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L'oiseau bleu Larry, logo de Twitter

Gazouillis et cacophonie

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Twitter a justifié ce son refus de supprimer un tweet controversé du président américain dans lequel il menace la Corée du Nord. Le réseau social estime que la prise de position de Donald Trump «a un intérêt médiatique» et représente une source d’information «d’intérêt publique».

L'oiseau bleu Larry, logo de Twitter
L'oiseau bleu Larry, logo de Twitter Crédits : LEON NEAL - AFP

Et si la menace d’une guerre nucléaire ne tenait qu’à un fil, en l'occurrence, le fil Twitter ? Le message publié dimanche par Donald Trump sur le réseau social, dans lequel il affirmait que le régime nord-coréen n’en «aurait plus pour très longtemps», a aussitôt été interprété par Pyongyang comme une véritable déclaration de guerre. D'où cette question : Pourquoi tolère-t-on, chez Twitter, les admonestations du président et ses déclarations de guerre en 140 signes ? Car les règles de fonctionnement du réseau sont très claires. Elles stipulent, en effet, que les menaces violentes, qu’elles soient directes ou indirectes, sont interdites. Et d'ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, la plateforme a elle-même annoncé avoir supprimé ces deux dernières années près d’un million de comptes, incitant à la haine ou faisant l’apologie du terrorisme. Dès-lors, pourquoi le réseau social n'a-t-il pas supprimé, tout simplement, le message controversé de Donald Trump, en vertu de certaines de ses conditions d'utilisation ? Sans compter, comme le rappelle la chaîne CNN, que depuis l’accession au pouvoir du milliardaire, connu pour son utilisation compulsive du réseau social, la passivité de la plateforme a déjà été dénoncée à de très nombreuses reprises par les détracteurs de Donald Trump. Pour une fois, hier, la direction du groupe a donc décidé de s'expliquer ou plutôt de se justifier, dans une série de messages retranscrits par THE SEATTLE TIMES : «Nous soumettons tous nos comptes aux mêmes règles, et considérons un certain nombre de paramètres lorsque nous évaluons si les tweets enfreignent celles-ci. Parmi ces considérations, il y a l’intérêt médiatique d’un tweet et le fait qu’il soit d’intérêt public». Ou dit autrement, que les 40 millions d’abonnés du président américain se rassurent : ses tweets ne seront pas supprimés par le réseau social, lequel y voit surtout, en réalité, un intérêt purement commercial, note le journal de Seattle. Les tweets de Donald Trump font constamment la Une des journaux, attirant de facto l'attention sur Twitter. Un client idéal, en somme, pour l'entreprise californienne.

On reste aux Etats-Unis avec une autre histoire de tuyaux. Depuis le début de la semaine, plusieurs parlementaires américains somment la Maison blanche de s'expliquer sur un certain nombre d'articles laissant entendre que des collaborateurs de Donald Trump auraient eu recours à des e-mails privés pour un usage professionnel, alors qu'ils sont censés utiliser leur messagerie officielle pour des raisons de transparence. Le site POLITICO, le premier, a rapporté que le gendre et conseiller du président (Jared Kushner) avait utilisé à plus de 100 reprises, pendant les sept premiers mois de l’administration Trump, des courriels privés pour évoquer (entre autres) la couverture médiatique de la présidence. Stephen Bannon, l’ancien conseiller stratégique en chef de Donald Trump, mais aussi l'ex secrétaire général de la Maison Blanche ou bien encore son actuel conseiller économique, sont également visés. De son côté, THE NEW YORK TIMES a lui rapporté que la fille du président (Ivanka Trump) avait également eu recours à sa messagerie personnelle une fois devenue conseillère à la Maison Blanche. Et le journal de New-York toujours de rappeler que dans le cadre de l'enquête sur l’ingérence russe dans l’élection américaine, l’administration Trump communique actuellement toute une série de courriels officiels au département de la Justice. Seulement voilà, si les messageries privées d'au moins six conseillers de l’actuel occupant de la Maison-Blanche ont été utilisées, cela risque de compliquer la donne. Enfin ces révélations rappellent, non sans une certaine ironie, la campagne électorale, pendant laquelle Donald Trump avait allègrement critiqué son adversaire Hillary Clinton, pour avoir utilisé, justement, sa messagerie privée alors qu’elle était secrétaire d’État.

Direction l'Allemagne, à présent, où les nationalistes de l'AfD se déchirent sur la ligne à défendre et les mots à dire ou ne pas dire. Au lendemain d’une percée électorale historique, la droite nationaliste allemande est désormais rattrapée par ses divisions intestines. Hier, plusieurs ténors du parti ont annoncé qu’ils quittaient l’AfD. C'est le cas, en particulier, du responsable de l’Alternative pour l’Allemagne dans l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé du pays. Dans une interview au quotidien DIE WELT, Marcus Pretzell justifie sa décision «par son évaluation pas vraiment optimiste sur l’évolution de l’AfD» vers l’extrême droite. La veille, déjà, son épouse Frauke Petry, jusqu’ici une des dirigeantes du mouvement anti-immigration, avait fait sensation en proclamant son refus de siéger dans la nouvelle chambre des députés aux côtés de ses collègues, dont elle dénonce la tendance national-identitaire. Selon elle, tous les dérapages plus ou moins contrôlés de la rhétorique de l’AfD risquent d’effrayer la frange la moins radicale de son électorat et de faire obstacle à l’objectif déclaré du parti, né sur un programme essentiellement anti-euro, de prendre un jour les rênes du pouvoir.

Enfin dernier exemple de communication désordonnée, en Espagne, où un oiseau, là encore, vient semer la confusion. A l’approche du référendum d’autodétermination prévu dimanche en Catalogne, le gouvernement central entend montrer les muscles. Et c'est ainsi que des milliers de policiers ont été déployés à Barcelone. Or pour installer cet important dispositif de sécurité, Madrid a décidé de louer trois navires de croisière. Un hébergement, raconte le correspondant du TEMPS, qui ne manque pas d'originalité. D'autant que sur toute la hauteur du flanc de l'un des trois bateaux, qui accueille les forces de l’ordre prêtes à intervenir au moindre débordement, est peint un énorme personnage de Titi, le petit canari jaune créé par les studios Warner Bros. Un décalage qui a vite fait, évidemment, d'amuser les internautes. Sur les réseaux sociaux, les mots-clés #freeTweety (liberté pour Titi) connaissent depuis un franc succès. Et surtout, le personnage de dessin animé est même rapidement devenu la mascotte des indépendantistes, au point d’embarrasser les autorités espagnoles. Et c'est ainsi qu'une immense bâche grise a été déployée samedi pour masquer ce Titi devenu trop gênant, raconte LA VANGUARDIA. Lundi, l'oiseau a finalement été libéré. La raison de ce revirement ? La plainte des nombreux agents présents à bord. Avec la bâche, les cabines étaient privées de lumière naturelle. Un syndicat de policiers a d’ailleurs dénoncé les conditions d’hébergement sur les bateaux de croisière. Alors cette anecdote est-elle un bon résumé des tensions aujourd'hui en Espagne ? Le média catalan EL MON.CAT ose la comparaison : Dans le dessin animé, dit-il, Titi est suffisamment rusé pour échapper au Grosminet qui tente de le dévorer. Et d'en conclure, voilà qui pourrait donner espoir aux indépendantistes.

Par Thomas CLUZEL

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