merkel estime que chacun doit aujourd'hui prendre sa part.

Or c'est peu de dire que sur ce point, la chancelière a en effet du mal à se faire entendre. Et pourtant, toute la semaine dernière, Angela avait fait le job. Enchaînant les visites, elle avait pris sur elle, pour tenter de convaincre et surtout écouter ses partenaires. L'occasion de lisser quelque peu son image de super commandante de l'Europe, note DIE WELT, quitte à essuyer les critiques et braver les manifestations à son encontre. Mais rien n'y fait. Depuis sa décision, il y a tout juste un an, d'ouvrir son pays aux demandeurs d'asile, de nombreux États européens, en particulier à l'Est, estiment que la chancelière a créé un véritable appel d'air migratoire. Et si Angela Merkel doit faire face aujourd'hui à la contestation des opposants à sa politique en matière de réfugiés s'est, d'abord, en raison de l’arrogance avec laquelle la chancelière a imposé ces quotas de répartition, peut-on lire sur le portail d'information tchèque ECHO24.

Sans compter que les pays d'Europe Centrale et Orientale ne pouvant que constater à présent les problèmes rencontrés par leurs voisins occidentaux, n'ont aucune envie de les importer chez eux, note de son côté le quotidien conservateur espagnol ABC. En clair, Merkel doit se rendre à l’évidence : dans sa majorité, l’Europe refuse d’accepter les migrants qui ne montrent pas la volonté de s’intégrer et dont les valeurs ne sont pas compatibles avec celles d’une société démocratique. Et l'éditorialiste de préciser encore, par volonté de survie nationale, dit-il, l’Europe de l’Est est résolue à ne pas subir le même sort.

La contestation ne semble pas se limiter aux voisins européens

A en croire le sondage diffusé hier par le BILD, la moitié des allemands interrogés estiment, en effet, que dans la perspective des élections législatives l'an prochain, l’actuelle chancelière ne devrait pas effectuer de quatrième mandat. A l'inverse, 42% se disent en faveur de sa reconduction. Un chiffre qui reste, c'est vrai, assez élevé, et qui ferait même pâlir d'envie l'exécutif français. Reste que ce chiffre est en baisse puisque lors de la dernière édition de cette enquête, en novembre dernier, ils étaient 45% à se dire favorables à un nouveau mandat. Et puis toujours selon ce sondage, la chancelière peut compter, en revanche, sur les électeurs de son propre camp : 70% des sympathisants du parti démocrate chrétien souhaitent qu’elle reste en poste.

Reste que ce que toute la presse retient, ce matin, c'est que la chancelière fait face à une chute de sa popularité, due notamment à sa généreuse politique d'accueil des migrants. Les diverses attaques sanglantes subies par l’Allemagne au mois de juillet, dont deux revendiquées par l'organisation terroriste État islamique, ont égratigné sa politique.

Pour l'heure, la femme la plus puissante de la planète, ainsi que la qualifie le journal tchèque HOSPODARSKE NOVINY, n'a pas encore décidé si elle rempilerait pour un quatrième mandat. Interrogée à ce sujet dans une interview publiée la semaine dernière par plusieurs journaux régionaux, elle s'était contentée de déclarer : "Je m'exprimerai à ce sujet le moment venu". Toujours est-il que cet effondrement dans sondages, à un an des législatives, sème la panique dans les rangs de la CDU. Nombre de députés, inquiets pour leur siège réclament un changement de ligne. Et c'est ainsi qu'il y a quelques jours, les dirigeants du parti d'Angela Merkel, se sont prononcés en faveur d'une interdiction du voile islamique à l'école.

L’irruption de cette question est symptomatique d’un débat de société plus large sur la nouvelle donne religieuse

En Suisse, notamment, le débat fait rage actuellement sur l'interdiction ou non du voile intégral, nous apprend LE TEMPS. Et l'homme qui se prépare a lancé une initiative populaire sur la question n'est pas classé à droite de la droite, puisque c'est un ministre socialiste, responsable de la Sécurité. Or il est rare que l’on entende à gauche pareil discours. Parce qu'en l’espèce, écrit l'éditorialiste, la gauche nous a plutôt habitués à un discours relativiste et multi culturaliste. Pareille prise de position marque donc un tournant considérable aujourd’hui dans le paysage mental de ce pays. Ou quand l'on voit s’affronter ce que le sociologue allemand Max Weber appelait l’éthique de la responsabilité contre l’éthique de la conviction.

La formule pourrait encore s'appliquer en France

Vendredi, le conseil d’État a suspendu l’un des arrêtés municipaux interdisant le port du burkini. Les policiers français vont ainsi pouvoir interrompre leur chasse à la tenue de bain islamique sur les plages, écrit encore le journal de Lausanne. Sauf que cette trêve n’empêche pas l’incendie politique de continuer à se propager. Même si la décision de la plus haute juridiction française redit le droit, cette suspension ne clôt pas complètement la controverse devenue une affaire d’État, à la stupéfaction, d'ailleurs, de nombreux observateurs étrangers. Le premier ministre Canadien Justin Trudeau, en particulier, s’est publiquement étonné de cette polémique, au moment où la célèbre police montée de son pays vient tout juste d’accepter le port du voile pour les recrues féminines musulmanes. D'où ce commentaire de l'hebdomadaire tunisien REALITES : alors qu’un débat stérile aux allures d’islamophobie déguisée fait rage aujourd’hui en France, dit-il, le Canada, une fois encore, montre l’exemple en matière de tolérance.

Par Thomas CLUZEL

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