LE DIRECT

Europe : l'heure n'est pas à la fête.

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les élections en Grèce et la politique de moins en moins sociale de l’Allemagne envers les réfugiés.
Et ce matin l'Europe, un cas désespéré.
Alors que les Grecs sont appelés à se rendre aux urnes dimanche, pour la troisième fois en moins de 8 mois, deux options se présentent à eux, note le quotidien économique de Londres FINANCIAL TIMES. La première, c'est un gouvernement mené par Syriza, dans lequel le parti dominant doit coopérer avec des partenaires de coalition qu'il n'apprécie pas, dans le but de mettre en œuvre un programme de réforme imposé de l'étranger et qu'il apprécie encore moins. Et puis la seconde option, c'est un gouvernement sous l'égide du parti conservateur, cette fois-ci, Nea Dimokratia, formé par les partis majoritairement responsables du désastre initial et qui se sont avérés quasi incapables d'y remédier.

A woman watches a live televised debate between Former primer minister and leftist Syriza party leader Alexis Tsipras and the co
A woman watches a live televised debate between Former primer minister and leftist Syriza party leader Alexis Tsipras and the co Crédits : Paul Hanna - Reuters

Voilà pourquoi, ceux qui pensent que les élections de ce week-end accoucheront d'un gouvernement fort et d'une politique économique claire seront déçus, prévient aussitôt son confrère d'Helsinki SANOMAT. Il pourrait théoriquement y avoir une solide majorité en Grèce, si les deux partis dominants formaient une coalition. Mais la droite et l'extrême gauche sont tellement éloignées l'une de l'autre en Grèce qu'il sera impossible de jeter des ponts. En d'autres termes, craint le journal, le risque c'est qu'aucun des deux partis ne se retrouve dimanche soir en position de force. Ce qui pourrait signifier de nouvelles élections anticipées.

Et puis une pagaille politique après les élections se doublerait également d'un risque pour l'économie. Et pourquoi ? Réponse du journal de Stockholm DAGENS NYHETER. Parce qu'un contrôle des réformes, prévues par le programme de sauvetage, a été arrêté pour le mois d'octobre. Ce qui signifie que l'on part du principe qu'à cette date, les lois auront été votées. Or rien n'est moins sûr. D'où la conclusion du journal qui parle, en effet, de la Grèce comme d'un cas désespéré.

Et ça n'est à l'évidence pas le seul cas en Europe.
Non, celui de l'Allemagne en l'occurrence est même désespérant. Voilà plusieurs jours que la presse se penche tout particulièrement sur le programme d'austérité que compte présenter le ministre des Finances. Jusqu'à présent, ce dernier avait évité de monter les migrants contre les familles et les demandeurs d'asile contre les chômeurs. Mais ce temps semble révolu. Et le message est clair : l'Allemagne doit se préparer à des temps difficiles. C'est en tous les cas ce que laisse entendre très clairement la FRANKFURTER RUNDSCHAU : la piscine va devoir fermer, parce que la commune ne peut plus financer son entretien. Et la construction de la crèche a du retard, parce que l'Etat a besoin de l'argent pour les Syriens.

German Finance Minister Wolfgang Schaeuble.
German Finance Minister Wolfgang Schaeuble. Crédits : Stefanie Loos - Reuters

Autre décision qui ne va pas franchement dans le sens des migrants, celle de la Cour européenne de justice, selon laquelle un pays de l'Union Européenne et en l'occurrence l'Allemagne, n'a pas à verser de prestations sociales à des demandeurs d'emploi venus d'un autre Etat membre. C'est en effet ce qu'a décidé cette semaine la Cour de justice de l'UE, rejetant ainsi la plainte d'une Suédoise contre l'Allemagne. Un camouflet pour tous ceux qui viennent en Allemagne pour vivre et travailler, se désole notamment le NEUES DEUTSCHLAND avant d'ajouter : une Union Européenne qui prive ainsi ses citoyens du minimum vital, n'a pas le droit de se dire sociale.

Même analyse chez son confrère de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. L'Allemagne, écrit le journal, veut clairement éviter d'éveiller de vains espoirs, susceptibles d'inciter les migrants à venir profiter du système social. Or rien ne confirme l'amorce d'un tel phénomène. Les Roumains par exemple, que certains associent volontiers à cette accusation de parasitisme social, s'intègrent remarquablement bien dans le marché du travail. Le solde devrait s'avérer positif à long terme, même pour les caisses sociales. Et le journal de Munich d'en conclure : la décision de l'Allemagne de priver du minimum vital les demandeurs d'emploi, munis d'un permis de séjour légal, constitue une atteinte à la dignité humaine.

Et que dire encore de la décision des autorités de séparer les réfugiés des visiteurs de l'Oktoberfest ?
A la veille du coup d'envoi de la célèbre Fête de la bière de Munich, où sont attendus cette année plus de six millions de visiteurs, la mairie de la capitale de la Bavière est sur le qui-vive. Et pourquoi ? Parce qu'elle craint que cette arrivée massive de touristes dans la ville ne vienne ajouter au chaos qui règne déjà dans la gare centrale, où 20.000 réfugiés sont arrivés ces derniers jours et où d'autres milliers de demandeurs d'asile pourraient être attendus ce week-end, rapporte l'hebdomadaire FOCUS.

Models wear traditional Bavarian costumes as they hold the official Oktoberfest beer mug.
Models wear traditional Bavarian costumes as they hold the official Oktoberfest beer mug. Crédits : Lukas Barth - Reuters

Les autorités prévoient donc de séparer les touristes des réfugiés, dès leur arrivée en gare, explique son confrère SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, cité par le magazine Slate : ceux qui veulent se rendre à la fête quitteront la gare en empruntant la sortie sud. En revanche, l'accompagnement des réfugiés se fera par la sortie nord. Alors la municipalité explique que le problème n'est pas tant d'éviter que les visiteurs de l'Oktoberfest et les réfugiés se croisent, mais qu'il s'agit plus d'un pur problème de foule. Reste que le ministre de l'Intérieur en a quand même rajouté une couche, avec un argument de premier choix. Jugez plutôt : les demandeurs d'asile issus en particulier de pays musulmans ne sont pas habitués à croiser des personnes massivement alcoolisées. D'où de très nombreuses critiques qui fusent à présent sur Twitter, réunies sous le hashtag #Oktoberfestung, un jeu de mots entre «Oktoberfest» et «Festung», qui signifie «forteresse». Quant à l'éditorialiste du quotidien berlinois DER TAGESSPIEGEL, il s'interroge : pourquoi ne pas fermer les frontières pendant l'Oktoberfest ? Avant de préciser : Quoi ? C'est déjà fait ? Et d'en conclure : comme quoi, la politique s'avère parfois être si facile. Ou désespérante.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......