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Le président français, Emmanuel Macron

Garde-à-vous, marche!

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Le parti du président Emmanuel Macron se dirige vers une victoire écrasante aux législatives et une majorité pléthorique, après le premier tour marqué par une abstention record, environ un électeur sur deux ayant boudé les urnes.

Le président français, Emmanuel Macron
Le président français, Emmanuel Macron Crédits : CITIZENSIDE / FRANCOIS PAULETTO / CITIZENSIDE

Hier, à la question que leur avait posée leur président, « stop ou encore ? », les Français ont clairement répondu : « encore ». Selon les estimations, La République En Marche et son allié du MoDem raviraient entre 400 et 455 des 577 sièges de l'Assemblée, culminant ainsi très nettement au-dessus de la majorité absolue. Dans une semaine, le chef de l’État devrait donc disposer d’une majorité absolument pléthorique, tandis que les autres se partageront les quelques miettes restantes. Même en 2002, rappelle LE SOIR, la droite sortie gagnante d’un duel alors inédit face à l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen n’avait pas disposé d’une marge de manœuvre comparable à celle que l’on prête, déjà, à La République En Marche. C’est dire la puissance de la vague. Ou quand La République En Marche déferle sur la France, renchérit son confrère de LA TRIBUNE DE GENEVE. Un véritable raz-de-marée. A présent, la prise de contrôle par Emmanuel Macron est quasi totale, constate à son tour THE WASHINGTON POST.

En clair, la nouvelle force centriste ne devrait avoir besoin d’aucun allié pour gouverner. Sans compter, précise à nouveau le quotidien de Bruxelles, que l’inexpérience de bon nombre de ses futurs députés lui garantira une majorité docile. Une analyse que partage, d'ailleurs, le journal conservateur ABC : Macron bénéficiera d’un pouvoir absolu exceptionnel, il contrôlera tous les leviers du pouvoir et les députés qui lui devront leur poste seront invités à se soumettre. De sorte, écrit toujours l'éditorialiste, que la Constitution de la Vème République et l’efficacité implacable de ses manœuvres tactiques offriront à Emmanuel Macron un pouvoir auquel ni Donald Trump, ni Angela Merkel, ni aucun autre chef d’État ou de gouvernement occidental ne peut prétendre.

Dans ces conditions, pas question pour ce nouveau chef de l’Etat qui a promis d’être « jupitérien », de jouer les modestes. A présent, la parabole monarchique a, cette fois, toutes ses raisons d’être. Et d'ailleurs, rappelle EL MUNDO, Emmanuel Macron lui-même (alors ministre de l’Économie) n'avait-il pas déclaré dans un entretien en 2015 : « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel. » Et Macron président a décidé de combler ce vide.

Pour autant, faut-il en déduire que le retour du monarque républicain semble plaire aux Français ?, comme l'écrit le quotidien madrilène. N’ayons pas peur des mots, prévient de son côté l'éditorialiste du TEMPS, jamais couronne présidentielle, aussi brillante soit-elle, n’aura été aussi fragile et chargée d’espoirs comme de chausse-trappes. Si les projections pour dimanche prochain se confirment, ce président devra encore plus démontrer, dit-il, qu’il est un « roi » républicain capable de réconcilier les Français.

Car si la victoire de La République En Marche est incontestable, l’autre principale information de ce premier tour est le record d’abstention : plus de la moitié des électeurs ne s'est pas rendu aux urnes. Ce qui signifie que la réalité sortie des urnes est, d’abord et surtout, arithmétique. Le jeune président français a de nouveau séduit ceux qui avaient voté pour lui, voici un mois. Mais l’adhésion à son projet ne dépasse pas cet électorat-là. Pourquoi ? Sans doute, cette abstention record s'explique-t-elle, en partie, par une forme de lassitude électorale, compréhensible après la primaire ouverte de la droite, celle du Parti Socialiste, puis les deux tours de la présidentielle. Reste que si les électeurs sceptiques avaient voulu signifier leur refus, ils auraient voté pour des candidats d’opposition au président. Dès-lors, cette abstention reflète-t-elle un sentiment de résignation chez les opposants d'Emmanuel Macron ?, comme le suggère la BBC. Peut-être est-elle, aussi, le signe des frustrations d'une grande partie des électeurs, perturbés par la confusion des étiquettes « Majorité présidentielle ». Notons, par ailleurs, que si le Front National et la France insoumise (forts respectivement de 21 % et 19 % des voix au premier tour de la présidentielle) ne devraient disposer que d’un nombre réduit de députés, ce n’est pas seulement parce qu’ils n’ont pas su remobiliser leurs électeurs, c’est également le fait, d’une part, de la mécanique des institutions (qui favorise la cohérence) et, d’autre part, du mode de scrutin majoritaire.

En fin de compte, toute cette histoire est celle d'un engrenage implacable, depuis le 23 avril, analyse le magazine SLATE. Les 24% de votants (18,2% des électeurs inscrits) qui, ce jour-là, ont glissé un bulletin Macron dans l'urne n'étaient certainement pas tous conscients qu'ils allaient, ainsi, lui ouvrir ainsi la voie des pleins pouvoirs. Beaucoup, d'ailleurs, ne le voulaient assurément pas, puisqu'en raison d'un puissant vote utile, seuls 65% de ceux qui ont voté Macron au premier tour de la présidentielle souhaitaient qu'il soit élu président de la République. Ensuite, face au danger et au repoussoir Le Pen, le candidat En Marche s'est offert une très belle victoire. Mais il va de soi que cette onction du suffrage universel, face à l'extrême droite, ne valait nullement approbation d'un projet politique, non amendé d'un tour à l'autre. Sauf qu'en bonne logique politique, ce sont les élections législatives qui auraient dû permettre à l'électorat de confirmer ou d'infirmer son accord avec le projet défendu par le nouveau président. Or, précisément, ce n'est pas ce qui s'est passé. La torpeur démocratique caractéristique des scrutins qui se déroulent dans le sillage d'une élection présidentielle s'est manifestée, cette fois-ci, avec plus de force que jamais. Cet état d'esprit, générateur d'indifférence à l'endroit de l'enjeu législatif, a créé les conditions d'une abstention record. De sorte qu'avec moins d'un tiers des suffrages exprimés au premier tour, le parti d'Emmanuel Macron semble promis, désormais, à une écrasante majorité absolue de députés dimanche prochain.

Mais on voit bien, d'ores et déjà, le danger : celui d’une opposition qui, hors du parlement, se jouera, elle, dans la rue. Et le journal LE TEMPS d'en conclure : Le quinquennat qui démarre doit, absolument, renouer avec cette France-là. Reste à savoir comment Emmanuel Macron va-t-il réussir à jeter des ponts pour convaincre les électeurs qui l’ont boudé de ne pas entrer dans une logique d’affrontement et d’opposition violente ? Sans quoi la France submergée, aujourd'hui, par une vague en marche pourrait bien s’écraser sur les reliefs de sa vie politique.

Par Thomas CLUZEL

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