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Électrice en Bolivie

Evo Moralès face à une première déroute électorale en Bolivie

5 min

Chaque matin, l'actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd'hui: la presse hispanophone commente l'échec annoncé du référendum de dimanche en Bolivie. Evo Moralès soumettait à la population bolivienne une modification de la Constitution pour pouvoir briguer un 4e mandat.

Électrice en Bolivie
Électrice en Bolivie Crédits : EPA/MAXPPP

Evo Moralès, c'est déjà le président en exercice qui détient le record de longévité en Amérique du Sud. Il est au pouvoir depuis 2006 avec son parti, le MAS, le _Movimiento al Socialismo, _et s'il arrivait à se faire réélire il pourrait diriger la Bolivie jusqu'en 2025.

Sauf que... c'est plutôt très mal parti, s'accordent à dire ce matin la presse hispanophone: pas encore de résultat officiel pour ce scrutin, mais comme le constate El Pais, le comptage des votes tend à confirmer la victoire du NON. Ce référendum, nous dit-on, il achève de diviser le pays dans son ensemble. Avec 75% des bulletins dépouillés, selon des données partielles du Tribunal Suprême Électoral, le NON l'emporte à 55%.

Le journal bolivien La Patria retranscrit les déclarations... un peu embêtées, du vice-président Garcia Linera... Alors que l'opposition fêtait déjà la victoire du Non dans la rue... il expliquait qu'il y avait ballottage, qu'il était trop tôt pour déclarer un résultat officiel, que les résultats partiels brandis par les journaux d'opposition pouvaient comporter une marge d'erreur, et que d'ailleurs il ne serait pas surprenant que les scores s'inversent dans les résultats définitifs. Les décomptes partiels publiés hier ne comprendraient pas les votes de l'étranger mais surtout ceux des régions rurales, celles qui sont massivement "anti-impérialistes" et qui soutiennent donc Evo Morales.

Dans tous les cas, le camp présidentiel l'assure dans El Pais... "nous avons toujours respecté la démocratie, nous respecterons le résultat final quel qu'il soit"... résultat final et officiel, qui sera publié au plus tard dimanche prochain.

Ça n'empêche pas d'ores et déjà les analystes politiques de commenter le "triomphe du Non"

"La première déroute électorale d'Evo Moralès", pour la Patria... Défaite personnelle, pour celui qui avait été réélu en 2014 avec 60% des suffrages. Car ce qui était en jeu dimanche, c'était bien la possibilité pour lui de rester un quatrième mandat au pouvoir. Le quotidien de La Paz constate aussi que déjà 10 ans de Moralès au pouvoir ont renforcé la bipolarisation du paysage politique bolivien, avec des grandes villes qui plébiscitent l'opposition et des campagnes qui soutiennent toujours le Movimiento al Socialismo.

"Les villes ne nous aiment pas beaucoup", c'est Moralès lui-même qui livrait cet euphémisme hier, pendant une très rapide conférence de presse, avant de dénoncer la campagne calomnieuse, diffamatoire qui lui avait été opposée ces dernières semaines. En l'occurence, des accusations de trafic d'influence, autour d'une ancienne compagne du président bolivien: passée dans le privé, et donc la société chinoise a obtenu ces dernières années pour plus de 500 millions de dollars de contrats avec l'Etat.

Une cabale, un "montage de l'ambassade des Etats-Unis". voilà comment le chef de l'Etat bolivien commentait ce scandale dans les colonnes d'El Pais peu avant le référendum. Dans le Guardian, il poursuit: "nous sonmmes anti-libéraux, anti-capitalistes, anti-impérialistes. Cette bataille-là, nous ne l'abandonnerons jamais, que ce soit le OUI ou le NON qui l'emporte".

La presse américaine n'est pas la plus critique envers Evo Moralès

Le New York Times, par exemple, lui reconnait le mérite d'avoir rendu possible un véritable boom économique, dans son pays, à son arrivée au pouvoir il y a dix ans. Le PIB par habitant a augmenté d'un tiers, la manne des hydrocarbures a été mieux partagée, la majorité indigène a pu relever la tête et on a même vu apparaitre une nouvelle classe moyenne issue des peuples andins. Mais depuis un an et demi cet âge d'or semble passé... et aujourd'hui, selon le dirigeant d'un think-tank américain cité par le New York  Times, les boliviens "disent à Moralès que tout ça ce n'est pas assez, qu'ils ils veulent une gouvernance plus transparente, plus responsable, et plus compétitif".

Et de rappeler que la corruption est endémique dans la Justice, que la liberté de la presse eest régulièrement baffouée avec des journaux d'opposition poursuivis, des journalistes d'opposition ou des militants écologistes harcelés par des proches du pouvoir.

Evo Moralès, lui, fait savoir que quoi qu'il arrive, il ne s'accrochera pas au pouvoir, qu'il est prêt à quitter la présidence en 2020 s'il le faut... Lui qui été le premier président améridien de la Bolivie, et qui a depuis battu le record de longévité à la tête du pays, retournera heureux et content chez lui... Il s'imagine bien retravailler dans les plantations de feuille de coca... ou alors diriger un club sportif... Le Miami Herald anticipe cette reconversion et le surnomme déjà "coach Evo"!

Par Camille MAGNARD

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