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Photos des présidents chinois, américain et russe

Histoire et/ou propagande

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En tweetant la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, la radio publique américaine ne pouvait imaginer que les internautes ne comprendraient pas la référence. De nombreux défenseurs de Donald Trump ont cru y voir un appel à la révolution populaire contre le président américain.

Photos des présidents chinois, américain et russe
Photos des présidents chinois, américain et russe Crédits : FRED DUFOUR - AFP

C'est un rituel aux Etats-Unis. Depuis que la matinale de la radio publique américaine a diffusé pour la première fois la Déclaration d'indépendance sur ses ondes, c'était il y a 29 ans, chaque année, le jour de la fête nationale, un invité vient lire à l'antenne ce texte fondateur du pays. Et cette année encore, pour célébrer l'« Independence Day », NPR a donc réitéré l'exercice. Sauf que pour se mettre au goût du jour, raconte le magazine SLATE, la radio avait choisi, cette année, de tweeter la Déclaration d'indépendance dans son intégralité. Et c'est ainsi que les huit mille caractères du texte ont été répartis en une centaine de tweets, postés les uns à la suite des autres. Parmi ceux-ci, on pouvait lire, par exemple : « Un prince dont le caractère est marqué par des actions qui relèvent davantage du tyran est impropre à gouverner un peuple libre ». Ou bien encore : « Lorsqu'une longue série d'abus vient confirmer la volonté de soumettre une nation à un despotisme absolu, il est du devoir de cette nation de renverser une telle tyrannie ».

Or lorsqu'ils ont vu ces étranges messages tombés en rafale, les uns après les autres, de nombreux fervents défenseurs de Donald Trump ont cru, aussitôt, à un appel à la révolution populaire contre le 45ème président des Etats-Unis. Quand certains ont demandé à NPR d'arrêter ces posts, d'autres ont cru que le compte du réseau public s'était fait hacker. Evidemment, la première conclusion à tirer de cette histoire est que les partisans de Trump ne connaissent manifestement pas la Déclaration d'indépendance de leur pays. Mais l'on pourrait tout aussi bien s'interroger : faut-il en déduire que, parmi eux, il s'en trouve pour juger que la présidence de Donald Trump est de nature à susciter (directement dans les médias) ce genre d'appel à renverser le gouvernement ?

En Russie, cette fois-ci, là la propagande étatique semble porter ses fruits. Selon une enquête récente de l'institut de sondages indépendant russe LEVADA, 38% des personnes interrogées considèrent Joseph Staline comme la personnalité la plus importante du monde, suivi de près par le président Vladimir Poutine. Mais comment expliquer cette réhabilitation du dictateur soviétique ? Comment peut-on aimer quelqu'un qui a sur sa conscience de nombreux crimes et la mort de millions de compatriotes ? Le phénomène est, en effet, difficile à comprendre. Pour le site de la radio-télévision publique lettone LSM, les médias jouent malheureusement un rôle important dans ce lavage de cerveau, à commencer par la télévision nationale, la principale arme de propagande de Moscou. Et puis sans doute y a-t-il, aussi, une certaine ambiance générale propice à cela. Le quotidien de Vilnius LIETUVOS ZINIOS note pour sa part que l'idéalisation du dictateur est basée, en réalité, sur des motifs politiques. L'image de Staline est directement liée au récit de propagande moderne russe sur la victoire. Or la réhabilitation semi-officielle de Staline coïncide, justement, avec le moment où Poutine est arrivé au pouvoir. Vladimir Poutine qui, de l'Ukraine à la Syrie, ne cesse depuis de faire étalage de sa puissance militaire.

Vladimir Poutine et Donald Trump doivent se rencontrer pour la première fois, demain, en marge du sommet du G20 à Hambourg. Une rencontre qui va probablement satisfaire, un peu plus encore, le désir du chef du Kremlin d'être considéré comme un dirigeant mondial. Et c'est aussi la raison pour laquelle la presse américaine, qui sait combien le locataire de la Maison-Blanche aime, lui, se fier avant tout à son instinct, l'exhorte déjà à faire preuve de détermination.

Cette entrevue n’est pas une rencontre amicale, mais bien une réunion de travail. Or les questions urgentes ne manquent pas, peut-on lire notamment dans un éditorial du WASHINGTON POST. Sur la question de l’Ukraine, par exemple, la Russie a annexé la Crimée en violation du droit international. Trump doit donc faire comprendre à Poutine que les États-Unis ne lèveront pas leurs sanctions, tant que les conditions des accords de paix ne seront pas réunies. Quant à la question syrienne, même si Washington et Moscou poursuivent deux objectifs militaires radicalement différents, Trump devrait au moins essayer de persuader Poutine de reconnaître la nécessité d’écarter Bachar el-Assad du pouvoir.

Quoi qu’il en soit, toutes ces recommandations du quotidien américain font sourire le chroniqueur du journal VZGLIAD (proche du Kremlin), cité ce matin par le Courrier International, lequel qualifie son confrère de Pravda américaine : un journal qui dicte au président ce qu’il doit dire ou ne pas dire à son homologue russe. Preuve, dit-il, que Donald Trump n’est toujours pas détenteur du pouvoir dans son pays. Mais au fond peu importe. Car Trump suivra-t-il ces instructions ? Bien sûr que non, avance l'éditorialiste, pour qui l’enjeu de cette rencontre se résume, au fond, au contact personnel entre un patriote américain d'un côté et un patriote russe de l'autre. Deux patriotes qui, paradoxalement, peuvent être non pas des ennemis mais des alliés. Enfin, des alliés potentiels, dans la mesure où ils ont un ennemi commun.

Reste à savoir lequel ? Un nom semblait tout trouvé, celui d'un autre patriote : Kim Jong-un. Hier, après que les États-Unis ont vivement réagi au dernier tir de Pyongyang, les présidents russe et chinois ont finalement appelé la Corée du Nord à mettre fin à ses essais de missiles balistiques. Mais, tout en invitant les États-Unis et la Corée du Sud à stopper leurs manœuvres militaires conjointes. Une déclaration qui, du coup, ne semble guère avoir convaincu aux États-Unis. THE SOUTH CHINA MORNING POST cite, notamment, dans ses colonnes un ex-diplomate chargé de l’Asie de l’Est à Washington. « Il est décourageant de voir que la Chine et la Russie appelle toujours toutes la parties à la retenue, alors que leur État client (la Corée du Nord à qui ils continuent de fournir du pétrole en dépit des sanctions internationales), a mis lui de côté, justement, toute retenue. Dans ces conditions, Washington a annoncé son intention de proposer à l'ONU de nouvelles sanctions contre le régime de Pyongyang. Ce à quoi Moscou a d'ores et déjà prévenu, hier, qu'elle opposerait son droit de veto. Tout cela devrait, au moins, nous éclairer sur une chose, conclue de son côté THE NEW YORK TIMES. Considérer le leader nord-coréen comme un bouffon est une erreur. Non pas parce que c'est grossier, mais parce cette approche contribue à sous-estimer grandement son pouvoir. Kim Jong-un a réussi, pendant près de six ans, à s'imposer comme un dictateur totalitaire et brutal. Ce qui signifie qu'il est peut être beaucoup de choses, mais certainement pas un bouffon. Car aucun dirigeant ne saurait survivre dans de telles circonstances sans être, en réalité, un remarquable politicien.

Par Thomas CLUZEL

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