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Le président nord-coréen Kim Jung-un à la télévision

Game of Thrones à la Une de l’actualité

5 min
À retrouver dans l'émission

La Corée du Nord a tiré un missile balistique depuis l'ouest du pays en direction de la mer du Japon, à quelques jours du sommet du G20 à Hambourg.

Le président nord-coréen Kim Jung-un à la télévision
Le président nord-coréen Kim Jung-un à la télévision Crédits : TAKUYA MATSUMOTO / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN - AFP

A première vue, la photo semble totalement décalée. Les couleurs saturées, la mise en scène, le décor, rien dans cet univers hétéroclite, cette esthétique ultra soignée, chargée de références à la fois à la Renaissance et aux natures mortes ne correspond, en réalité, au cadre original de la série médiévale et fantastique. Restent, toutefois, les détails. Et, en particulier, ce couteau posé au centre de la table, entre un crâne et un sablier, suggérant combien tout ne sera qu'une question de temps avant que chacun, convaincu que tel est son destin, ne se décide à rompre la trêve et frapper l'autre, pour prendre le pouvoir. À l’approche du lancement de la saison 7 de la série "Game of Thrones", le magazine américain TIME, qui ne pouvait échapper au phénomène audiovisuel de la décennie, a ainsi dévoilé la couverture de son numéro à paraître lundi prochain, avec ce titre élogieux : comment ils ont réussi à faire la série la plus populaire au monde ?

Si je vous parle ce matin de "Game of Thrones", c'est parce qu'à lire la presse internationale on se demande, parfois, si la réalité ne finit pas par dépasser la fiction. C'est ainsi, par exemple, que cette nuit on a appris que la Corée du Nord avait procédé à un nouveau tir de missile balistique. Evidemment, ça n'est jamais qu'un tir de plus, diront certains. En un an, relève en particulier THE WASHINGTON POST, Kim Jung-un aura lancé plus de missiles que son père en 17 ans de pouvoir. Et même si les analystes ont des doutes sur la capacité de la Corée du Nord à miniaturiser une tête nucléaire pour la monter sur un missile, même si aucun ne pense réellement que Pyongyang maîtrise aujourd'hui la technologie nécessaire à un missile intercontinental, cette frénésie de la part du régime nord-coréen témoigne bel et bien de sa détermination à développer des missiles de longue portée capables, notamment, d'atteindre les Etats-Unis. Et, d'ailleurs, il n'aura échappé à personne que cette nouvelle provocation intervient un 4 juillet, jour de fête nationale aux Etats-Unis, mais aussi quelques jours après un premier sommet entre les présidents américain et sud-coréen consacré à la menace nord-coréenne et, enfin, à quelques jours d'un autre sommet, celui du G20, au cours duquel Washington, la Chine, la Corée du Sud et le Japon ne manqueront pas d'aborder, à nouveau, ce dossier.

Aussitôt après ce tir, le président Donald Trump a, lui, réagi sur son canal favori : Twitter. « Ce type n'a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ? », a notamment lancé le président américain avant d'ajouter : « Peut-être que la Chine va faire un geste fort au sujet de la Corée du Nord et mettre fin à cette absurdité une bonne fois pour toutes! » Le problème c'est que l'administration de Washington a pris, la semaine dernière, plusieurs initiatives susceptibles de provoquer la colère de Pékin, notamment, en plaçant la Chine sur sa liste noire du trafic d'êtres humains (au même rang que la Syrie ou la Corée du Nord), mais aussi en annonçant pour la première fois des sanctions contre une banque chinoise (Bank of Dandong) accusée d'avoir facilité des transactions au profit de compagnies impliquées dans le développement de missiles balistiques nord-coréens. Enfin, dimanche, pour la deuxième fois depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, note le magazine NEWSWEEK, Washington a de nouveau bravé Pékin lorsqu'un de ses navires militaires s'est approché d'une île contrôlée par la Chine. Cité par l'agence de presse officielle XINHUA, le ministère chinois des Affaires étrangères a aussitôt dénoncé « une sérieuse provocation politique et militaire ».

Et la Chine n'est, elle-même, pas avare en provocation. En témoigne un autre mouvement de troupes inquiétant, cette fois-ci, dans une région voisine du Bouhtan. L’affaire se déroule aux confins du Sikkim, un minuscule État de l’Union indienne, coincé entre le Népal et le Bhoutan. Il y a quelques semaines, l’armée chinoise y a démarré la construction d’une route. Aussitôt, des soldats indiens ont pénétré sur le territoire, déclenchant l’ire de la Chine, qui parle de « trahison ». Quoi qu'il en soit, jamais depuis la guerre de 1962 entre la Chine et l’Inde autant de troupes n’avaient été rassemblées le long de la frontière entre les deux géants d’Asie. Or preuve que cette affaire doit être prise très au sérieux, écrit THE HINDUSTAN TIMES repéré par le Courrier International, un porte-parole de l’armée chinoise a déclaré que l’Inde devrait « se souvenir des leçons de l’histoire », en l’occurrence de la défaite cuisante que celle-ci avait essuyée sur cette frontière, il y a un peu plus d'un demi-siècle.

Bref, même si personne, fort heureusement, n'envisage encore un affrontement généralisé entre grandes puissances, la lecture de l'actualité témoigne de ce que partout les matières inflammables semblent s’accumuler. Et l'on peut tirer les mêmes sombres conclusions de ce qui se passe au Moyen-Orient. C’est même pire encore, remarque le magazine SLATE. Certes, Daech appartiendra (peut-être) bientôt au passé, au moins en termes d’emprise territoriale. A Raqa, bastion de l'organisation Etat islamique en Syrie, les djihadistes sont désormais encerclés, clame notamment ce matin le site de CBS. Sauf que les conflits complexes, multiples et entremêlées qui secouent le Yémen, la Syrie, l’Irak, ainsi que l’affrontement entre le Qatar et l’Arabie saoudite, ne sont pas franchement de nature à nous rassurer. Mais surtout, tous ces événements pourraient déjà nous inquiéter, quand bien même nous aurions, à la tête des principaux États du globe, de brillants stratèges et des politiciens clairvoyants. Au lieu de cela, conclue THE WASHINGTON POST, ils ont tous, peu ou prou, ceci de commun de se comporter en voyous au regard des normes internationales. Preuve, quoi qu’il en soit, que "Game of Thrones" est bien, d’ores et déjà, le phénomène de la décennie.

Par Thomas CLUZEL

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