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Hostilités, toujours et encore.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : une nouvelle fusillade à San Bernardino aux Etats-Unis et le lancement d’une procédure de destitution contre la présidente brésilienne Dilma Rousseff.
Moins d’une semaine après l’attaque du centre de planning familial à Colorado Springs, une nouvelle fusillade a fait au moins 14 morts hier à San Bernardino en Californie. « Fusillade de masse », le titre est partout ce matin à la Une de la presse américaine, du WASHINGTON POST au NEW YORK TIMES en passant par THE CHICAGO TRIBUNE. C'est tout simplement l'une des plus meurtrières de ces 25 dernières années aux Etats-Unis.

Selon la police locale, trois individus lourdement armés, masqués et en tenue de camouflage ont pénétré dans un centre social venant en aide aux personnes handicapées. Un père de famille, a témoigné avoir reçu un texto de sa fille qui avait entendu des coups de feu et se cachait avec des collègues, ajoutant qu'elle lui avait écrit : «Priez pour nous.» Et puis un autre témoin indirect, a expliqué à la chaîne CNN que sa femme avait entendu des coups de feu et, en étant évacuée du centre, avait vu «plusieurs corps sur le sol».

Deux des trois assaillants, un homme et une femme ont été tués par la police. Une troisième personne suspectée d'avoir participé à la tuerie a été arrêtée. En revanche, leurs motivations restent à ce stade inconnues. Un responsable du FBI n'a pas confirmé ni écarté notamment l'hypothèse d'un acte terroriste.

Des officiers de police mènent la chasse à l’homme après la fusillade de San Bernardino.
Des officiers de police mènent la chasse à l’homme après la fusillade de San Bernardino. Crédits : Mike Blake - Reuters

Pour l'heure, les médias n'ont cité le nom que d'un seul suspect, Syed Farook, un citoyen américain qui travaillait pour les services de santé de la ville où s'est produite la fusillade, rapporte THE LOS ANGELES TIMES. Selon son père, cité par le tabloïd NEW YORK DAILY NEWS, il était très religieux, allait au travail, rentrait, allait à la prière et rentrait. Il était musulman.

Voilà qui ne manquera pas, sans doute, d'alimenter la rhétorique anti-musulmans aux Etats-Unis, déjà très présente dans la campagne pour la présidentielle chez les candidats républicains et qui s'était encore exacerbée depuis les attentats de Paris. D'autant précise le site d'information VOCATIV, que l'organisation Etat Islamique, sans revendiquer pour autant cette attaque a déjà commencé, en revanche, à célébrer cette fusillade sur le réseau Twitter en créant le hashtag #America_Burning.

Et puis cette attaque a également relancé pour la énième fois le débat sur la réglementation des armes à feu aux États-Unis. Cette fusillade est une tragédie dévastatrice, mais aussi malheureusement une tragédie à laquelle les Américains sont de plus en plus habitués, déplore le site d'information VOX. Or à mesure que ces évènements se retrouvent à la Une de nos journaux de manière quasi hebdomadaire, nous sommes bien obligés de nous demander pourquoi notre pays, plus que toute autre nation développée souffre de tels niveaux de violence armée. Selon THE WASHINGTON POST, le nombre de fusillades de masse aux Etats-Unis, c’est-à-dire faisant plus de quatre victimes, s’est élevé à 354 depuis le début de l’année, soit plus d’une par jour.

Hier, interrogé sur la chaîne CBS, Barack Obama a déclaré : «Il y a des mesures que nous pourrions prendre, non pas pour éliminer toutes ces fusillades, mais pour améliorer les chances qu'elles ne se produisent pas avec une telle fréquence».

Direction à présent le Brésil, où une nouvelle étape à la crise politique a été franchie hier, parrallèlement aux nombreuses difficultés économiques que rencontre le pays.
Hier le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, a lancé une procédure de destitution contre la présidente de gauche, Dilma Rousseff. L'opposition l'accuse d'avoir sciemment maquillé les comptes de l'Etat en 2014 et 2015, pour minimiser l'ampleur de la crise et des déficits publics et assurer ainsi sa réélection l'an dernier. Dans une allocution télévisée à la nation, la présidente indignée a aussitôt réagi hier soir avec fermeté au déclenchement de ces hostilités, lancées par un homme qui fait lui-même l'objet d'une enquête pour détention d'un compte bancaire en Suisse et qui se trouve, par ailleurs, impliqué dans le scandale autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras. Ou dit autrement, un homme à la lutte pour sa survie politique et désireux d'éviter la case prison.

 La présidente du Brésil, Dilma Rousseff
La présidente du Brésil, Dilma Rousseff Crédits : Ueslei Marcelino - Reuters

Rappelons que Dilma Rousseff n'est pas directement concernée par l'enquête, même si les versements occultes présumés à destination de partis politiques se sont en grande partie produits alors qu'elle présidait le conseil d'administration de Petrobras. En revanche, il y a une semaine tout juste, un homme-clé du gouvernement au Sénat, véritable cheville ouvrière du parti de la présidente Dilma Rousseff, a été arrêté, accusé d’avoir tenté d’acheter le silence d’un ancien directeur de Petrobras.

Et voilà pourquoi, par les temps qui courent, aucun analyste politique au Brésil ne se risquerait à faire des prévisions sur la direction que peut prendre la crise à Brasília, commente, perplexe, EL PAIS. Toute la classe politique est désormais au bord de la paralysie. Et comme si cela ne suffisait pas, les difficultés économiques, cette fois-ci, risquent fort de plonger qui plus est le pays dans sa plus longue récession depuis les années 1930.

Le PIB brésilien a en effet reculé de 1,7 % au cours du troisième trimestre et de 4,5 % par rapport à la même période l'an dernier, ce qui mène le pays vers l'une des pires crises de son histoire, rapporte ainsi le journalFOLHA DE SAO PAULO, cité par le Courrier International.On n’avait rien vu de similaire depuis le début des années 80, et avant cela, il faut remonter à 1930, rappelle le quotidien dans son éditorial. L’effondrement de la demande intérieure pèse sur presque tous les secteurs. Or la crise qui touche des secteurs importants pour l’investissement et l’emploi (qu'il s'agisse de la construction ou de l’énergie) complique, de facto, un peu plus encore les stratégies de sortie du marasme.

Et le journal de critiquer notamment la politique menée par le Parti de la présidente Dilma Rousseff et de son prédécesseur Lula. C’est la preuve de la précarité du modèle du Parti des travaillistes, dit-il, qui s’est uniquement basé sur les bénéfices des vents favorables internationaux pour distribuer de l’argent et obtenir le soutien des hommes politiques et des hommes d’affaires sur un projet économique primitif. Et le journal d'en conclure : l’avantage en revanche de cette situation, s'il fallait en trouver un, c'est qu’elle amènera par la force un changement profond.

Par Thomas CLUZEL

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