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Sur la promenade de Naples, des passants regardent au loin la fumée s'échapper du Vésuve

Il y a comme une éruption

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Les pentes du Vésuve étaient toujours la proie des flammes, hier, alors qu'une enquête a été ouverte pour déterminer une éventuelle origine volontaire du feu.

Sur la promenade de Naples, des passants regardent au loin la fumée s'échapper du Vésuve
Sur la promenade de Naples, des passants regardent au loin la fumée s'échapper du Vésuve Crédits : ELIANO IMPERATO - AFP

L'épaisse fumée qui se dégage pourrait laisser croire que le volcan s'est réveillé. Les photos et les vidéos publiées sur les différents sites d'information sont impressionnantes. La scène suggère une éruption, surtout si on l’observe depuis les vestiges de Pompéi. Mais, que l'on se rassure, ce n’est pas le jour funeste de Naples qui est arrivé, non, c'est simplement l’été, commente IL CORRIERE DELLA SERA. Et, comme chaque été, précise le journal, à cause de la sécheresse et surtout l’acte criminel des uns ou l’inconscience des autres, malheureusement, le Vésuve brûle.

Mais ce qui inquiète davantage encore la presse de la péninsule, ces derniers jours, c'est une éruption d'un tout autre genre : celle de l'idéologie fasciste. Depuis mardi, le Parlement italien débat d'un nouveau texte pour renforcer la lutte contre la propagande fasciste. Cette proposition de loi vise à punir de six mois à deux ans la propagation de textes et images relatifs au fascisme. Et comme attendu, la motion a aussitôt rencontré l’opposition des députés de droite et d’extrême droite, mais aussi celle de la presse de droite. Quand le journal LIBERO dénonce la dictature du politiquement correct, son confrère IL TIEMPO, repéré lui aussi par le Courrier International, estime que ce texte ne vise qu’à distraire l’opinion publique des vrais problèmes. Le journal épingle, par ailleurs, avec virulence la présidente de la Chambre (étiquetée à gauche), laquelle a notamment pointé le fait que les résistants pouvaient, également, se sentir offensés par les monuments fascistes. Or si l’on compte les bâtiments publics, les ports, les aéroports, les rues, les hôpitaux, les monuments, et j’en passe, autant demander tout de suite la démolition des trois quarts de l’Italie, s'indigne l'éditorialiste. Selon lui, il ne sert à rien de tenter d’effacer un pan entier de l’Histoire. Car ce faisant, on oublie au passage que ce qui s’est passé peut être aujourd'hui étudié, compris, critiqué, mais qu'on ne pourra jamais changer l'Histoire.

Et puis autre polémique, toujours en Italie, à l’approche des législatives, prévues début 2018, Matteo Renzi prépare son retour. Et c'est ainsi qu'hier, l’ex Premier ministre a publié un livre dans lequel il développe ses propositions, livre par ailleurs accompagné d'un tract numérique dans lequel il s'empare d'un sujet délicat, celui de la crise migratoire. Renzi y écrit notamment ceci : « Nous n’avons pas le devoir moral de les accueillir. Mais nous avons le devoir moral de les aider. Et de les aider vraiment, chez eux. » La phrase n’est évidemment pas passée inaperçue, car ainsi que le souligne IL FOGLIO, Matteo Renzi a tout simplement récupéré là le lexique cher à un autre Matteo, Matteo Salvini, le leader du parti xénophobe de La Ligue du Nord et son expression fétiche : « Aidons les migrants chez eux ». La récupération n’a pas échappé aux internautes, qui ont aussitôt rivalisé de bons mots et de photomontages pour moquer la manœuvre de l’ancien Premier ministre. Au point que depuis le Parti démocrate a dû retirer le tract numérique de ses réseaux.

Polémique et rétropédalage, toujours et encore, en Hongrie

Hier, à la veille de l'ouverture des mondiaux de natation et à quelques jours de la visite du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le gouvernement de Viktor Orban a décidé de retirer les affiches qui, depuis deux semaines maintenant, recouvraient le pays. Sur ces affiches grands format, montrant l'homme d'affaires d'origine juive George Soros en train de rire, on pouvait lire le commentaire suivant : « Ne laissons pas Soros rire le dernier ». A travers cette campagne, qui dans beaucoup d'esprits rappelle les signalements antisémites du troisième Reich, le gouvernement entendait accuser le milliardaire américain (dont la fondation finance des ONG en Europe centrale) d'exercer des pressions pour l'obliger à accueillir des migrants. Devant le tollé provoqué par cette opération médiatique, Viktor Orban a donc décidé de retirer les affiches des rues de la capitale. Sauf que le mal est fait. Sur le site KETTOS MERCE, un blogueur hongrois craint que la campagne initiée contre George Soros ne soit, en réalité, que le début d’une gigantesque opération de dénigrement. Tout Hongrois qui se respecte doit clairement s'y opposer, dit-il, quand bien même il approuverait d’autres décisions du gouvernement, car il est nuisible pour le pays d’inoculer de la sorte tant de haine, susceptible d’instiller dans les cœurs un poison, d’étouffer tout débat public et de détourner l'attention des véritables problèmes du pays. Et d'en conclure : ce que commet actuellement le gouvernement est un crime contre l’humanité.

Enfin une ultime polémique continue, elle, de faire les titres de la presse africaine

Décidément l’intervention d’Emmanuel Macron au G20, le weekend dernier, ne passe pas sur le continent. En marge du sommet de Hambourg, Emmanuel Macron a notamment déclaré : « Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Or de ces propos, peut-on lire sur le site d'information LEDJELY, émane une forte odeur empreinte à la fois de condescendance, d’arrogance et d’irrespect. De sorte que ce n’est pas nécessairement le président français qui s’est exprimé, mais bien le défenseur d’une civilisation occidentale qui se veut référentielle, qui exige des arriérés africains qu’ils se mettent dans les rangs. Ce qui apparaît plutôt décevant de la part d'Emmanuel Macron qui, jusqu’ici, faisait rêver la jeunesse du continent. Ainsi donc, désormais, Macron fait davantage penser à Nicolas Sarkozy pour qui le péché originel de l’Afrique, c’est de n’être pas assez « entrée dans l’Histoire ». Sur le même ton et avec la même assurance, Emmanuel Macron nous dit que le problème africain est « civilisationnel ». Le mot est lâché. Et par déficit de civilisation de la part des Africains, il entend taux de fécondité élevé. Et l'article d'en conclure : Les Africains seraient donc pauvres, misérables et éternellement à la queue du peloton, parce qu’ils enfantent trop. De là à penser qu’ils peinent à maîtriser leur libido, il n’y a qu’un sous-entendu.

Par Thomas CLUZEL

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