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"Good luck, mister president" : l'élection d'Emmanuel Macron vue de l'étranger

5 min
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À l'image du quotidien britannique "The Guardian", les journaux étrangers saluent quasi-unanimement l'élection d'Emmanuel Macron. Tout en mettant en garde contre la tâche immense qui l'attend, et contre les périls qui demeurent.

Montage des Unes de la presse étrangère
Montage des Unes de la presse étrangère Crédits : SL - Radio France

Un motif de soulagement, plus que de célébration. C'est The Guardian, à Londres, qui tente de relativiser. Car même si, écrit le journal dans son éditorial, cette victoire décisive d'Emmanuel Macron est celle dont la France avait besoin contre l'extrême droite représentée par Marine Le Pen, même si cette deuxième plus large victoire dans l'histoire de la Vème République représente un revers majeur pour la marée populiste qui inquiète tant les gouvernements occidentaux, depuis Trump, ou le Brexit, il faut quand même bien reconnaître, que jusqu'à ce second tour, Emmanuel Macron n'aura parlé, au mieux, qu'au nom d'un français sur quatre. Et que dans le même temps, un tiers des électeurs français, a soutenu, et voté pour la cheffe d'un parti d'extrême droite, anti-Europe, anti-immigration, et raciste.

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Non, décidément le ratio n'est pas si bon, et il n'y a pas franchement de véritable motif de satisfaction à trouver là, confirme The Guardian, qui souhaite "bonne chance", au nouveau président français, face à tous les défis qui l'attendent. Un "good luck" à la fois sincère et détaché, comme teinté d'ironie, pour décrire une victoire tout à la fois large... et fragile.

Et ce point de vue du Guardian est assez largement partagé, dans la presse européenne, ce matin.

Oui, elle met en valeur en "Une" de façon plutôt bienveillante "la génération Macron", pour "Le Temps", en Suisse, "la jeune comète désormais à la tête de la France", pour le "Jyllands posten", au Danemark, ou bien elle célèbre encore "La France en marche",pour El Païs.

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Mais dans les pages intérieures, aucun éditorialiste ne manque de rappeler que les périls qui pèsent sur la France et sur l'Europe sont toujours là. Que la tâche est immense, et que tout dépendra, à la fois, des législatives du mois de juin, et de la capacité du nouveau président français à ressouder un pays profondément divisé, scindé.

"Va-t-on vraiment pouvoir tout recommencer comme s’il ne s’était rien passé ?” demande L’Espresso, en Italie, repris par le Courrier International ? Certainement pas, répond le magazine, puisque si l’on additionne les voix de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen, et d'autres candidats de premier tour, on voit vite que la moitié de la France (et encore sans parler des abstentionnistes) ne se retrouve pas dans l'Europe telle qu'elle est, ni telle qu'Emmanuel Macron l'envisage.

Alors de ce point de vue, effectivement, le nouveau président français a bien fait, dès hier soir, de s'adresser dans ses premières déclarations à tous les français, y compris aux électeurs de Marine Le Pen, de lancer "son appel solennel du Louvre à la France en colère", comme le titre "Le Temps", car "dans les semaines qui viennent, reprend l'Espresso, il s’agira de ne surtout pas ignorer cette partie de l’électorat"

En effet, "la principale tâche de Macron sera de sauver ses compatriotes du malaise qui les afflige", analyse El Païs. "Il lui faudra prouver que son projet de réforme est approprié pour stimuler l'économie nationale, pour tenir tête à l'Allemagne, et pour résister aux slogans démagogiques des extrémistes. Il lui faudra aussi tenir l'ambition des changements promis, à la différence de François Hollande, sans céder à la rue, mais en jouant la carte du dialogue social. Le tout en ayant recueilli les votes de seulement 4 électeurs inscrits sur 10.

Ce qui en fait un président déjà minoritaire. Et le New York Times d'analyser cette "victoire relative". "Une victoire qui a peut-être suscité hier soir la joie de l'establishment politique européen, mais qui en fin de compte est due à la démonstration de compétences politiques évidentes, certes, mais aussi à une bonne part de chance, autant qu'au mépris enraciné dont font encore preuve une majorité de Français à l'égard de Madame Le Pen et de son parti.

Victoire par défaut d'un côté donc, et défaite "quasi victorieuse", de l'autre. "Russia Today", d'ailleurs, titre, sur internet, sur "la victorieuse défaite" de Marine Le Pen. Car la candidate de l'extrême droite double quasiment le score qu’avait fait son père en 2002, note le quotidien canadien "The Globe and Mail", ce qui démontre encore un peu plus l’ampleur de la désaffection pour les politiques traditionnelles en France. "Nombre d’électeurs ont soutenu Macron uniquement pour faire barrage à Le Pen, écrit "The Economist", tandis que beaucoup d’autres se sont abstenus ou ont voté blanc. Alors Marine Le Pen a peut-être perdu cette élection, mais son parti et le populisme continueront à peser sur la politique française.”

Et les législatives arrivent, élections au moins aussi importantes dans le calendrier électoral français, que la présidentielle, expose par exemple à ses lecteurs le "Frankfurter Allemeine", en expliquant qu'il sera à tout le moins difficile au nouveau président de faire passer des réformes qui s'annoncent ambitieuses, notamment sur le marché du travail. Ce qui fait dire à Claire Demesmay, spécialiste de la France au Conseil Allemand pour la Politique Étrangère, interrogée par le journal, qu'elle "ne comprend pas ce statut de "sauveur", attribué à Emmanuel Macron en Allemagne. Et elle prévient qu'il ne vaut mieux pas trop attendre de ce nouveau président français. Notamment parce qu'il n'y a pas en France d'expérience de coalition, comme en Allemagne, ni de vraie culture du compromis politique.

C'est pourtant de cela dont Emmanuel Macron va avoir cruellement besoin dans les années à venir.

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