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"Historique".

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les élections législativeshier en Birmanie où le parti d'Aung San Suu Kyi s'attend à remporter une victoire écrasante et la rencontre historique ce week-end entre les dirigeants chinois et taïwanais.
Même si le résultat du vote d'hier ne sera pas connu avant au moins 36 heures, la LND, le parti de l'ancienne dissidente et Prix Nobel de la paix devrait, a priori, remporter la plus large part des suffrages. Il revendique ce matin plus de 70% des voix. Dès hier soir, des milliers de partisans de la «lady» comme la surnomment les Birmans depuis que son nom a été banni par les généraux, se sont rassemblés devant le siège du parti célébrant une victoire avant l’heure, rapporte notamment le site DEMOCRATIC VOICE OF BURMA.

Myanmar's National League for Democracy party leader Aung San Suu Kyi.
Myanmar's National League for Democracy party leader Aung San Suu Kyi. Crédits : Soe Zeya Tun - Reuters

Quoi qu'il en soit et première satisfaction pour les quelques 32 millions de birmans qui étaient appelés aux urnes, les premières élections législatives libres depuis un quart de siècle semblent s’être déroulées dans le calme. Malgré quelques plaintes, le vote s’est passé paisiblement, titre le site de l’hebdomadaire birman THE IRRAWADY, repéré par le Courrier International. Pour la population, avoir la chance de voter hier était un moment particulièrement appréciable, souligne le journal proche de l’opposition. Un constat que partage, d'ailleurs, le quotidien américain THE NEW YORK TIMES, qui évoque lui un sentiment de jubilation parmi les électeurs, du simple fait d’être à même de voter.

Reste toutefois que le souvenir des élections de 1990, durant lesquelles la LND avait remporté 81 % des sièges, mais dont le résultat avait ensuite été bafoué par la junte demeure encore très présent. Et c'est la raison pour laquelle, les plus pessimistes craignent que l’armée et le parti dirigeant ne trouvent un moyen de diluer le résultat. Nombreux sont ceux qui pensent que l’establishment usera de tous les moyens pour rester en place. Et d'ailleurs, quel que soit le résultat de ces élections, la Constitution rédigée par l’armée octroie d'ores et déjà d’office aux militaires un quart des sièges au Parlement. Ce qui signifie que même en cas de victoire de la LND, des négociations seront nécessaires entre les principaux membres de l’armée, Aung San Suu Kyi et ses alliés. D'où cette question à la Une cette fois-ci de l'hebdomadaire de New Dehli MIZZIMA : les résultats du scrutin seront-ils sincères ?

Enfin, si aux yeux de beaucoup de Birmans, la fille du père de l'indépendance reste la mère courage, celle qui a sacrifié sa liberté et sa famille, son aura de madone de la démocratie s’est ternie, nuance le quotidien de Genève LE TEMPS. La «lady» n’a pas spécialement brillé dans les travées du Parlement où elle a été élue en 2012. Une partie de la société civile birmane et de la communauté internationale lui reproche notamment ses prudences, sinon ses silences, sur le sort des prisonniers ou des différentes communautés musulmanes victimes de nettoyage ethnique. L'occasion pour le journal de préciser que dans un pays tiraillé par ses troubles religieux, en guerre dans ses confins avec des armées rebelles, et où un tiers de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, diriger reste une mission quasi impossible. Et d'en conclure, à 70 ans, la Dame de Rangoun entame sans doute une nouvelle vie mais sans la promesse des lendemains chantants. Ou quand un scrutin, certes, historique marque la fin d’une longue marche mais surtout le début d’un voyage tumultueux.

Et que dire, à présent, de ce sommet salué lui aussi comme "historique" ce week-end : la rencontre entre le président chinois et son homologue taïwanais.
Même si ce sommet organisé samedi a mis fin à un tabou vieux de 66 ans, depuis la séparation en réalité de la Chine continentale et de Taïwan, ses prolongements restent encore incertains. Toute la presse s'accorde sur un point, les deux hommes ont, ensemble, écrit l’histoire. La plupart des journaux relève notamment la durée de la poignée de main, historique, 80 secondes. Tous saluent les efforts de part et d'autre, pour renforcer le dialogue et réduire l’hostilité. Le journal de Pékin GLOBAL TIMES parle ainsi d'avancée historique. Reste, nuance pour sa part THE SOUTH CHINA MORNING POST, que la rencontre était plus dans le symbolisme que dans la substance.

Chinese President Xi Jinping shakes hands with Taiwan's President Ma Ying-jeou.
Chinese President Xi Jinping shakes hands with Taiwan's President Ma Ying-jeou. Crédits : Edgar Su - Reuters

Pour preuve, afin d'éviter les problèmes de protocole, les deux chefs d'Etat ne se sont pas adressés sous l'appellation «président» mais simplement «Monsieur». La presse taïwanaise a elle-même soigneusement évité de parler de Xi Jinping en tant que président chinois et en a fait le «président de l’Etat sur le continent». Il ne s'agissait pas non plus d'un «sommet international» mais simplement d'une «rencontre», précise de son côté UNITED EVENING NEWS. Enfin, à Hong Kong, le quotidien MING PAO souligne que la rencontre n'a débouché sur aucun accord.

Et pourtant, il aura donc fallu plusieurs mois de tractations secrètes pour arriver à ce résultat. Alors pourquoi autant de bruits pour rien ? La réponse est à trouver dans le possible bénéfice électoral à retirer de cette rencontre, analyse toujours le quotidien. Les prochaines élections présidentielles à Taïwan sont prévues le 16 janvier prochain. Et dans ce contexte, nombreux sont ceux, écrit le FRANFURTER RUNDSCHAU, qui présument que derrière cette proposition de dialogue se dissimulent, en réalité, de sombres desseins. Pour le leader taïwanais, ce voyage était surtout une façon de redonner de la vigueur à son parti, largement distancé dans les sondages. Et pour son homologue chinois, cette rencontre était, là encore, destinée à peser sur les électeurs afin de les détourner du vote « indépendantiste » qui se dessine.

Par Thomas CLUZEL

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