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Gianni Infantino, Président de la Fédération Internationale de Football (FIFA)

Football, quand tout change pour que rien ne change

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : La Fédération internationale de football (FIFA) a adopté hier, à l'unanimité, le passage de 32 à 48 équipes, dès la Coupe du monde 2026.

Gianni Infantino, Président de la Fédération Internationale de Football (FIFA)
Gianni Infantino, Président de la Fédération Internationale de Football (FIFA) Crédits : MICHAEL BUHOLZER - AFP

C'est officiel depuis hier, en 2026, la Coupe du monde de foot se jouera à 48 équipes, au lieu de 32 jusqu'à présent. Mardi, la FIFA (la Fédération internationale de football) a voté, à l'unanimité, cette réforme de la compétition. Les huit groupes de quatre équipes (jusqu’alors en vigueur) deviendront 16 groupes de trois. Mais surtout, chacun des 5 continents représentés se verra ainsi offrir le droit d'envoyer davantage de figurants à la grande fête du ballon rond. Au total, un quart des nations de la planète pourra désormais participer à ce tournoi, dans lequel jouer dans un groupe P deviendra possible, se moque déjà le quotidien de Londres THE INDEPENDENT.

Pour tous les fans de foot, dont le ventre n’est jamais assez plein de pizzas mais surtout de ballons à damier, cette mini révolution est une bonne nouvelle, précise l’éditorialiste du CHRISITAN SCIENCE MONITOR : comprenez, ils pourront passer davantage de temps encore devant leur poste de télévision à se gaver de 16 matchs supplémentaires (80 au total contre 64 actuellement). Reste à savoir, en revanche, si le spectacle, lui, sera garanti ? Et sur ce point, le quotidien de Londres adresse d'ores et déjà un carton rouge à la FIFA. Selon THE INDEPENDENT, cité par le Courrier International, l’élargissement de la compétition conduira inévitablement à la dénaturation complète et la perte de prestige de la Coupe du monde. Ce nouveau format fait perdre le sens, dit-il, de ce que devrait précisément être une phase finale, c'est-à-dire la réunion des meilleurs.

Et de fait, c'est vrai que la Coupe du monde reste, pour l'essentiel, une affaire entre l'Europe d'un côté et l'Amérique du sud de l'autre. Depuis la première édition de la compétition, en 1930 rappelle LE TEMPS de Lausanne, les deux confédérations (Europe et Amérique du Sud) totalisent à elles seules 100% des titres et 100% des finalistes. Dès-lors, la question se pose : une Coupe du monde à 48 fait-elle sens ? Ne va-t-elle pas rendre les campagnes de qualification encore plus fastidieuses ? Et surtout, sera-t-elle réellement intéressante avant les 16èmes de finale ? Face à toutes ces questions, la FIFA avance aujourd'hui l'exemple du récent Euro 2016 passé de 16 à 24 équipes (grâce à la réforme initiée par l'ex secrétaire général de l'UEFA et actuel président … de la FIFA). De fait, ce nouvel Euro a été revivifié, notamment, par la fraîcheur et l'enthousiasme de nouveaux pays, tels que le Pays de Galles et l'Islande. Sauf que c'est oublier un peu vite que ces deux pays se seraient également qualifiés dans l'ancien format à 16 équipes et qu'ils ont promu un jeu essentiellement défensif. Car en football, précise toujours le journal, il est toujours plus facile de défendre que de construire. C'est ainsi que, même face à plus fortes qu'elle, une équipe bien organisée peut résister longtemps dans la compétition.

Pour autant, force est de constater que le monde change et que l'équilibre des forces, justement, est en train de basculer. De nouvelles puissances émergent, en particulier, en Chine, en Australie ou bien encore aux Etats-Unis. Mais là, en réalité, où l'équilibre des forces a véritablement changé, c'est dans le financement du football européen, devenu essentiellement asiatique (par le « sponsoring » de maillots, le « naming » de stades ou le rachat pur et simple de clubs). Sans oublier les audiences qui sont, elles aussi, de plus en plus mondialisées. D'où cette critique largement entendu depuis hier : A la FIFA plus qu'ailleurs, l'argent est le nerf de la guerre. Ou dit autrement, reprend THE INDEPENDENT, la vénale FIFA place désormais les revenus au-dessus du prestige. Car plus de pays participants, cela veut dire automatiquement plus de retransmissions télé et donc plus de publicités. Or la FIFA tire ses revenus, justement, de la vente des droits de diffusion audiovisuels et des droits de commercialisation. En d'autres termes, si pour l’heure une participation de la Chine ou de l’Inde, notamment, revêt un intérêt sportif limité, en revanche, le business, lui, devrait y trouver son compte. Un rapport de la FIFA, rendu partiellement public avant le vote, estime d'ores et déjà à 640 millions de dollars les recettes supplémentaires liées à cet élargissement de la compétition. Les revenus des droits de télévision progresseraient également de 500 millions de dollars et ceux du marketing de près de 380 millions. En ce sens, il n’y a donc aucun doute à avoir sur les motivations économiques de cette réforme.

Problème, ce système de financement est aussi en grande partie à l'origine de la corruption qui a gangrené l'organisation, rappelle le magazine FORBES. Entre 2011 et 2014, par exemple, la FIFA a tiré 70 % de ses 5,7 milliards de dollars de revenus de la vente des droits de diffusion et de commercialisation de la Coupe du monde 2014. Dans les faits, l’organisation vend ces droits à des entreprises liées au sport, qui servent ensuite d’intermédiaire pour négocier et organiser la vente des droits aux réseaux de diffusion. Sauf que ce procédé a été largement dévoyé avec le détournement de millions de dollars qui finissaient, bien souvent, dans les poches des officiels (notamment de la FIFA).

Enfin outre l’objectif économique, n’oublions pas les visées électoralistes, également, d’une telle révolution. En l’occurrence, THE INDEPENDENT n’a pas de doute sur la volonté de Gianni Infantino, l'actuel président de la Fifa, de briguer un nouveau mandat en 2019. Et quoi de mieux, pour cela, que d'offrir à ses chers électeurs la chance historique de participer enfin à la Coupe du monde en leur ouvrant, plus largement encore, les portes de la plus prestigieuse des compétitions ? Et le journal d'en conclure : Quand Gianni Infantino trafique, les gestionnaires, eux, se réjouissent. Et au final, c'est le football international qui retourne aux vestiaires.

Par Thomas CLUZEL

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